SECPa : des patients manifestent à Paris pour garder une place dans leur centre, pas seulement un rendez-vous médical
À Paris, la mobilisation du 8 octobre défend les moyens des structures SECPa. Derrière ce débat, des ateliers, de l’interprétariat et des projets collectifs donnent aux patients et aux habitants une place au-delà de la consultation.
Des patients se sont joints aux soignants devant le ministère de la Santé, à Paris, le 8 octobre 2026. Selon le récit publié le même jour par La Provence avec l’AFP, une centaine de personnes demandaient des moyens pour les centres et maisons de santé du dispositif SECPa. Leur mobilisation défend aussi une manière de soigner dans laquelle les usagers ont une place ailleurs que dans la salle d’attente. [1]
Ateliers, groupes de travail, interprétariat, médiation : ces activités accompagnent les consultations et permettent de parler de ce qui complique réellement l’accès aux soins. La question n’est donc pas seulement de conserver un rendez-vous médical. Elle est de maintenir le temps et les équipes qui rendent possibles l’échange avec les patients et la participation des habitants.
En bref
- Le 8 octobre 2026, des patients et des soignants ont manifesté à Paris pour les moyens des structures SECPa.
- Ateliers et groupes de travail donnent aux usagers une place dans les échanges et les décisions collectives, en complément des consultations.
- Interprétariat, médiation et accompagnement social répondent à des obstacles qui ne sont pas uniquement médicaux.
- Le financement et la reconnaissance envisagés dans le PLFSS 2027 ne sont pas des garanties déjà acquises.
Un atelier n’est pas une consultation au rabais
SECPa signifie « structures d’exercice coordonné participatives ». Il s’agit de centres et de maisons de santé engagés dans une démarche associant plusieurs métiers et donnant une place aux besoins du quartier. Toutes les maisons de santé ne relèvent pas de ce dispositif. Le collectif le présente comme une organisation qui associe prévention, participation des patients et des habitants, et lutte contre les inégalités de santé. [2]
Le reportage du 8 octobre décrit des ateliers et des groupes de travail avec les usagers, destinés à développer leurs connaissances en santé et à les faire participer aux décisions. Ces moments complètent les consultations : ils ne les remplacent pas. Ils nécessitent du temps de préparation, d’accueil et d’animation, qui ne se résume pas au paiement d’un acte médical. [1]
La participation ne consiste pas uniquement à écouter un conseil puis à repartir. Elle ouvre un espace pour faire remonter des besoins, discuter de difficultés communes et contribuer aux choix collectifs. Les projets ne sont pas identiques partout : France Assos Santé expliquait en 2024 que le cadre de l’expérimentation laissait de la souplesse pour répondre aux attentes des patients et du territoire. [3]

La langue et les difficultés sociales font partie du soin
Comprendre une question, expliquer une douleur, discuter d’une prise en charge : ces échanges deviennent plus difficiles quand le patient et le soignant ne parlent pas la même langue. Dans sa présentation du dispositif, France Assos Santé décrit un financement consacré notamment à l’interprétariat professionnel, aux médiateurs en santé, aux travailleurs sociaux et aux psychologues. Ce sont des fonctions différentes, mais elles peuvent contribuer au même accompagnement. [3]
L’interprète rend l’échange linguistique possible ; la médiation peut aider à faire le lien entre une personne, ses besoins et le système de santé. Il ne s’agit pas de demander au patient de résoudre seul tout ce qui l’empêche de se soigner. La Provence rapporte que les structures concernées cherchent à lever des barrières liées à la langue, à l’isolement et à la précarité. [1]

Le problème peut aussi être très matériel. Une proposition de soins doit pouvoir trouver sa place dans la vie de la personne. France Assos Santé souligne ainsi l’importance de s’interroger sur la faisabilité de la prise en charge lorsque se mêlent difficultés sociales, professionnelles, culturelles ou linguistiques. Un obstacle de vie quotidienne n’est pas un manque de bonne volonté du patient. Le travail en équipe permet d’aborder des questions qui dépassent les compétences d’un seul soignant. [3]
Les habitants apportent aussi les ressources de leur quartier
La démarche ne réduit pas les habitants à leurs difficultés. Ils connaissent leur quartier, ses associations, ses réseaux et les problèmes qui reviennent. Cette connaissance peut nourrir le travail de l’équipe et les actions collectives. France Assos Santé décrit ce changement de culture : les patients deviennent aussi une ressource pour faire évoluer la pratique des soignants. [3]
Deux exemples documentés en 2024 rendent cette idée concrète. À Saint-Denis, l’association communautaire santé bien-être organisait des petits-déjeuners avec les habitants pour échanger, notamment sur les problèmes du quartier. L’article évoquait des alliances entre structures de santé et habitants autour de l’habitat insalubre. À Poitiers, il citait le centre de santé des Trois-Cités, créé et porté par les habitants. Ces exemples éclairent la démarche ; ils ne constituent pas un compte rendu de leur fonctionnement actuel. [3]
Participer peut donc vouloir dire prendre la parole dans un atelier, partager une difficulté rencontrée par plusieurs voisins ou contribuer à une action commune. Cela ne signifie pas décider à la place du médecin de tous les traitements, ni avoir à devenir bénévole pour obtenir des soins. L’enjeu décrit ici est de faire une place à l’expérience des personnes dans l’organisation de l’accompagnement.
Pourquoi cette place était défendue devant le ministère
Lors de la mobilisation du 8 octobre, soignants et patients réclamaient des moyens pour la suite du dispositif. D’après La Provence avec l’AFP, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit une rémunération forfaitaire complémentaire pour les structures labellisées. Mais ses montants et ses modalités doivent être déterminés par arrêté ministériel, ce que les manifestants jugent insuffisant pour garantir la continuité de leur travail. [1]
Le collectif avait déjà demandé, dans son communiqué du 8 septembre 2026, une reconnaissance dans le Code de la santé publique et un financement adapté au fonctionnement en équipe. Ce texte antérieur expose les revendications ; c’est le reportage du 8 octobre qui documente la manifestation. Le communiqué de juillet rappelait également l’attente d’un modèle de financement stabilisé. [2, 4]
Pour les patients, le point à retenir est simple : une reconnaissance prévue dans un projet de loi n’assure pas, à elle seule, que chaque atelier ou chaque poste sera financé. Le PLFSS reste un projet, pas un financement définitivement acquis. Les sources lues ne permettent pas non plus d’annoncer une fermeture précise ni de garantir le maintien d’une activité dans un centre donné.
Ce que vous pouvez demander à votre centre de santé
Si cette démarche vous intéresse, vous pouvez demander à l’accueil quels ateliers existent, comment les habitants sont associés aux projets et à qui signaler une difficulté de compréhension ou d’accès aux soins. Demandez aussi quelles modalités sont proposées pour l’interprétariat ou la médiation. L’offre dépend de la structure et de ses moyens : l’existence du dispositif ne promet pas le même accompagnement partout.
Les difficultés de logement ou de démarches administratives méritent elles aussi d’être dites à l’équipe lorsqu’elles entravent les soins. Elles ne se résolvent pas toujours pendant une consultation, mais les rendre visibles permet de discuter des relais possibles. Cette articulation entre santé et conditions de vie est au cœur de l’angle défendu par les structures participatives.
La mobilisation rappelle finalement que la place du patient ne se limite pas à recevoir une prescription. Dans ces centres et maisons de santé, elle peut aussi passer par le fait d’être compris, d’échanger avec d’autres habitants et de contribuer aux projets communs. C’est cette possibilité, avec le temps humain qu’elle demande, que les manifestants cherchent à préserver.
Sources
[1] La Provence avec AFP — « Budget de la Sécu : une manifestation pour l’avenir des maisons de santé Sec-Pa devant le ministère de la Santé », 8 octobre 2026, publié à 15 h 29 et mis à jour à 15 h 55. Récit de la mobilisation et description des activités.
https://www.laprovence.com/article/sante/37061375039644/budget-de-la-secu-une-manifestation-pour-lavenir-des-maisons-de-sante-sec-pa-devant-le-ministere-de-la-sante
[2] Collectif SECPa — « SECPA : maintenant, des actes ! », communiqué du 8 septembre 2026. Revendications antérieures à la mobilisation.
https://secpa.fr/
[3] France Assos Santé — « SECPA : la santé participative en phase d’expérimentation », 22 mars 2024. Présentation de la démarche, des métiers et d’exemples locaux à cette date.
https://france-assos-sante.org/2024/03/22/secpa-la-sante-participative-en-phase-dexperimentation/
[4] Collectif SECPa / Réseau des centres de santé communautaire — « SECPa : le gouvernement doit tenir ses engagements ! », communiqué du 3 juillet 2026.
https://reseau-cdsc.fr/secpa-le-gouvernement-doit-tenir-ses-engagements/

