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Le Lancet identifie 17 menaces pour notre santé : comment lire ces milliards d’années que l’on pourrait préserver

La Commission du Lancet compare des futurs plausibles jusqu’en 2100. Ses estimations mesurent ce que l’action peut encore changer, pas un calendrier de catastrophes.

Rédigé par Relu et validé par Antonin Mateo · 7 min de lecture
Illustration éditoriale d’une femme observant un globe entouré de plusieurs trajectoires possibles.

Une pandémie, une famine nucléaire, l’obésité ou un faible niveau d’instruction : voir ces sujets réunis dans une même liste peut donner l’impression que les chercheurs annoncent une succession de catastrophes. La Commission du Lancet sur les menaces sanitaires du XXIe siècle, présentée le 11 octobre à Berlin, pose une autre question : quelle part des pertes de santé les décisions prises aujourd’hui peuvent-elles encore éviter ? Son analyse porte sur 204 pays et territoires, entre 2025 et 2100. [1]

En bref

  • La Commission retient 17 menaces interconnectées, mais n’établit pas un classement fixe des priorités politiques.
  • Elle compare des futurs plausibles favorables et défavorables, sans annoncer qu’un scénario se réalisera nécessairement.
  • Les milliards évoqués sont des années de vie en bonne santé, pas autant de personnes ni de décès.

Le chiffre à comprendre est un écart entre deux futurs

Le rapport ne consiste pas à additionner les malades attendus à la fin du siècle. Pour chaque menace, les auteurs construisent un futur plausible favorable et un autre défavorable. L’écart entre les deux représente une marge d’action : ce que des politiques, des moyens et des innovations pourraient changer. C’est cette différence, cumulée sur la période étudiée, qui guide la comparaison. [1]

Pour la mesurer, les chercheurs utilisent les DALY, un indicateur qui réunit les effets des décès prématurés et des problèmes de santé qui limitent la vie. Une DALY correspond à une année de vie en bonne santé perdue. Le mot « évitable » désigne ici la différence entre les scénarios, et non une garantie que chaque année de santé sera effectivement préservée.

Cette unité permet de regarder au-delà de la seule survie. Une menace peut peser lourd parce qu’elle provoque des décès précoces, mais aussi parce qu’elle laisse beaucoup de personnes vivre longtemps avec des incapacités. Les milliards d’années évoqués dans le rapport ne désignent donc ni des milliards de morts ni autant de personnes différentes.

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Comparaison conceptuelle de deux futurs plausibles : leur écart correspond à des années de santé que l’action peut préserver entre 2025 et 2100.
Le rapport mesure une différence entre scénarios, sans prédire une trajectoire unique.

Pourquoi des menaces si différentes se retrouvent ensemble

Les auteurs donnent au mot « menace » un sens large : une cause importante de pertes futures de santé sur laquelle l’action publique peut agir. Leur liste dépasse donc les crises soudaines. Elle englobe aussi les conditions de vie et les risques qui s’accumulent lentement. Cette approche évite de réserver notre attention aux seuls événements qui font irruption dans l’actualité.

Le résumé du rapport distingue deux menaces au potentiel d’extinction : le détournement malveillant de l’intelligence artificielle, notamment pour développer des armes biologiques, et un conflit nucléaire pouvant entraîner une famine. Les quinze autres menaces catastrophiques retenues sont les suivantes : [1]

  • la pollution de l’air ;
  • la résistance aux antimicrobiens ;
  • la malnutrition infantile ;
  • le changement climatique ;
  • l’effondrement de l’aide au développement pour la santé ;
  • les conflits conventionnels ;
  • la consommation élevée d’alcool ;
  • l’hypertension artérielle ;
  • les inégalités de revenus ;
  • le faible niveau d’instruction ;
  • les pandémies d’origine naturelle, distinctes de celles qui seraient facilitées par l’IA ;
  • l’obésité, dans une catégorie qui combine ici indice de masse corporelle élevé, mauvaise alimentation et faible activité physique ;
  • la dégradation de la santé mentale ;
  • le tabagisme ;
  • le vieillissement en mauvaise santé.

Cette liste n’est pas un inventaire de tout ce qui peut rendre malade. Le résumé explique que certaines maladies, dont les maladies coronariennes et plusieurs cancers, ont été écartées de cette catégorie parce que la Commission estimait qu’elles recevaient déjà suffisamment d’attention politique et de dépenses de santé mondiale. Leur absence ne signifie pas qu’elles auraient cessé d’être graves. [1]

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Un grand chiffre n’impose pas, à lui seul, une priorité

Le communiqué de l’équipe estime la marge de santé préservable liée à la catégorie obésité à 23,1 milliards de DALY d’ici à 2100. Les estimations sont de 16,1 milliards pour l’amélioration du niveau d’instruction et de 13,8 milliards pour les inégalités de revenus. Il s’agit toujours de différences cumulées entre des futurs plausibles, pas d’un bilan déjà observé. [2]

Ces nombres éclairent l’ampleur de ce qui pourrait être changé. Ils ne suffisent pas à décider quel risque un pays doit traiter en premier. Dans son entretien à L’Express, le membre de la Commission Hechmi Louzir insiste sur ce point : les 17 menaces ne constituent pas un classement des priorités politiques. Les risques se renforcent mutuellement et n’affectent pas les populations de la même manière. [3]

Il serait donc trompeur de lire un chiffre moins élevé comme une autorisation d’ignorer le climat ou les pandémies. Il serait tout aussi trompeur d’additionner les estimations pour fabriquer un total : les menaces et leurs conséquences peuvent se recouper. L’intérêt de la comparaison est de rendre visibles des leviers souvent traités séparément, pas de transformer la prévention en compétition.

Tous les scénarios ne reposent pas sur les mêmes connaissances

Pour les menaces documentées depuis longtemps, les auteurs peuvent prolonger des tendances à partir de données historiques. Ils disposent de moins de repères pour une famine nucléaire ou un détournement de l’IA à l’échelle planétaire. Ces risques mobilisent notamment des jugements structurés d’experts et des prévisionnistes, avec une incertitude plus grande. Un scénario à évaluer n’est pas une prédiction. [1] [3]

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Le périmètre mesuré compte également. Pour le climat, la Commission ne capture pas pleinement des effets difficiles à quantifier, comme les déplacements de population. Le choix de s’arrêter à 2100 laisse aussi hors du calcul une partie des conséquences ultérieures. Comparer les nombres sans regarder ce qu’ils incluent ferait perdre une information essentielle.

Illustration éditoriale d’une équipe réunie autour de documents pour examiner des informations de santé publique.

La liste est conçue pour être révisée, pas pour figer le débat

La Commission propose trois chantiers : financer durablement des systèmes de santé capables d’anticiper les menaces, soutenir les innovations lorsque les outils manquent et suivre régulièrement l’évolution des risques. Elle associe à ces investissements un enjeu d’accès : une solution disponible n’apporte pas la même protection si certaines populations ne peuvent pas en bénéficier. [2]

Les auteurs proposent notamment un Lancet Monitor of 21st Century Global Threats to Health, un dispositif de suivi destiné à réexaminer les menaces à mesure que les données progressent. Son rôle serait de porter cette information non seulement aux responsables de la santé, mais aussi à ceux des finances et de la sécurité, dont les décisions influencent les moyens de prévention. [2]

Sources

[1] IHME — The Lancet Commission on 21st century global threats to health, résumé exécutif, 2026.
https://www.healthdata.org/research-analysis/library/lancet-commission-21st-century-global-threats-health

[2] IHME — New Lancet Commission provides roadmap to protect economies, security and global stability from catastrophic threats to health and human survival, communiqué de lancement, 11 octobre 2026.
https://www.healthdata.org/news-events/newsroom/news-releases/new-lancet-commission-provides-roadmap-protect-economies

[3] Hechmi Louzir, entretien par Yohan Blavignat pour L’Express — « Les pires scénarios pour l’avenir de l’humanité ne sont pas inévitables », diffusé sur Orange, 14 octobre 2026.
https://actu.orange.fr/monde/pr-hechmi-louzir-the-lancet-les-pires-scenarios-pour-l-avenir-de-l-humanite-ne-sont-pas-inevitables-l-express-CNT000002sMToq.html

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