Ex-fumeurs qui vapotent chaque jour : pourquoi le signal sur le cancer du poumon ne justifie pas un retour au tabac
Vous avez arrêté le tabac mais vapotez encore ? Une étude coréenne observe une association avec davantage de cancers du poumon chez des ex-fumeurs qui déclaraient utiliser l’e-cigarette quotidiennement au début du suivi, comparés à des ex-fumeurs sans e-cigarette. Elle ne démontre pas que le vapotage a causé ces cancers. Un signal à prendre au sérieux, sans revenir aux cigarettes ni décider seul de la suite de votre sevrage.
Le signal concerne des ex-fumeurs, pas des personnes qui n’ont jamais fumé
Vous avez laissé les cigarettes derrière vous, mais la cigarette électronique fait encore partie de votre quotidien. Entendre parler de cancer du poumon peut alors faire surgir une question : faut-il revoir ce qui vous a aidé à arrêter ? Avant de décider, il faut comprendre qui les chercheurs ont comparé.
Publiée le 8 juin 2026 dans Nature Medicine, l’étude de Yeon Wook Kim et de ses collègues s’appuie sur une grande cohorte sud-coréenne. Elle rassemble plus de 4,5 millions d’adultes ayant des antécédents de tabagisme. Ce ne sont donc ni 4,5 millions de vapoteurs, ni des personnes qui n’ont jamais fumé. Les participants ont été classés selon leur situation vis-à-vis du tabac, puis suivis jusqu’en décembre 2023. [1]
Pour la question qui vous concerne, les chercheurs ont comparé des personnes ayant arrêté le tabac : d’un côté, celles qui utilisaient une e-cigarette ; de l’autre, des ex-fumeurs sans e-cigarette. L’usage quotidien de la cigarette électronique était déclaré au début du suivi. Cette mesure initiale ne décrit pas, à elle seule, tous les changements de consommation survenus ensuite.
Davantage de cancers observés, sans preuve que le vapotage en soit la cause
Dans cette comparaison entre ex-fumeurs, l’usage de l’e-cigarette après l’arrêt du tabac était associé à davantage de cancers du poumon, ainsi qu’à davantage de décès liés à ce cancer, que l’arrêt sans e-cigarette. C’est un signal à prendre au sérieux. Les auteurs précisent toutefois que la causalité ne peut pas être établie. [1]
Pourquoi cette distinction change-t-elle la lecture ?
Une association signifie que deux éléments vont ensemble dans les observations : ici, le vapotage après le sevrage et la survenue d’un cancer. Elle ne permet pas d’affirmer que l’un a provoqué l’autre. Ces participants avaient déjà fumé, et leur histoire avec le tabac compte dans l’interprétation. D’autres différences entre les groupes peuvent aussi la compliquer.
La taille de l’étude rend le constat important, mais elle ne transforme pas automatiquement une observation en démonstration de cause. Il serait donc trompeur de conclure que tous les cancers recensés sont dus à l’e-cigarette. À l’inverse, l’absence de preuve causale ne veut pas dire que le signal peut être ignoré.

Ce résultat ne donne pas votre risque personnel de cancer
Vous aimeriez peut-être traduire cette nouvelle en une réponse simple : « Quelle est ma probabilité de développer un cancer ? » Cette étude ne permet pas de calculer votre risque individuel à partir de ses résultats globaux. Une comparaison entre deux groupes ne donne pas directement la probabilité qu’une personne précise tombe malade.
Les résultats ne s’appliquent pas non plus indistinctement à tous les usages de la cigarette électronique. Une cohorte d’adultes sud-coréens ayant fumé, avec un usage quotidien mesuré au début du suivi, ne représente pas toutes les situations : vapotage occasionnel, personnes n’ayant jamais fumé ou parcours de sevrage différents.
Enfin, comparer les ex-fumeurs qui vapotent à ceux qui ne vapotent pas ne revient pas à comparer le vapotage au fait de continuer à fumer. Ce résultat n’établit pas un risque identique à celui du tabac. Pour vous, la question est celle de la suite du sevrage, pas celle d’un retour aux cigarettes.
Poursuivre le sevrage avec un accompagnement, sans revenir au tabac
Sur ce point, la position de l’Anses apporte un repère. L’agence rappelle que les effets sanitaires du tabac sont graves, établis et bien documentés. Elle alerte aussi sur les risques du vapotage : l’absence de combustion ne supprime pas l’exposition à des substances toxiques. [2]
Pour les personnes qui ont des difficultés à arrêter de fumer, l’Anses envisage la cigarette électronique comme une option temporaire dans un parcours de sevrage accompagné, exclusivement. Elle souligne le rôle des professionnels de santé auprès des fumeurs et des vapoteurs : tabacologues, médecins généralistes, infirmiers ou pharmaciens, notamment. [2]
Si vous ne fumez plus mais vapotez encore, vous pouvez en parler à l’un de ces professionnels. L’objectif est de faire le point sur la place actuelle de l’e-cigarette dans votre parcours et sur ce qui vous aiderait à avancer sans compromettre l’arrêt du tabac. Le signal sur le cancer ne justifie ni de reprendre la cigarette, ni de vous imposer seul une décision dans la peur.
Quelques questions pour préparer l’échange
Pas besoin d’arriver avec un plan déjà prêt. Vous pouvez expliquer depuis quand vous ne fumez plus, comment vous utilisez votre e-cigarette et ce qui vous inquiète dans les nouvelles sur ses risques. Si vous craignez de reprendre le tabac en changeant vos habitudes, dites-le aussi : cette crainte a sa place dans la discussion.
Vous pouvez ensuite poser des questions très concrètes : « Quelle place donner aujourd’hui à la cigarette électronique dans mon sevrage ? », « Quel accompagnement serait adapté à ma situation ? » ou « Comment envisager la suite tout en évitant un retour au tabac ? »
« Temporaire » ne fixe pas le même calendrier pour tout le monde
La recommandation de l’Anses ne donne pas de durée universelle de vapotage ni de calendrier personnel d’arrêt. L’étude coréenne n’en fournit pas davantage. Vous ne pouvez donc pas en déduire une date à laquelle arrêter votre e-cigarette, ni un délai au-delà duquel le risque changerait soudainement.
L’agence recommande par ailleurs de ne pas encourager l’entrée dans le vapotage, notamment chez les jeunes et les non-fumeurs. Ce conseil de prévention concerne une autre situation que la vôtre si vous avez déjà arrêté le tabac. [2]
À retenir : il existe un signal sur le cancer du poumon chez des ex-fumeurs qui déclaraient un vapotage quotidien au début du suivi, comparés à des ex-fumeurs sans e-cigarette, mais pas une preuve que le vapotage a causé ces cancers. Vous pouvez prendre cette alerte au sérieux tout en préservant votre sevrage. La prochaine étape est un échange avec un professionnel pour envisager la suite de votre parcours, pas un retour au tabac.
Sources
[1] Yeon Wook Kim et collègues. Electronic cigarette use after smoking cessation and lung cancer risk. Nature Medicine, publication du 8 juin 2026. DOI : 10.1038/s41591-026-04469-5.
https://www.nature.com/articles/s41591-026-04469-5
[2] Anses. Vaping: what are the health risks?
https://www.anses.fr/en/news/vaping-what-are-health-risks