PLFSS 2027 : la pharmacie passe de la boîte à l’expertise
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La rémunération des pharmacies bascule : l’expertise du pharmacien sera désormais valorisée, pas le volume de boîtes délivrées. Mais la simulation de la FSPF le dit clairement : une officine sur deux serait perdante. On vous explique pourquoi, et quelles solutions s’opposent pour éviter la casse.
Fini les boîtes, place à l’expertise
Début septembre, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a signé la lettre de cadrage de la réforme économique de l’officine. Le texte, publié le 10 septembre, donne le coup d’envoi officiel des travaux préparatoires.
Trois priorités guident la démarche : préserver le maillage territorial, valoriser l’intervention du pharmacien, réduire la dépendance aux volumes de boîtes et aux prix. Le principe tient en une phrase simple : votre pharmacien serait payé pour son expertise, pas pour le nombre de boîtes délivrées.

L’ambition est louable, mais les premières simulations douchent l’enthousiasme. Et le chiffre circule déjà dans toutes les officines.
Réponse courteUne pharmacie sur deux serait perdante dans le nouveau modèle, selon la simulation publiée par la FSPF.
Le constat tombe au pire moment. Le PLFSS 2027, qui doit porter cette réforme, est en discussion à l’Assemblée et au Sénat. Contexte contraint : l’Assurance Maladie vise 3,9 milliards d’euros d’économies en 2027, avec un déficit de 13,8 milliards en 2026.
Concrètement, la lettre de cadrage ouvre deux chantiers distincts.
- un avenant n°3 sur les missions de santé publique : entretiens pharmaceutiques, dépistages, vaccination, intégration d’OSyS, suivi des patients diabétiques et des facteurs de risque cardiovasculaire ;
- des travaux préparatoires à une réforme structurelle du modèle économique officinal.
Sur le premier, l’USPO veut boucler avant le 11 octobre. Sur le second, celui de la réforme structurelle, rien n’est écrit ni chiffré.
Vous l’aurez compris : pour l’instant, aucun montant n’est fixé. La lettre de cadrage lance des réflexions, pas des décisions. Le détail des critères viendra plus tard, et c’est là que tout se jouera.
Pourquoi ce changement arrive maintenant
Qui perd, qui gagne, et pourquoi
Vous voulez savoir si votre pharmacie sort gagnante ? Tout dépend de son profil.

Six critères font pencher la balance, du plus parlant au plus sensible :
- Patientèle âgée : traitements lourds, anticoagulants, ça fait basculer les revenus.
- Médicaments chers : beaucoup de thérapies onéreuses, chaque baisse de marge pèse plus lourd.
- Structure des ordonnances : les ordonnances complexes rapportent plus que les simples.
- Densité médicale : moins de médecins, plus l’officine est indispensable.
Pour limiter les écarts, la FSPF planche sur un forfait structure, indexé sur la densité médicale, pour rémunérer l’officine de son rôle sanitaire. Une pharmacie isolée serait ainsi payée parce qu’elle est nécessaire.
Côté syndicats, ça diverge. Federgy réclame des honoraires couvrant le coût des missions, sans toucher aux marges, et refuse le tout-honoraire. L’UPGF défend un modèle mixte avec une marge minimale de 7 % sur les thérapies onéreuses.
L’USPO, elle, veut intéresser les pharmaciens aux économies réalisées pour l’Assurance Maladie, avec ses vingt propositions envoyées le 1er septembre.
La pression se voit déjà : 19 381 officines fin 2025, plus de 800 fermetures depuis 2022.
Les villes de 5 000 à 30 000 habitants concentrent 78 disparitions en 2025, près d’un tiers du total. L’Orne a perdu 13,7 % de ses officines entre 2022 et 2025.
Reste l’architecture générale. Le futur modèle combinerait la délivrance, les missions, le rôle territorial et une part liée aux économies générées. Au PLFSS 2027 de trancher le poids de chacun.
Le calendrier qui vous attend
Le compte à rebours est déjà lancé. Le PLFSS 2027 doit être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le mardi 6 octobre. La discussion en séance est prévue du 20 au 26 octobre, avec un vote solennel le mardi 27.

Le calendrier est verrouillé par la Constitution : 20 jours pour l’Assemblée, 15 pour le Sénat. Si tout n’est pas voté dans les 50 jours, autour du 25 novembre, le gouvernement peut passer par ordonnance. Une arme jamais utilisée depuis 1996.
L’objectif reste une adoption définitive avant le 31 décembre 2026. Après le Sénat en novembre, une commission mixte paritaire doit trouver un accord, puis une lecture définitive en décembre. La campagne présidentielle commence après le 28 février 2027, donc peu de marge au printemps.
Le gouvernement pourrait aussi recourir au 49.3, comme pour le budget 2026. C’est un pari risqué, car une motion de censure peut être déposée, même si l’an dernier, les huit motions ont toutes été rejetées. Voici les dates à retenir :
- 6 octobre 2026 : dépôt du PLFSS à l’Assemblée.
- 27 octobre 2026 : vote solennel à l’Assemblée.
- 25 novembre 2026 : échéance des 50 jours, le gouvernement peut passer par ordonnance.
- 31 décembre 2026 : adoption définitive visée.
Les échéances approchent : le PLFSS 2027 sera discuté du 20 au 26 octobre à l’Assemblée. Restez attentifs aux arbitrages sur le poids de chaque source de revenus, et préparez dès maintenant les nouvelles missions de l’avenant n°3 pour ne pas être parmi les perdants.