Du bébé à l’ado, une suite logique

le jeudi 17 juin 2010
par Propos recueillis par Astrid Charlery
Le Professeur Philippe Jeammet, pédopsychiatre, nous projette dans les années adolescentes, histoire pour les jeunes parents de voir grand dans leurs perspectives éducatives*.

Combien d’enfants avez-vous suivis tout au long de votre parcours professionnel ?

Plusieurs milliers sans doutes, avec pour certains un suivi ponctuel lorsqu’eux-mêmes pouvaient avoir des questions lorsqu’ils sont devenus à leur tour parents, voire grands-parents ! Et puis de belles histoires, comme cette jeune femme qui avait passé une adolescence difficile et qui m’a appelé récemment pour me dire qu’elle avait aujourd’hui du plaisir à vivre.

Peut-on prédire dans le comportement d’un bébé, l’adolescent qu’il sera plus tard ?

S’il n’existe pas de prédiction, on peut s’attacher à des repères de tempérament et de génétiqueétude de la transmission des caractères héréditaires des parents à leurs enfants. Le spécialiste est un généticien. Source. Ensuite l’éducation aura tendance à accentuer ou atténuer ces grands traits de caractère. La grande majorité des enfants traverse l’adolescence sans difficulté majeure, avec juste ce sentiment commun, de vivre une révolution intérieure.
Accompagné par des parents bienveillants, encourageants, vigilants, l’adolescent apprend à prendre soin de lui.

Que pensez-vous de l’adage, petits enfants, petits soucis, grands enfants grands soucis ?

C’est un raccourci dangereux.
Le fait qu’un enfant grandisse n’est pas une menace pour les parents, au contraire c’est l’objectif de l’éducation.
Mais parfois, quand le bébé est idéalisé, bien qu’il n’existe pas de bébé idéal, ce regard parental pèse à la longue et comme tout excès devient alors contrainte pour l’adolescent. Les parents doivent d’ailleurs s’adapter à leur enfant, ce qui est parfois difficile si l’enfant souffre d’une maladie chronique particulièrement. Ils doivent garder des perspectives encourageantes, structurées, en révisant leurs projections et s’adaptant aux situations.

Un adolescent doit-il systématiquement passer par la case « psy » ?

Bien sûr que non ! Mais, les parents craignent tellement la souffrance de leur enfant qu’ils en arrivent à la survaloriser. Or, souvent ces signes de souffrance sont le reflet d’envies masquées par la peur de l’échec qui inhibe l’adolescent. Si la difficulté se maintient, avant le recours à un psy, l’appel à un tiers, ami, oncle, tante, voire un adulte dans une communauté associative ou éducative libère la parole du jeune en lui permettant de se dégager de cette dépendance affective parentale.

* Pour nos ados soyons adultes
Philippe Jeammet,
Editions Odile Jacob, 2008

 

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