Héréditaire, génétique, familial, environnemental, d’où vient mon diabète ?

le mercredi 07 avril 2010
par Astrid Charlery
La maladie se manifeste au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest. Si son origine est en grande partie environnementale, le profil d’un gêne co-responsable est dans le collimateur des chercheurs.

Aux Etats-Unis, si les blancs ne sont « que » 8 % à être diabétiques, les afro-américains le sont à 12 %, les antillais à 13 %, les hispaniques environ 15 % et les champions du monde sont les Indiens Pimas, diabétiques à 56 % ! Qu’est-ce qui fait la diffé-rence ? Pas la nourriture : tous ces groupes ethniques mangent trop et mal, mais de façon équivalente ! La différence vient en fait de leur patrimoine génétique. En France, le diabète de type 2 est d’autant plus fréquent que l’âge avance.

Le premier facteur de risque de diabète est donc l’âge, mais ceci est tout relatif : la fréquence de la maladie augmente rapidement dans tous les pays développés ou en voie de développement ; il touche des individus de plus en plus jeunes. Ainsi en France on commence à voir des adolescents en surpoids, atteints par le diabète de type 2, alors que jusqu’ici ils n’étaient concernés que par le diabète de type1, sans cause environnementale.

Cette augmentation rapide de la fréquence de la maladie et son rajeunissement sont dus aux modifications de notre mode de vie : nourriture plus riche en graisses et en sucres, plus abondante, disponible à tout moment de la journée et favorisant le grignotage. Bref un mode alimentaire importé des USA et encouragé par la publicité. Intervient aussi la diminution des dépenses physiques : disparition des travaux de force, dévelop-pement des transports, généralisation du chauffage, etc.

Avec un tel mode de vie, tout le monde peut devenir obèse et aux USA 60 % de la population présente un surpoids mais seule une minorité va développer un diabète.Ainsi, alors que la popula-tion européenne présente un taux de diabète d’environ 4 %, nos cousins américains, qui ont émigré aux USA il y a 100 ou 200 ans, n’ont pas eu le temps de modifier leur patrimoine génétique et sont touchés par le diabète à plus de 8 %. Ce taux, le double du nôtre, est l’effet exclusif de l’environnement et principalement du mode alimentaire.

Ce gêne nomade

La différence épidémiologi-que, entre les ethnies vient aussi des caractéristiques du patrimoine génétique. Près d’une trentaine de gènes ont été reconnus pouvoir influencer la survenue du diabète : certains de ces gènes provoquent une faiblesse du pancréas qui se trouve alors incapable de réagir suffisamment à un afflux excessif de nourriture, ou au stockage de graisses dans l’abdomen.Il est possible que certains de ces gènes favorisent aussi le stockage éner-gétique et permettent à l’organisme de fonctionner à l’économie. Ce « génome économe » serait alors favorable en cas de famine, permettant une meilleure survie à ceux qui en sont équipés alors que les autres mourront plus rapidement de faim.

C’est ce qui expli-que sans doute la grande disparité de répartition du diabète dans le monde : le diabète de type 2 qui était autrefois rare, est devenu extrêmement fréquent avec l’occidentalisation du mode de vie en Inde du sud, Asie du Sud Est ou Mésoamérique. Ces régions ont été soumises depuis la nuit des temps à des périodes de disettes catastrophiques qui avaient sélectionnées les personnes les plus aptes à survivre dans de telles conditions.

A l’inverse le diabète est beaucoup moins fréquent en Europe Occidentale, pays de Cocagne où les famines ont été rares et où les personnes équipées d’un « génome économe » n’ont pas bénéficié d’un avantage sélectif particulier. Mais ce « génome économe » favorable en cas de disette devient un handicap en cas d’abondance comme dans la période actuelle : cette abondance alimentaire va alors favoriser chez ces personnes le stockage, la prise de poids et l’obésité, la détérioration du pancréas et enfin l’apparition du diabète.

La prévention, la solution

La seule bonne réponse est la prévention. Manger moins et bouger plus !En France, le Plan National Nutrition Santé (PNNS), nous rappelle quelques règles diététiques de bon sens. Excellentes, pour la popula-tion générale et sans doute suffisantes pour enrayer l’épidémie de l’obésité si elles étaient suivies, il faudrait sans doute être un peu plus strict sur la diététique et l’activité physique si l’on est à risque de diabète.Dans l’avenir, on pourra sans doute quantifier individuellement ce risque de diabète de type 2 par la cartographie génétique.

Dans l’immédiat, on dispose d’une réponse un peu moins précise mais simple : sont à fort risque de diabète de type 2 les personnes dont le père ou la mère est atteint de diabète de type 2, surtout si ces personnes ont tendance à prendre du poids. Ces personnes doivent alors, et le plus tôt possible, adopter des habitudes alimentaires plus frugales, développer leur activité physique et maintenir leur poids à la normale, trois conditions indispensables pour ne pas développer dans l’avenir la maladie qui a touché leurs parents.

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