Aller au contenu
magpatientsLe magazine santé des patients
Recherche
Menu
Santé

Tetris contre les souvenirs traumatiques : un essai chez 99 soignants montre l’intérêt d’un protocole guidé

Un essai publié en 2026 a testé une intervention comprenant Tetris chez 99 soignants exposés à des événements traumatiques. Les souvenirs intrusifs étaient moins fréquents après quatre semaines. Le résultat concerne un protocole guidé, et non une simple partie lancée pour se distraire.

Rédigé par Relu et validé par Antonin Mateo · 5 min de lecture
Composition éditoriale associant un profil de soignante et des formes géométriques colorées.

Une image d’un événement traumatique peut revenir sans prévenir, avec une intensité qui détourne l’attention de ce que l’on est en train de faire. C’est ce retour involontaire, appelé souvenir intrusif, qu’une équipe de chercheurs a cherché à réduire avec une intervention numérique comprenant Tetris. Les travaux, publiés dans The Lancet Psychiatry en 2026 et remis en lumière cet automne, portent sur des soignants exposés à des événements traumatiques au travail pendant la pandémie de Covid-19. [1]

En bref

  • L’essai compare un protocole incluant Tetris à une activité musicale et aux soins habituels.
  • À quatre semaines, la médiane des souvenirs intrusifs sur une semaine était de 0,5 dans le groupe intervention, contre 5 dans chacun des groupes témoins.
  • La première séance était guidée et le protocole pouvait être réutilisé pendant le suivi : ce n’est pas une recette d’autotraitement.

Le jeu n’y sert pas seulement à occuper l’esprit. Il est intégré à une tâche précise mobilisant les images mentales, après un bref rappel ciblé d’un souvenir. Cette construction fait toute la différence entre l’intervention étudiée et une partie de loisir.

99 soignants, trois groupes et un symptôme défini

L’essai, appelé GAINS-02, a réparti au hasard 99 personnes en trois groupes : 40 pour l’intervention, 39 pour une activité musicale et 20 poursuivant les soins habituels. Les participants devaient avoir connu un événement traumatique dans leur travail et rapporter des souvenirs intrusifs. La collecte s’est déroulée entre décembre 2022 et septembre 2023. [1]

Ces souvenirs sont des images qui s’imposent malgré soi, pas un oubli ni une baisse générale de la mémoire. Les compter permet de suivre un symptôme concret. Cela ne revient pas à mesurer si l’événement a été effacé de la mémoire, ni à établir à lui seul un diagnostic de trouble de stress post-traumatique.

  Augmentation du plafond de la franchise médicale en 2026
L’essai de 99 soignants évalue un protocole guidé comprenant Tetris et mesure les souvenirs intrusifs à quatre semaines.
Le protocole de recherche se distingue d’une partie de loisir et ses résultats concernent les souvenirs intrusifs.

Ce que le protocole ajoute à Tetris

La première séance, menée à distance avec une personne formée, aidait à comprendre la tâche et à utiliser la plateforme. L’intervention associait un bref rappel d’une image intrusive à une partie de Tetris utilisant la rotation mentale : imaginer comment orienter les formes avant de les placer. Les phases de jeu duraient vingt minutes. [1]

L’hypothèse est que cette tâche visuelle et spatiale entre en concurrence avec les ressources mobilisées par l’image intrusive. C’est une explication du fonctionnement recherché, pas la preuve que le jeu « efface » un traumatisme. Le protocole restait accessible pendant vingt-quatre semaines, avec la possibilité de le réutiliser et un accompagnement optionnel.

Les participants pouvaient continuer leurs autres soins. La comparaison musicale bénéficiait elle aussi d’une séance guidée et d’un accès prolongé à l’activité. Cette organisation permet de mieux distinguer l’effet de la tâche de celui d’un simple contact avec l’équipe de recherche.

Un adulte utilise un ordinateur dans une scène illustrative d’accompagnement à distance.
La séance guidée initiale faisait partie de l’intervention étudiée.

Moins de souvenirs intrusifs après quatre semaines

Le critère principal était le nombre de souvenirs intrusifs consignés pendant la quatrième semaine. Des données complètes ou partielles étaient disponibles pour 76 participants. Dans le groupe intervention, la médiane était de 0,5 souvenir sur cette semaine, contre 5 dans chacun des deux groupes témoins. La médiane situe le milieu des observations : elle ne décrit pas ce qu’a vécu chaque participant. [1]

Dans leur modèle tenant compte du niveau initial, les chercheurs estiment une fréquence inférieure de 72 % à celle du groupe musical et de 70 % à celle du groupe poursuivant les soins habituels. Ces estimations ne sont pas un pourcentage de personnes guéries. L’essai rapporte aussi une amélioration des symptômes de stress post-traumatique.

  IPP au long cours : pourquoi le bilan à un an de DeprescrIPP ne garantit pas des premiers jours sans brûlures

Un suivi prolongé, sans preuve d’une « dose unique »

Les résultats restaient favorables au cours du suivi allant jusqu’à vingt-quatre semaines. Les participants avaient toutefois gardé la possibilité de réutiliser le protocole. On ne peut donc pas attribuer tout le bénéfice à vingt minutes de jeu prises une seule fois, puis en déduire une consigne à reproduire seul après un choc.

Le groupe étudié était restreint, volontaire et composé majoritairement de femmes et de personnes blanches. Les auteurs souhaitent tester l’intervention auprès de populations plus diverses. Ils soulignent aussi l’absence d’entretien diagnostique : les résultats sur les symptômes ne doivent pas être transformés en taux de guérison d’un diagnostic confirmé.

Une version dépourvue de séance guidée fait partie des pistes à évaluer, et non des modalités déjà démontrées par cet essai. C’est un point important pour l’accès éventuel à cet outil : simplifier son utilisation nécessitera encore de vérifier que l’accompagnement retiré ne change pas ses résultats. [1]

Sources

  1. Beckenstrom AC et al. A digital imagery-competing task intervention for stopping intrusive memories in trauma-exposed health-care staff during the COVID-19 pandemic in the UK: a Bayesian adaptive randomised clinical trial. The Lancet Psychiatry, 2026;13:233–247.
    https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12916470/

Dans votre boîte mail

La newsletter Magpatients

Recevez nos nouveaux articles et conseils pour mieux comprendre les sujets de santé.