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Manger pour se calmer ou pour chasser l’ennui : avec un TDAH, comment en parler sans se reprocher un manque de volonté

La nourriture peut répondre à une émotion, à l’ennui ou à une recherche de sensations. Des entretiens avec 10 adultes ayant des crises alimentaires et un TDAH, un autisme ou un dépistage positif éclairent ces besoins, sans décrire tous les patients. Des repères pour en parler avec un soignant sans jugement.

Rédigé par Relu et validé par Antonin Mateo · 8 min de lecture
Dessin au feutre de deux personnes échangeant à une table, avec un bol et une tartine au premier plan.

Quand manger apporte un répit après une journée tendue, la question ne se limite pas au contenu de l’assiette. Que se passait-il juste avant ? Une émotion difficile, de l’ennui, une faim longtemps mise de côté ? Un décryptage de The Conversation, remis en circulation les 10 et 11 octobre, revient sur les liens entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH, et certaines difficultés alimentaires. Il rassemble des travaux déjà publiés, plutôt qu’une nouvelle découverte scientifique. [1]

Pour les patients, une distinction est particulièrement utile : manger pour se calmer et manger pour se stimuler ne répondent pas au même besoin. Comprendre ce que la nourriture apporte dans un moment donné peut aider à en parler avec un soignant, sans réduire la situation à une faute ou à un manque de volonté.

En bref

  • Chez certaines personnes, manger peut servir à apaiser une émotion, à chercher une stimulation ou une sensation.
  • Une petite étude qualitative a interrogé 10 adultes avec des crises alimentaires et un TDAH, un autisme ou un dépistage positif. Elle ne décrit pas tous les adultes avec un TDAH.
  • Manger sous l’effet d’une émotion ne suffit pas à diagnostiquer un trouble alimentaire ; la perte de contrôle et la répétition des crises méritent d’être abordées.
  • Un échange sans jugement peut porter sur les circonstances des épisodes, la souffrance ressentie et les besoins d’accompagnement.

Se calmer, sortir de l’ennui : deux attentes différentes

L’alimentation dite « émotionnelle » désigne une prise alimentaire liée aux émotions. Dans le décryptage, la nourriture est présentée comme une réponse rapidement accessible à une tension intérieure : elle peut détourner un instant l’attention d’une émotion pénible. Ce soulagement temporaire aide à comprendre pourquoi le comportement peut se répéter, même lorsque la personne voudrait qu’il change.

Mais l’apaisement n’est pas la seule piste. Une étude publiée dans le Journal of Eating Disorders a exploré les expériences de 10 adultes présentant des crises alimentaires, avec un TDAH, un autisme ou des scores de dépistage au-dessus des seuils. Un score de dépistage positif n’équivaut pas, à lui seul, à un diagnostic. Les entretiens font ressortir plusieurs thèmes, dont le recours aux crises pour répondre à des besoins émotionnels, sensoriels ou de stimulation. [2]

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Ce travail recueille des expériences dans un petit groupe. Il ne permet ni de mesurer la fréquence de ces besoins chez tous les adultes avec un TDAH, ni d’établir que le TDAH provoque les crises. Son apport est ailleurs : un comportement qui paraît semblable peut avoir des fonctions différentes. Chercher un goût ou une texture, rechercher une stimulation face à l’ennui et tenter de faire baisser une tension ne sont pas des expériences interchangeables.

Trois fonctions possibles de la nourriture : apaiser une émotion, chercher une stimulation ou une sensation. Entretiens avec 10 adultes avec crises alimentaires, TDAH/autisme ou dépistage positif ; pas un profil universel du TDAH.
Les thèmes d’une étude qualitative auprès de 10 adultes avec crises alimentaires et TDAH/autisme ou dépistage positif. Ils peuvent se combiner et ne décrivent pas toutes les personnes avec un TDAH. [2]

Ces fonctions peuvent aussi se combiner. La question utile n’est donc pas de choisir définitivement une catégorie, mais de décrire ce qui accompagne un épisode. La sensation recherchée peut changer d’un moment à l’autre.

La faim et l’organisation des repas font aussi partie de l’histoire

Le TDAH ne se résume pas à l’agitation : les difficultés d’attention et d’organisation peuvent compliquer les tâches quotidiennes. Le décryptage souligne qu’être absorbé par une activité peut conduire à oublier un repas ou à repérer tardivement sa faim. Préparer à manger peut également demander un effort difficile à mobiliser. [1]

Avant de qualifier une prise alimentaire d’« émotionnelle », il reste donc important de regarder si la personne avait pu manger suffisamment auparavant. Le stress et une faim importante peuvent coexister. Les distinguer évite de répondre uniquement par un conseil de détente à quelqu’un dont les repas sont devenus irréguliers.

Une revue systématique de 2020 a retenu 41 publications sur le TDAH et les conduites alimentaires. Parmi elles, huit suggéraient que les émotions négatives ou les difficultés à les réguler pouvaient expliquer une partie de l’association. Les mécanismes restent incertains : ces travaux soutiennent l’intérêt de parler des émotions, sans en faire l’explication unique de toutes les difficultés alimentaires. [3]

Le signe à raconter : ne plus réussir à s’arrêter

Prendre un aliment réconfortant ou manger sans faim ne suffit pas à poser un diagnostic. Une crise de boulimie associe l’absorption d’une grande quantité de nourriture dans un temps limité à un sentiment de perte de contrôle. La boulimie comporte des comportements visant à compenser les crises, comme les vomissements provoqués, l’usage abusif de laxatifs, le jeûne ou l’exercice excessif. L’hyperphagie boulimique correspond à des crises récurrentes sans ces comportements compensatoires caractéristiques. [4]

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Le mot « crise » ne dit donc pas seulement combien on a mangé. Si vous avez l’impression de ne plus pouvoir vous arrêter, si les épisodes se répètent ou si vous cherchez ensuite à les compenser, ces éléments peuvent être racontés au médecin. Vous n’avez pas besoin de connaître le nom exact du trouble pour en parler.

La Haute Autorité de santé rappelle que la boulimie et l’hyperphagie boulimique ne sont pas la conséquence d’un manque de volonté et nécessitent des soins. Comprendre une fonction d’apaisement ou de stimulation ne rend pas la souffrance anodine ; cela donne au professionnel une information supplémentaire pour comprendre la situation. [5]

Parler des épisodes, sans devoir justifier chaque bouchée

La HAS conseille de choisir un professionnel avec lequel on se sent en confiance et, si nécessaire, de demander l’aide d’un proche pour cette démarche. L’entretien peut commencer par ce qui vous gêne le plus : la perte de contrôle, la honte, les repas désorganisés ou la place que l’alimentation prend dans la journée. [5]

Pour préparer cet échange, quelques observations peuvent être utiles, sans compter les calories ni constituer un dossier parfait :

  • Avant l’épisode : aviez-vous sauté un repas, ressenti une tension, de la fatigue ou de l’ennui ?
  • Pendant : cherchiez-vous plutôt un soulagement, une stimulation, un goût ou une texture ? Aviez-vous le sentiment de pouvoir vous arrêter ?
  • Après : quelle souffrance restait présente et y avait-il des comportements pour compenser ?
  • Au quotidien : qu’est-ce qui complique les courses, la préparation des repas ou les rendez-vous de soins ?

Ces questions sont des points de départ pour une discussion, pas un test diagnostique. Vous pouvez aussi signaler votre TDAH ou votre autisme si vous avez un diagnostic, ou expliquer que vous vous interrogez à ce sujet. Un épisode alimentaire, à lui seul, ne permet pas de conclure à l’un de ces troubles.

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Deux adultes échangent autour d’un carnet dans un cabinet de consultation.
Le contexte des épisodes et les difficultés du quotidien peuvent être abordés avec un professionnel, sans devoir nommer soi-même le trouble.

Pour les proches, la fiche de la HAS recommande une écoute bienveillante et une conversation à un moment où chacun est disponible. Les reproches et le jugement peuvent empêcher un dialogue aidant. Une attention à la souffrance globale laisse davantage de place à ce que la personne veut raconter qu’une surveillance de son assiette. [5]

Lorsqu’un trouble alimentaire est identifié, la HAS recommande une prise en charge coordonnée, associant notamment les dimensions médicale, psychologique et nutritionnelle. L’objectif ne se limite pas au poids : il comprend l’arrêt des crises et les difficultés physiques, sociales ou relationnelles qui les accompagnent. [4]

Dans les entretiens de la petite étude, les besoins de soutien personnalisé et adaptable constituent un autre thème important. Les différences d’attention, de sensibilité sensorielle et de communication ont leur place dans l’échange : expliquer qu’une consigne est difficile à suivre, qu’une texture pose problème ou qu’un rendez-vous est difficile à organiser apporte des éléments concrets pour discuter de l’accompagnement. [2]

Sources

[1] Hanane Desruets Badouh, The Conversation — TDAH et alimentation : pourquoi certains cerveaux peinent à s’arrêter de manger.
https://theconversation.com/tdah-et-alimentation-pourquoi-certains-cerveaux-peinent-a-sarreter-de-manger-292036

[2] Makin et al., Journal of Eating Disorders — Regulating with food: a qualitative study of Neurodivergent experiences in adults with binge eating disorder.
https://doi.org/10.1186/s40337-025-01493-7

[3] El Archi et al., Nutrients, 2020 — Negative Affectivity and Emotion Dysregulation as Mediators between ADHD and Disordered Eating: A Systematic Review.
https://doi.org/10.3390/nu12113292

[4] Haute Autorité de santé — Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, 2019.
https://www.has-sante.fr/jcms/c_2581436/fr/boulimie-et-hyperphagie-boulimique-reperage-et-elements-generaux-de-prise-en-charge

[5] Haute Autorité de santé — Boulimie et hyperphagie boulimique, Comment en parler ?, fiche outil 2, 2019.
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3099826/fr/comment-en-parler-fiche-outil

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