TDAH : 122 % de patients traités en plus en Île-de-France, pourquoi l’alerte sur les prescriptions ne dit pas tout de cette hausse
En Île-de-France, le nombre de patients traités par méthylphénidate a augmenté de 122 % entre 2021 et 2025. Les données rapportées par France Inter interrogent à la fois l’accès aux soins et le cadre des prescriptions, sans mesurer la part de chacun.

L’alerte porte sur une hausse spectaculaire, mais aussi sur la façon de prescrire. Le 16 octobre 2026, France Inter a révélé que l’Assurance maladie avait écrit aux médecins franciliens au sujet du méthylphénidate, commercialisé notamment sous le nom de Ritaline. Entre 2021 et 2025, le nombre de patients traités a augmenté de 122 % en Île-de-France. Ce chiffre décrit une évolution du recours au médicament. Les irrégularités signalées dans le même temps posent une autre question : celle de l’encadrement des prescriptions. [1]
En bref
- Le nombre de patients traités par méthylphénidate a augmenté de 122 % en Île-de-France entre 2021 et 2025, et de 142 % chez les adultes.
- Ces chiffres mesurent le recours au traitement, pas la fréquence du TDAH dans la population ni le nombre d’ordonnances.
- Anna Boctor avance l’explication d’un meilleur repérage. Les données ne chiffrent pas la part du rattrapage dans la hausse.
- Premières prescriptions irrégulières et parcours à multiples prescripteurs ou pharmacies sont des constats distincts ; un signal de mésusage n’est pas une preuve individuelle.
122 % de patients traités en plus, pas 122 % de TDAH en plus
Le méthylphénidate est un psychostimulant utilisé dans le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH. Pour comprendre l’ampleur de la hausse, il faut garder ensemble trois repères :
- +122 % concerne le nombre de patients traités en Île-de-France entre 2021 et 2025.
- +142 % concerne la progression chez les adultes sur cette même période.
- 22 290 adultes étaient traités en 2025, selon les précisions rapportées par franceinfo. [1, 2]
L’unité compte : on parle de personnes traitées, pas du nombre d’ordonnances rédigées. Ces données ne donnent pas non plus la proportion de la population atteinte d’un TDAH. Une hausse du traitement peut refléter un accès aux soins qui évolue, sans que le trouble soit devenu aussi fortement plus fréquent. Et les 22 290 adultes ne représentent pas l’ensemble des patients, enfants compris.

Le rattrapage est une explication avancée, pas une part chiffrée de la hausse
Interrogée par France Inter, Anna Boctor, pédiatre et présidente du syndicat Jeunes médecins, défend l’idée d’un meilleur repérage d’un trouble longtemps sous-diagnostiqué en France. Elle évoque une vraie problématique de sous-prescription
et les difficultés d’accès à des professionnels formés. Dans cette lecture, davantage de traitements peut correspondre à des besoins jusque-là laissés sans réponse. [1]
Cette explication apporte un contrepoint à l’idée d’un médicament nécessairement trop utilisé. Mais les chiffres rapportés ne permettent pas de répartir la hausse entre rattrapage des soins et prescriptions inadaptées. Le témoignage de la pédiatre propose une interprétation clinique, pas une mesure de la contribution de chaque cause.
Les obstacles d’accès ne sont pas une préoccupation nouvelle. Dès septembre 2024, pour les enfants et les adolescents, la Haute Autorité de santé soulignait le faible nombre de professionnels et leur répartition inégale sur le territoire. Elle appelait à développer l’offre et la formation pour réduire les délais. Ce constat pédiatrique éclaire l’enjeu d’accès, sans expliquer à lui seul la progression francilienne chez les adultes. [4]
Le décompte des traitements laisse aussi hors champ une partie du quotidien. Les difficultés alimentaires, par exemple, se discutent à partir des circonstances : faim, repas désorganisés, émotions ou ennui. Notre article consacré à ce sujet aide à distinguer ces situations sans les réduire à un manque de volonté. C’est un autre niveau d’observation que celui d’une hausse régionale du recours au médicament.
Une première prescription irrégulière n’établit pas un détournement
Selon les constats de l’Assurance maladie rapportés par France Inter et franceinfo, la première prescription ne provient pas d’un spécialiste habilité dans un cas sur cinq. Les articles rappellent que cette initiation relève normalement d’un pédiatre, d’un neurologue ou d’un psychiatre. L’alerte vise ici le respect du cadre de prescription initiale. [1, 2]
Ce défaut d’encadrement mérite l’attention, mais sa signification reste précise. Il ne démontre pas, à lui seul, que le diagnostic est erroné ou que le patient utilise le médicament à d’autres fins. À l’inverse, l’hypothèse d’un rattrapage ne rend pas ces irrégularités anodines. Reconnaître des besoins de soins et examiner la conformité des prescriptions sont deux démarches compatibles.
Plusieurs prescripteurs ou pharmacies : des signaux, pas des verdicts
Franceinfo rapporte deux autres indicateurs de l’Assurance maladie : 2,1 % des patients ont eu plus de quatre médecins prescripteurs et 0,6 % plus de quatre pharmacies. L’organisme y voit des éléments faisant fortement suspecter un mésusage, c’est-à-dire une utilisation inappropriée du médicament. [2]
Ces pourcentages signalent des situations à examiner. Ils ne constituent pas la preuve d’un mésusage chez chaque personne concernée. Ils ne doivent pas davantage être additionnés pour annoncer un total de patients « suspects » : une même personne peut appartenir aux deux groupes. Le cas sur cinq relatif à la première prescription décrit, lui, une autre anomalie.

Le nombre de traitements ne raconte pas tout le parcours de soins
Pour comprendre ce que recouvre une prise en charge, les recommandations de la HAS chez l’enfant et l’adolescent donnent un repère concret. Le diagnostic repose sur des entretiens, un examen clinique et des informations recueillies auprès de l’entourage. Les symptômes, leur retentissement et les autres explications possibles sont examinés : une ordonnance ne résume donc pas ce travail. [3]
Le projet de soins se construit avec l’enfant et ses parents. Lorsqu’un médicament est utilisé, la HAS prévoit son association à des mesures non médicamenteuses. Celles-ci comprennent notamment la psychoéducation, qui aide à comprendre le trouble et ses conséquences, ainsi que l’accompagnement scolaire et pédagogique. L’accès à ces interventions fait partie de la prise en charge, au-delà de l’accès au méthylphénidate. [3]
Sources
[1] France Inter — Victor Dhollande, 16 octobre 2026 : hausse des traitements et entretien avec Anna Boctor
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/tdadh-5528510
[2] franceinfo — Victor Dhollande (France Inter), 16 octobre 2026 : effectif adulte et signaux d’irrégularité
https://www.franceinfo.fr/sante/handicap/l-assurance-maladie-alerte-sur-l-explosion-des-prescriptions-de-ritaline-en-ile-de-france-pour-traiter-le-tdah_8240278.html
[3] Haute Autorité de santé — TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents, 2024
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3302482/fr/trouble-du-neurodeveloppement/tdah-diagnostic-et-interventions-therapeutiques-aupres-des-enfants-et-adolescents
[4] Haute Autorité de santé — Former plus de professionnels pour réduire les délais de prise en charge, 23 septembre 2024
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3542741/fr/tdah-de-l-enfant-et-adolescent-former-plus-de-professionnels-pour-reduire-les-delais-de-prise-en-charge
