Vous prenez une statine après 75 ans ? L’étude SAGA donne de nouveaux repères pour en discuter avec votre médecin
Chez des personnes de 75 ans et plus déjà traitées sans antécédent cardiovasculaire, SAGA/SITE éclaire la discussion sur l’arrêt. Motif de prescription, tolérance et priorités : les éléments à partager avec le médecin, sans modifier seul son ordonnance.

Une statine prise depuis des années peut finir par sembler indissociable de l’ordonnance. L’essai français SAGA/SITE remet une question sur la table : chez certaines personnes de 75 ans et plus, peut-on discuter de son arrêt sans pénaliser la survie à trois ans ? Le résultat ouvre cette discussion, mais ne transforme pas l’âge en consigne d’arrêt. Son apport le plus concret est de donner un point de départ mieux documenté à une décision entre le patient et son médecin. [1, 2]
En bref
- SAGA/SITE concerne des personnes de 75 ans et plus, déjà sous statine, sans antécédent de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse.
- L’arrêt a satisfait le critère de non-infériorité sur la mortalité toutes causes à trois ans, pas une preuve de bénéfice de l’arrêt.
- Le motif initial de prescription, les autres traitements, la tolérance et les priorités du patient nourrissent la décision.
- Une ordonnance ne se modifie pas de sa propre initiative : la réévaluation se fait avec le prescripteur.
La première question : pourquoi cette statine a-t-elle été prescrite ?
Les statines sont des médicaments qui abaissent le LDL-cholestérol, souvent appelé « mauvais cholestérol ». Le traitement vise à réduire le risque cardiovasculaire, et pas seulement à faire rentrer une valeur de prise de sang dans une case. L’Assurance Maladie rappelle que l’objectif dépend du profil médical et des facteurs de risque de la personne. [3]
Dans SAGA/SITE, les participants prenaient déjà une statine depuis au moins un an pour prévenir un premier accident cardiovasculaire. Ils n’avaient pas d’antécédent de maladie liée aux plaques qui se forment dans les artères. Cette situation, dite de prévention primaire, est différente de celle d’une personne traitée après un infarctus ou un AVC lié à cette maladie. [1]
Avant de demander « est-ce encore utile à mon âge ? », il faut donc retrouver « pour quelle raison ai-je commencé ? ». Une ancienne lettre de cardiologie, les comptes rendus d’hospitalisation et les ordonnances peuvent aider le médecin à reconstituer cette histoire. Avoir le même âge qu’un participant de l’étude ne suffit pas à avoir la même indication.
Ce que les trois années de suivi apportent à la conversation
L’essai, coordonné par Fabrice Bonnet et Jean-Philippe Joseph, a comparé par tirage au sort la poursuite et l’arrêt du traitement dans 297 cabinets de médecine générale. Il a randomisé 1 180 personnes, dont 1 160 ont été retenues dans l’analyse principale. Leur âge médian était de 80 ans. Près de 30 % avaient un diabète et 77 % une hypertension : ne pas avoir eu d’accident cardiovasculaire ne veut pas dire être sans facteur de risque. [1, 2]
À trois ans, les décès recensés parmi les participants ayant des données disponibles concernaient 48 personnes sur 604 dans le groupe poursuivant la statine, soit 7,9 %, et 35 sur 484 dans le groupe arrêtant le traitement, soit 7,2 %. L’analyse principale tenait aussi compte des données manquantes. Ces nombres ne sont donc pas les effectifs initiaux des deux groupes. [1]
Les chercheurs ont conclu à la « non-infériorité » de l’arrêt sur la mortalité toutes causes. Cela signifie que les résultats respectaient la marge de différence fixée dans le protocole, avec leur incertitude statistique. Ce n’est pas la démonstration que l’arrêt prolonge la vie, ni une réponse pour les années au-delà du suivi. Les résultats sur la mortalité ne permettent pas non plus de déclarer identiques tous les risques d’infarctus ou d’AVC.

Apporter toute l’ordonnance, pas seulement la boîte concernée
La question d’une statine se pose rarement dans le vide. Les auteurs et le CHU de Bordeaux invitent à tenir compte de l’ensemble des traitements, du contexte clinique et des préférences du patient. Une décision partagée consiste à rapprocher ces éléments avec ce que l’étude mesure, plutôt qu’à choisir entre « garder tous les médicaments » et « en enlever le plus possible ». [2]
Pour préparer cet échange, quelques informations concrètes sont utiles :
- Le traitement exact et son ancienneté, avec l’ordonnance actuelle et, si possible, le motif de départ.
- Les autres produits pris, y compris ceux achetés sans ordonnance et les compléments alimentaires.
- Les difficultés rencontrées : prises oubliées, contrainte ressentie, douleurs ou autre symptôme apparu pendant le traitement.
- Ce qui compte le plus pour vous : éviter un accident, limiter les contraintes de prise, comprendre un effet gênant ou conserver une organisation rassurante.
Cette liste n’est pas un score permettant de décider seul. Elle aide à rendre visibles des éléments que le taux de cholestérol ne raconte pas. L’Assurance Maladie recommande notamment de signaler les effets indésirables et les nouveaux symptômes, ainsi que de demander conseil avant une automédication, en raison des interactions possibles. [3]
Un effet gênant mérite une réponse, pas une promesse de mieux-être
Arrêter un médicament peut paraître synonyme de soulagement. Pourtant, le CHU rapporte que SAGA n’a pas trouvé de différence significative entre les groupes concernant la qualité de vie ou les événements indésirables graves. Le résultat sur la survie ne doit donc pas devenir une promesse de retrouver du confort en retirant une statine. [2]
À l’inverse, une moyenne d’étude ne fait pas disparaître votre propre difficulté. Si vous avez une douleur musculaire ou une gêne inhabituelle, dites quand elle a commencé, comment elle évolue et ce qu’elle vous empêche de faire. Ces informations permettent au médecin d’examiner les causes possibles et la conduite à tenir. L’Assurance Maladie cite notamment les douleurs, faiblesses musculaires et crampes parmi les effets possibles des médicaments hypolipémiants. [3]

Une décision discutée comporte aussi la suite du suivi
Le CHU de Bordeaux insiste sur une évaluation individuelle du rapport entre bénéfices et risques. Les préférences du patient ont leur place, mais elles s’expriment avec une information compréhensible sur ce que l’on sait, la situation médicale et les incertitudes restantes. Une personne peut souhaiter poursuivre un traitement bien supporté ; une autre peut vouloir examiner avec son médecin la possibilité de l’alléger. [2]
Si la prescription change, demandez quelle surveillance est prévue, quels résultats apporter et à quel moment refaire le point. Le suivi du cholestérol reste nécessaire avec ou sans médicament : l’Assurance Maladie prévoit des consultations et des examens adaptés, dont des bilans sanguins. Elle rappelle également de ne pas interrompre ou modifier son traitement sans avis médical. [3]
Sources
[1] Bonnet F. et al. — SAGA/SITE, essai randomisé de non-infériorité, The Lancet Healthy Longevity, 2026. Résumé original, DOI : 10.1016/j.lanhl.2026.100884.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42580354/
[2] CHU de Bordeaux — Résultats de l’étude SAGA : arrêt des statines après 75 ans, août 2026.
https://www.chu-bordeaux.fr/Professionnels-recherche/Recherche-clinique-et-Innovation/Actualit%C3%A9s-recherche-clinique-et-innovation-CHU-de-Bordeaux/R%C3%A9sultats-de-l-%C3%A9tude-SAGA-:-Arr%C3%AAt-des-statines-apr%C3%A8s-75-ans/
[3] Assurance Maladie — Cholestérol et/ou triglycérides élevés : quel traitement ?, 8 janvier 2026.
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/trop-cholesterol-triglycerides-dans-sang-dyslipidemie/traitement