L'interview du Pr Serge Hercberg

le vendredi 16 septembre 2011
par Dr Annie Dumonceau
Pr Serge Hercberg (directeur de l’Unité de recherche en Epidémiologie nutritionnelle, INSERM/ParisXII), coordinateur de l’étude SU.VI.MAX (1)

Faut-il supplémenter les Français en vitamines ?

La supplémentation en vitamines est une question complexe qui ne peut donner lieu à une réponse univoque : tout dépend de l'âge, du sexe, de l'alimentation, de l'état de santé et du statut vitaminique initial de chacun.

 

Les Français sont-ils carencés en vitamines ?

Lorsqu'on fait des prises de sang pour mesurer les taux de vitamines, Il existe un pourcentage non négligeable de la population dont les taux sanguins en certaines vitamines ne sont pas optimaux : on parle de déficiencefonctionnement ou développement d’un organe, d’un système ou de l’organisme dans sa globalité insuffisant. Adjectif et nom : déficient. Source biologique sans qu'il existe de carencemanque, déficit. Source véritable, avec des manifestations cliniques spécifiques, ni de risques avérés pour la santé.

 

Quelles sont les populations particulièrement à risque ?

Les enfants et les adolescents en période de croissance rapide, qui présentent des risques de déficits en vitamine D, or celle-ci est indispensable à la constitution de la masse osseuse. Les femmes en âge de procréer, dont le statut en vitamine B9 (ou acide folique) est souvent insuffisant et peut majorer le risque d'anomalies congénitales (spina bifida) : une supplémentation est donc conseillée en cas de désir de grossesseétat qui caractérise une femme enceinte. Source. Les personnes âgées - surtout dénutries - dont le taux de vitamine D est souvent trop bas, ce qui majore le risque d'ostéoporoseaffection caractérisée par une déminéralisation des os. Adjectif : ostéoporotique. Source et de chutes. Enfin, les sujets suivant des régimes restrictifs, dont les apports en vitamines peuvent être faibles.

 

Faut-il encourager la consommation de vitamines par le biais des compléments alimentaires en vente libre?

Il n'y a aucun support scientifique pour recommander une supplémentation en vitamines (en dehors de prescriptions médicales). Il faut plutôt rechercher des apports optimaux en vitamines par une alimentation équilibrée. Pour réduire le risque d'infectionmultiplication de micro-organismes (virus, bactérie, levure, champignon) dans un organisme. Adjectifs : infecté, infectieux. Source en plein hiver, il est sûrement préférable de consommer des oranges plutôt que des comprimés de vitamine C ! Ce d'autant plus que les oranges apportent beaucoup d'autres éléments intéressants pour la santé.

 

Peut-on consommer des vitamines tout au long de l'année ?

Non, certainement pas. La prise de suppléments vitaminiques au long cours peut avoir des effets défavorables pour la santé. Si l'on souhaite tout de même s'auto-supplémenter, Il faut privilégier des cures courtes pour éviter tout risque et ne pas hésiter à demander conseil à son médecin, pour adapter le mieux possible la dose de vitamines à ses besoins. Les scientifiques émettent notamment des réserves quant à la consommation de bêta-carotène (précurseur de la vitamine A) pour prévenir les coups de soleil : il ne faut pas en prendre au long cours (et à fortes doses) surtout si l'on est fumeur, cela peut' augmenter le risque de cancertumeur constituée par la prolifération anarchique de cellules anormales qui envahit les structures avoisinantes et qui produit des métastases. Adjectif : cancéreux. Source. C'est ce qu'ont révélé deux grandes études en Finlande et aux USA et la grande étude SU.VI.MAX réalisée chez près de 13 000 Français pendant 8 ans.

 

Quels sont les grands enseignements de l'étude SU.VI.MAX que vous avez coordonnée sur les effets des vitamines et des minéraux antioxydants ?

L'étude SU.VI.MAX (1) est l'abréviation de SUppléments en VItamines et MInéraux AntioXydants. Ce grand essai a testé, entre 1996 et 2004, chez 12 741 sujets d'âge mûr, les effets d'une supplémentation par des antioxydants à doses nutritionnelles (bêta-carotène, vitamine C, vitamine E, sélénium et zinc) sur la survenue de certaines pathologies cardiovasculaires et des cancers. Cette supplémentation n'a pas eu d'effet sur les maladies cardiovasculaires, mais elle a réduit l'incidence des cancers (- 31 %), uniquement chez les hommes. En effet, chez les femmes dont le statut initial en antioxydants est meilleur que celui des hommes - car elles consomment plus de fruits et de légumes -  la supplémentation n'a pas eu d'effet positif ; un effet défavorable a même été constaté pour le cancer de la peau.

 

Que pensez-vous des aliments enrichis en vitamines ?

Là-encore, certains aliments sont enrichis à bon escient (sel iodé, vitamine D, etc.) et d'autres non (souvent pour des raisons purement marketing). L'avantage est que la plupart des aliments enrichis en vitamines en France le sont à des doses raisonnables : les industriels restent dans les normes fixées, bien en dessous des AJR (apports journaliers recommandés). Ceci permet d'éviter les risques d'apports trop élevés.

 

Quel est l'intérêt de sortir les nutriments de leur contexte naturel ?

Il ne faut pas enrichir n'importe quel aliment avec n'importe quelle vitamine ! L'enrichissement ne doit pas entraîner une perte des repères nutritionnels traditionnels chez les consommateurs, ni modifier les habitudes alimentaires ! Il n'est pas à mon avis judicieux d'enrichir le lait avec de la vitamine C et les jus de fruits avec du calcium. Mais dans certains cas, pour un sujet âgé dénutri ou malade, il peut être intéressant de disposer d'aliments particuliers qui peuvent être enrichis.

 

Quels sont vos conseils pour prévenir toute carence en vitamines et garantir un bon état de santé ?

Manger équilibré selon les règlesvoir menstruation. Adjectif : réglée. Source du PNNS (Programme national nutrition santé) (2) en consommant suffisamment de fruits et légumes, régulièrement du poisson, des aliments céréaliers complets, selon les recommandations des guides du PNNS accessibles sur le site mangerbouger.fr : c'est le meilleur moyen de prévenir les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète, la dénutritioncarence nutritionnelle entraînant une dégénérescence d’un organe ou de l’organisme en général. Adjectif : dénutri. Voir malnutrition. Source, mais aussi l'obésitéaugmentation excessive de tissus adipeux due à une suralimentation ou à un problème endocrinien. Adjectif et nom : obèse. Voir adipose. Source.

 

Dr Annie DUMONCEAU

(1) www.eufic.org

(2) www.mangerbouger.fr/pnns/

 

"Partager

Notez l'article