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Douleurs : la hausse est plus rapide avant 55 ans, mais les pics varient selon la zone du corps dans l’étude McGill

Une étude mondiale portant sur plus de 6,1 millions de participants distingue hausse rapide et maximum de fréquence. Pour le dos, la hanche et le genou, les pics se situent à 75 ans ou au-delà dans les modèles mondiaux.

Rédigé par Relu et validé par Antonin Mateo · 7 min de lecture
Illustration des douleurs à différents âges de la vie.
Les trajectoires de douleur varient selon la localisation et l’âge dans les populations étudiées.

La douleur n’attend pas la vieillesse, mais elle ne cesse pas non plus d’augmenter partout à 55 ans. Une étude menée par des chercheurs de l’Université McGill, publiée le 5 octobre 2026 dans Nature Medicine, dessine des trajectoires différentes selon la partie du corps. Son ampleur est inhabituelle : 6 125 459 participants, dans 118 pays et territoires, à partir d’enquêtes conduites entre 1990 et 2025. McGill en a présenté les résultats le 9 octobre. [1, 2]

L’apport de ce travail est de sortir d’une opposition trompeuse : soit la douleur serait réservée aux personnes âgées, soit elle culminerait nécessairement avant 55 ans. Les résultats invitent plutôt à ne pas enfermer une plainte dans l’âge de celui ou celle qui l’exprime.

Avant 55 ans, une hausse plus rapide n’est pas un maximum

Deux informations différentes se cachent derrière le mot « pic ». La première est l’âge auquel la proportion de personnes déclarant une douleur augmente le plus vite. La seconde est l’âge auquel cette proportion est la plus élevée. Une courbe peut continuer à monter longtemps après que sa pente s’est adoucie.

C’est précisément ce qui distingue le dos, la hanche et le genou : les chercheurs observent leurs progressions les plus rapides entre 20 et 55 ans, puis une augmentation qui se poursuit, avec des maxima à 75 ans ou plus. À l’inverse, les maux de tête et les douleurs abdominales présentent des pics plus précoces, suivis d’une baisse dans les estimations mondiales. [1]

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Des trajectoires qui dépendent de la localisation, dans les modèles mondiaux de l’étude
Douleurs déclaréesProfil observé selon l’âge
Dos, hanche, genouAugmentation prolongée, avec un pic à 75 ans ou au-delà.
Tête, abdomenPic plus précoce, puis diminution.
Cou ou épaule, coudePic à l’âge adulte, puis diminution.

Dire que « la douleur culmine avant 55 ans » effacerait donc une partie importante du résultat. L’intérêt de regarder plus tôt dans la vie est réel, mais il ne rend pas les douleurs tardives moins présentes.

Des personnes qui disent avoir mal, pas seulement des diagnostics

Les chercheurs ont harmonisé les réponses concernant 11 localisations. Ils mesurent une prévalence : la proportion de personnes déclarant une douleur au moment de l’enquête ou pendant une période donnée. Les questionnaires d’origine portaient, selon les cas, sur la douleur actuelle, la semaine ou le mois écoulé, ou une période plus longue. Les courbes de référence sont standardisées sur le mois écoulé. [1]

Cette approche donne une place aux symptômes même lorsqu’aucun diagnostic n’a été posé. Elle est particulièrement utile là où l’accès aux soins est limité : compter seulement les maladies identifiées laisserait échapper une partie des personnes qui souffrent.

En revanche, une douleur déclarée n’est pas nécessairement une douleur chronique. Les réponses ne disent pas toutes qu’elle persiste ou revient depuis des mois. La fréquence dans une population et la durée chez une personne répondent à deux questions différentes.

Une courbe d’âge ne raconte pas votre avenir

La majorité des données sont transversales : elles comparent des personnes d’âges différents, plutôt que les mêmes personnes suivies tout au long de leur vie. Les courbes obtenues sont donc des profils de population, pas des biographies. Une prévalence plus basse après un certain âge ne promet pas que la douleur d’une personne disparaîtra lorsqu’elle l’atteindra. [1]

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Les générations peuvent aussi différer par leurs conditions de vie et leur façon de décrire les symptômes. Aux âges avancés, la survie et la présence de plusieurs douleurs peuvent modifier ce que captent les enquêtes. Les auteurs discutent ces mécanismes possibles, sans pouvoir les départager complètement.

Pour un patient ou un proche, la distinction est essentielle : « fréquent à votre âge » décrit une fréquence, pas la cause d’une plainte ni sa gravité. De même, être plus jeune que l’âge d’un pic ne rend pas une douleur incohérente. La moyenne aide à comprendre un phénomène collectif ; elle n’arbitre pas la réalité d’une souffrance individuelle.

Les femmes déclarent davantage de douleurs, sans explication unique

Dans cette analyse, les femmes rapportent plus souvent des douleurs que les hommes pour chacune des 11 localisations. L’écart varie selon la zone et apparaît particulièrement marqué pour la face, la tête et l’abdomen. [1]

Ce constat appelle une attention aux différences, pas un raccourci sur leur origine. Ces comparaisons ne permettent pas d’attribuer les écarts à une cause hormonale, sociale ou biologique unique. Elles montrent aussi pourquoi une moyenne qui confond tous les groupes peut masquer des expériences très différentes.

Illustration d’une collecte de données auprès de populations variées dans le monde.
L’âge et la localisation aident à décrire les douleurs à l’échelle des populations ; ils ne suffisent pas à expliquer la plainte d’une personne.

La moyenne mondiale ne remplace pas les réalités des pays

Les différences géographiques deviennent elles aussi importantes avec l’âge. Les modèles associent un indice de développement humain plus faible à une prévalence plus élevée de plusieurs douleurs aux âges avancés. Cet indice décrit notamment des dimensions de santé, d’éducation et de niveau de vie ; il n’identifie pas, à lui seul, ce qui produit l’écart. [1]

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Les chercheurs évoquent les conditions de travail, l’accès aux soins ou les maladies associées comme pistes d’explication. Leur étude ne mesure pas séparément toutes ces influences. Transformer ces résultats en une même consigne de prévention pour tous les pays ferait perdre ce que la comparaison apporte : la possibilité de repérer des besoins différents.

C’est dans cette perspective que les courbes peuvent servir de référence pour la recherche et la surveillance. Leur précision dépend toutefois des données disponibles : les régions sont inégalement couvertes, et les plus jeunes comme les plus âgés restent moins documentés. Pour certaines douleurs de la face, du thorax ou de l’abdomen, les données des pays à développement faible ou intermédiaire sont insuffisantes pour établir des trajectoires fiables. Combler ces manques permettrait de mieux décrire des populations encore peu visibles dans les enquêtes mondiales. [1]

Sources

[1] Fillingim M. et al. — Global and regional reference curves for pain across the lifespan in 6.1 million individuals in 118 countries. Nature Medicine, 5 octobre 2026.
https://www.nature.com/articles/s41591-026-04696-w

[2] Université McGill — Pain peaks earlier in life than might have been expected, global study finds. Communiqué du 9 octobre 2026.
https://www.mcgill.ca/newsroom/channels/news/pain-peaks-earlier-life-might-have-been-expected-global-study-finds-375017

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