PFAS : SEB mis en demeure, pourquoi les riverains et les salariés sont concernés bien au-delà des poêles Tefal
Le 8 octobre 2026, trois associations ont mis en demeure SEB de planifier une sortie des PFAS et la reconversion des emplois concernés. Au cœur du débat : prévenir les rejets sur tout le cycle de vie, plutôt que regarder uniquement l’usage des poêles Tefal.
En bref
- La mise en demeure vise les risques liés aux PFAS sur l’ensemble de la chaîne de valeur de SEB, pas seulement la cuisson.
- La limitation des rejets à la source est une priorité de prévention rappelée par l’ANSES.
- Les associations demandent aussi de planifier la reconversion des emplois concernés ; aucune fermeture n’est ordonnée par cette annonce.
On peut vivre près d’une usine, y travailler, et se sentir concerné par les PFAS sans se poser d’abord la question de sa poêle. C’est précisément le changement d’échelle proposé par Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth : regarder les activités industrielles, leurs fournisseurs et les déchets, plutôt que le seul produit posé sur une plaque de cuisson.
Les trois associations ont adressé une mise en demeure au groupe SEB le 8 octobre 2026, rendue publique le lendemain. Elles lui demandent d’identifier les risques liés aux PFAS dans sa chaîne de valeur, de planifier l’arrêt de leur utilisation et d’anticiper la reconversion des emplois concernés. Le groupe possède notamment la marque Tefal. [1]
Pourquoi agir avant que les polluants ne se dispersent ?
Les PFAS sont une grande famille de substances utilisées, entre autres, pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables ou résistantes à la chaleur. Leur point commun est leur très grande persistance dans l’environnement. Autrement dit, une fois relâchés, ils ne disparaissent pas rapidement.
L’ANSES explique que ces substances peuvent se retrouver dans l’eau, l’air, les sols et les sédiments. Certaines s’accumulent dans les organismes vivants et dans la chaîne alimentaire ; d’autres se déplacent sur de longues distances. La prévention ne se résume donc pas à éviter un contact immédiat avec un produit : elle concerne aussi ce qui peut circuler et rester dans les milieux de vie. [2]
Pour l’agence sanitaire, la priorité est de limiter les rejets à la source. Cela signifie intervenir là où les substances risquent d’être émises, plutôt que compter uniquement sur la gestion d’une contamination une fois installée. Même si de nouveaux usages étaient interdits, la surveillance resterait nécessaire en raison de cette persistance. [3]
La fabrication et les déchets entrent aussi dans le débat
Dans le cas des revêtements antiadhésifs, le matériau discuté est notamment le PTFE, ou polytétrafluoroéthylène. C’est un polymère : une grande molécule constituée d’unités répétées. Il appartient à la famille des PFAS, mais cette appartenance ne signifie pas que toutes les substances de cette famille ont la même toxicité.
Les associations décrivent plusieurs sources potentielles d’émissions sur le cycle de vie : la production des substances chez les fournisseurs, leur incorporation lors de la fabrication des produits, leur utilisation, puis le traitement des produits en fin de vie. Elles alertent notamment sur les émissions possibles lors de la réalisation des revêtements et sur celles qui peuvent accompagner le traitement des déchets. Ce sont ces différentes étapes qu’elles veulent voir prises en compte par SEB. [1]

Tefal défend, de son côté, la sécurité de ses revêtements en PTFE lors d’un usage normal, conforme aux instructions. La marque souligne les propriétés du polymère et son aptitude au contact alimentaire. Cette position porte sur l’utilisation des ustensiles ; la demande associative vise, elle, une prévention à l’échelle des activités et de leurs fournisseurs. [4]
Ces deux questions ont chacune leur périmètre : les conditions de cuisson dans une cuisine, et les émissions possibles avant ou après cette cuisson. Une réponse sur l’une ne dispense pas de traiter l’autre.
Riverains et salariés : des lieux de vie et de travail à prendre en compte
À proximité d’une activité industrielle, les interrogations portent sur les substances utilisées, les voies de rejet et les mesures de prévention. Pour les travailleurs, elles concernent aussi les procédés et les tâches effectuées. L’ANSES rappelle que des expositions professionnelles aux PFAS peuvent survenir dans plusieurs secteurs, notamment l’industrie chimique, le traitement des textiles ou la fabrication électronique. [2]
La question ne dépend donc pas seulement du comportement de chacun. Un salarié ne choisit pas seul les substances du procédé auquel il participe ; un habitant ne maîtrise pas les rejets d’une activité voisine. Mettre ces situations dans un plan de vigilance, c’est demander à l’entreprise d’identifier les risques liés à son organisation et les moyens de les prévenir.
À Rumilly, en Haute-Savoie, le communiqué des trois associations mentionne une autre démarche, locale, autour du site Tefal. Il indique que le collectif AERA, Cyclamen et FNE Haute-Savoie demande à la préfecture d’enjoindre notamment à Tefal de cesser ses rejets atmosphériques et de réaliser une étude technico-économique sur la substitution des PFAS dans le procédé industriel. Cette demande locale est distincte de la mise en demeure adressée au groupe SEB. Le communiqué ne décrit pas une décision de justice imposant ces mesures. [1]
Sortir des PFAS : pourquoi les associations parlent aussi d’emplois
Changer une substance ou un revêtement ne concerne pas seulement un objet vendu en magasin. Cela peut modifier des procédés, des équipements et les compétences nécessaires pour les utiliser. C’est pourquoi les associations associent leur demande de sortie des PFAS à une reconversion des emplois qui seraient impactés, et non à une injonction faite aux salariés de se débrouiller seuls.
Notre Affaire à Tous réclame ainsi une « transition juste » pour l’industrie des PFAS. Dans le communiqué, l’association présente l’anticipation des futures réglementations comme une manière de protéger les emplois concernés. Générations Futures relie également cette anticipation à la protection de la santé et au maintien des emplois sur les territoires. [1]

Il s’agit à ce stade de demandes de planification, pas d’une reconversion déjà annoncée ou réalisée. Le calendrier d’un changement de procédé, les formations et les emplois éventuellement concernés seraient des éléments concrets d’une transition. La mise en demeure ne fournit pas, à elle seule, ces réponses pour chaque site.
Trois mois pour une stratégie, pas pour fermer les usines
Les associations donnent trois mois au groupe pour publier une stratégie couvrant l’identification des risques, l’arrêt de l’utilisation des PFAS et la reconversion des emplois concernés. À défaut de mise à jour du plan de vigilance, elles se réservent la possibilité de saisir le tribunal judiciaire de Paris. Ce délai n’est ni une interdiction judiciaire des poêles ni un ordre de fermeture. [1]
Pour comprendre la suite, les points à suivre sont donc la réponse du groupe, le contenu d’un éventuel plan actualisé et les mesures proposées sur les activités concernées. La prévention collective vise à réduire les expositions possibles ; établir le lien entre une maladie et un travail relève, lui, d’une autre démarche, liée à une situation individuelle. Aucun diagnostic de riverain ou de salarié n’est établi par cette annonce.
Le débat dépasse ainsi le choix d’un ustensile : il porte sur la manière de produire, de limiter les rejets et de préparer les changements avec les salariés. Pour les habitants comme pour les travailleurs, c’est cette articulation entre santé, environnement et avenir des activités qui donne son sens à la demande de prévention à la source.
Sources
- Générations Futures, communiqué du 9 octobre 2026, « Trois associations mettent en demeure le Groupe SEB de modifier son plan de vigilance et de planifier l’arrêt de l’utilisation des PFAS dans ses activités, dernière étape avant de saisir le tribunal ».
https://www.generations-futures.fr/actualites/mise-en-demeure-seb-plan-vigilance-pfas/ - ANSES, « PFASs: very persistent chemicals ».
https://www.anses.fr/en/content/pfass-very-persistent-chemicals - ANSES, « Understanding more about exposure to PFAS and the associated hazards ».
https://www.anses.fr/en/content/understanding-more-about-exposure-to-PFAS-and-the-associated-hazards - Tefal, « Le PTFE : notre matériau anti-adhésif ».
https://www.tefal.fr/nousvousdevonslemeilleur/revetement-anti-adhesif-ptfe

