Nouveautés en matière d’habitat

le mercredi 05 mai 2010
par Drs Odile Massot et Suzanne Deoux
L’homme a toujours cherché à se mettre à l’abri des agressions climatiques et météorologiques. Depuis plusieurs décennies, les modes de construction, les équipements techniques et les comportements des usagers ont changé.

L’utilisation de nouveaux produits de construction et de décoration s’est largement développée sans se soucier d’un éventuel impact sanitaire.
Les chocs pétroliers des années 70 ont conduit à un plus grand confinement de tous les locaux afin de réaliser des économies d’énergie. Cette plus grande étanchéité du bâti, si elle n’est pas associée à un renouvellement d’air suffisant, augmente la concentration des polluants intérieurs et peut exacerber des pathologies existantes voire générer de nouvelles pathologies.

Le bâtiment assure une protection physique mais ne doit pas être source de nuisances physiologiques pour les occupants qui y vivent actuellement près de 85 à 90 % de leur temps. Une information sanitaire sur les matériaux est donc nécessaire et devrait être obligatoire.

Des synonymes ambigus

Tout d’abord, il faut éviter certains amalgames très répandus. Un matériau naturel n’est pas toujours synonyme de matériau sain et un produit manufacturé de produit toxique. Ainsi, l’amiante, fibre naturelle, est reconnue cancérigène. Des fibres organiques comme celles de cellulose font partie des substances prioritaires à évaluer par le Centre International de Recherche sur le Cancertumeur constituée par la prolifération anarchique de cellules anormales qui envahit les structures avoisinantes et qui produit des métastases. Adjectif : cancéreux. Source (CIRC).

Quant aux laines minérales mises sur le marché français, elles sont certifiées par l’organisme européen EUCEB (European Certification Board for mineral wool products) et exonérées de la classification cancérigène.

COV et Santé

Effets sur la santé différents selon les substances :

-Odeurs, irritations,allergies, maux de tête

-Sensibilité chimique multiple

-Troubles neurologiques

-Troubles de la reproductionaction par laquelle les êtres vivants produisent d’autres êtres qui possèdent des caractéristiques identiques. Adjectif : reproducteur. Source et du développement fœtal

-Cancérogènes : benzène, formaldéhyde (depuis juin 2004)

Familles de produits concernés dans le bâtiment

-Revêtements de sols et de mur

-Peintures et vernis

-Éléments de cloisonnage et plafonnages

-Colles, enduits et mastics

-Produits de ragréage des sols

-Produits de protection du bois

-Matériaux d’isolation

-Matériaux de maçonnerie

Quels critères pour une information sanitaire pertinente ?

Dès 1989, la directive européenne « Produits de construction » a précisé, dans l’exigence essentielle « Hygiène, santé et environnement », les caractéristiques sanitaires à évaluer pour que les produits ne constituent pas une menace pour la santé des occupants : émissions de composés organiques volatils (COV), de fibres et de particules, comportement face aux microorganismes et émissions radioactives. Néanmoins, cette exigence n’est toujours pas prise en compte dans le marquage réglementaire CE des produits, les travaux d’harmonisation des méthodes d’évaluation sanitaire ne devant aboutir au mieux qu’en 2010.

En France, l’étiquetage sanitaire des matériaux est aussi l’ambition du Plan National Santé-Environnement PNSE 2004-2008 (étiquetage de 50 % des produits de construction à l’horizon 2010). En octobre 2006, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) a publié la procédure de qualification des produits de construction solides - panneaux de cloisons, plafonds, revêtements (sol, mur, plafond), éléments de maçonnerie et produits d’isolation - sur la base de leurs émissions de COV et de formaldéhyde et de critères sanitaires. La mise en place d’une mention du type « émissions de COV et de formaldéhyde conformes aux recommandations du protocole AFSSET » est proposée.

Parmi les matériaux de construction fréquemment utilisés, focalisons-nous sur deux types de produits de finition émissifs : les peintures et les revêtements de sol. Ces produits, aussi bien utilisés en application par les professionnels que les particuliers, font partie de la décoration de tout lieu notamment de lieux publics (école, crèche, administrations, hôpitaux, salles de sport…) et concernent tout public, surtout les enfants.

Les peintures

Les peintures peuvent renfermer jusqu’à une trentaine de substances, certaines ayant un impact environnemental et sanitaire important notamment les pigments et les solvants. Des pigments organiques moins toxiques remplacent de plus en plus les pigments minéraux contenant des métaux (chrome, cadmium, plomb, cobalt).

Les peintures, improprement appelées peintures à l’huile, sont des peintures en phase solvant et contiennent 50 % de COV qui s’évaporent au séchage et peuvent s’adsorber sur d’autres substrats, contaminant fortement l’environnement intérieur. En raison des valeurs limites de COV, ces peintures disparaîtront en 2010.

Des peintures en phase aqueuse dites « à l’eau » (acrylique, vinylique…) sont de plus en plus employées. Cependant, même si la phase principale est l’eau, elles peuvent contenir jusqu’à 10 % de solvants ou co-solvants, en particulier des éthers de glycol. L’Union Européenne a classé certains éthers de glycol toxiques pour la reproduction.

L’absence d’odeur des peintures en phase aqueuse peut être source d’exposition à ces substances si les locaux sont immédiatement occupés. La directive n°2004-42/CE du 21 avril 2004 décline, pour chaque catégorie de peintures et de vernis, la teneur maximale en COV tolérée en 2007 (phase I ) et 2010 (phase II ). Depuis le 1er janvier 2007, les industriels ont obligation d’inscrire la teneur en COV dans l’étiquetage des pots de peintures.

Des solutions existent pour ne pas dégrader la qualité de l’air intérieur. Les peintures à la chaux ne contiennent aucun solvant. Leur perméabilitépropriété d’un corps à se laisser pénétrer par une substance. Adjectif : perméable. Source à la vapeur d’eau permet d’éviter les condensations de surface. Les peintures minérales au silicate de potassium sont plus fonctionnelles, car lessivables. Des peintures blanches peuvent contenir moins de 0,1 g/l de COV. Les teintées en ont légèrement plus lors de l’emploi de pigments organiques.
Il convient de choisir les peintures qui ont la plus faible teneur en COV.

Les revêtements de sol

Les revêtements PVCabréviation de pression veineuse centrale. Source
Largement utilisés dans les lieux accueillant du public ou dans les pièces dites humides des maisons (cuisine, salle de bain), la plupart des revêtements dits « plastiques » sont à base de PVC (polychlorure de vinyle) rendu souple grâce aux phtalates utilisés comme plastifiants. Les revêtements de sol souples en PVC contiennent entre 10 % et 50 % de phtalates, composés organiques semi-volatils qui peuvent être inhalés.
Il convient de rappeler que les dalles de sol en vinyl employées depuis 1949 et posées jusqu’en 1997 ainsi que les colles utilisées peuvent contenir de l’amiante. Leur dégradation ou leur dépose est susceptible d’émettre des fibres.

Le linoléum
Alternative aux produits en PVC, l’origine des matières premières réputées plus naturelles n’évite pas les émissions de COV et de formaldéhyde. L’oxydation de l’huile de lin est, en particulier, à l’origine de l’émission d’acides gras volatils, très odorants pendant plusieurs mois. Les colles au polychloroprène, solvantées doivent être remplacées par des colles en phase aqueuse.

Les revêtements de sol caoutchouc
Le pourcentage de produits minéraux contenus dans ces produits explique leur faible émission de COV et de formaldéhyde, confirmée par l’obtention du label fédéral allemand Ange Bleu. Ils ne contiennent pas de phtalates. La souplesse apportée par le caoutchouc explique leur utilisation dans les établissements accueillant des enfants.

Les revêtements de sols coulés
Ils sont constitués d’une grande diversité de composants et de résines.
Certains revêtements de sols coulés à base de résine polyuréthane et de caoutchouc n’émettent isocyanates que pendant la mise en œuvre lors de la polymérisation.
Les applicateurs doivent porter des masques adaptés. Après la pose, les émissions de COV de ces revêtements de sol sont très faibles et contrôlées par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

Les revêtements de sol textiles
Les moquettes posent différents problèmes : réservoir de poussières et d’allergènes, difficulté de nettoyage et d’entretien, capacité importante d’adsorption/désorption des polluants, phénomènes d’électricité statique.
Cependant, les émissions primaires de COV des moquettes peuvent être très faibles. Plus de 3500 produits étaient enregistrés, en 2005, sous le label GUT, créé au début des années 90 par l’industrie européenne des moquettes.

Les revêtements de sol stratifiés
Ils sont composés d’un panneau HDF (High Density Fiber Board), d’un stratifié (couche décorative) et d’une sous-couche. Le liant est une colle uréesubstance organique synthétisée dans le foie à partir de l’ammoniac et éliminée par l’urine (son augmentation dans le sang est le signe d’un mauvais fonctionnement rénal). Adjectif : uréique. Source-formol. Les fabricants sont peu nombreux à communiquer les émissions de COV et de formaldéhyde de leurs produits. Certains présentent de faibles émissions de formaldéhyde, inférieures à la valeur limite du protocole AFSSET 2006 (< 10 µg/m3).

Les parquets
Les parquets reviennent à la mode. Les traitements de finition comme l’encaustiquage ou la vitrification peuvent augmenter les émissions de COV et de formaldéhyde en fonction de leur composition.

Conclusion

La prise de conscience de l’importance d’une information sanitaire sur les matériaux a émergé avec l’amiante, « occasion manquée d’éviter un problème de santé publique ». L’augmentation incontestable des pathologies respiratoires, des sensibilités chimiques multiples, des maladies professionnelles, confirment la nécessité de mieux connaître les polluants intérieurs potentiels de nos lieux de vie.
Afin que le bâti demeure un lieu protecteur et que la qualité de l’air intérieur soit préservée, il faut obtenir un descriptif détaillé des matériaux qui nous entourent afin de prévenir les risques sanitaires.

Bibliographie

• Le guide de l’habitat sain, Drs S et P Déoux-Médieco Editions www.medieco.info
• Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires FDES conformes à la norme AFNORagence française de normalisation. Elle édicte des normes dans le domaine de la stérilisation et de l’asepsie. Source P01 010. http://www.aimcc.org
• Fiches de données de sécurité : www.quickfds.com
• Centre International de Recherche sur le Cancer : www.iarc.fr
• Centre Scientifique et Technique du Bâtiment : www.cstb.fr
• INIES, base sur les caractéristiques environnementales et sanitaires des produits de construction : www.inies.fr
• Institut National de Recherche et de Sécurité : www.inrs.fr
• Observatoire de la Qualité de l’Air intérieur : www.air-interieur.org
• Organisation Mondiale de la Santé OMSabréviation d’Organisation mondiale de la santé. Source : www.who.int

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