Vous prenez un antibiotique ? Pourquoi l’étude sur le sucre chez des adultes allogreffés ne dicte pas vos repas
Chez des adultes hospitalisés pour un cancer du sang et une allogreffe, une étude associe les sucres à un microbiote moins diversifié pendant certains traitements antibiotiques. Avant de modifier vos repas ou votre médicament, trois vérifications permettent de situer ce résultat et de retrouver la consigne adaptée à vos soins.
Vous prenez un antibiotique et vous venez de lire que le sucre pourrait aggraver ses effets sur l’intestin. Faut-il en tenir compte dès votre prochain repas ? L’étude publiée dans Nature le 30 septembre apporte une piste intéressante, mais elle ne donne pas une nouvelle règle alimentaire à appliquer à chaque ordonnance. Pour comprendre ce qui vous concerne, trois questions comptent : qui a été étudié, quel résultat a été mesuré et quelle consigne vous a été donnée.[1]
En bref
- L’étude concerne des adultes hospitalisés pour un cancer du sang et une allogreffe, pas tous les patients sous antibiotiques.
- Elle observe une association avec le microbiote ; le bénéfice clinique d’une réduction du sucre chez l’humain reste à tester.
- Avant un changement de repas ou de médicament, faites préciser votre consigne par le pharmacien ou l’équipe soignante.
Première vérification : ressemblez-vous aux patients de l’étude ?
Les chercheurs n’ont pas suivi des personnes prenant quelques jours d’antibiotiques à domicile. Leur travail porte sur des adultes hospitalisés pour un cancer du sang et une allogreffe de cellules hématopoïétiques. Autrement dit, ils recevaient des cellules d’un donneur pour reconstituer la fabrication des cellules sanguines, dans un parcours de soins intensif.
Ces patients étaient suivis au Memorial Sloan Kettering Cancer Center, à New York. Pendant leur hospitalisation, les traitements, les nausées ou les lésions douloureuses de la bouche pouvaient rendre les repas difficiles. Leur microbiote intestinal, l’ensemble des microorganismes qui vivent dans l’intestin, subissait lui aussi d’importantes perturbations.
L’alimentation a été relevée chez 173 personnes. L’analyse associant repas et microbiote a ensuite porté sur 158 patients et 1 009 prélèvements de selles : plusieurs échantillons pouvaient donc provenir d’une même personne. Ce n’est pas une étude menée chez plus de mille patients.[1]
« Sous antibiotiques » ne désigne pas une situation unique
Tous les participants ont reçu au moins un antibiotique pendant la collecte alimentaire. Mais le modèle des chercheurs s’intéressait à une exposition récente à certains antibiotiques à large spectre, souvent utilisés lorsque survenait une fièvre ou une suspicion d’infection. Ils agissent contre un ensemble étendu de bactéries.
Les périodes classées sans cette exposition ne correspondaient donc pas forcément à une absence de tout antibiotique. Si vous êtes soigné en ville pour une autre infection, le simple fait de prendre un médicament de cette famille ne suffit pas à rendre votre situation identique à celle des patients greffés.
Deuxième vérification : que signifie le résultat sur le microbiote ?
Chez ces patients, les chercheurs ont observé qu’une consommation plus élevée de sucres était associée à une diversité bactérienne plus faible lors de l’exposition aux antibiotiques étudiés. Ils ont aussi retrouvé une place plus importante de certaines bactéries, notamment Enterococcus faecium, dans les selles.[1]
La diversité est ici évaluée par un indice qui tient compte de la répartition des bactéries dans l’échantillon. Elle ne correspond pas à un stock de « bonnes bactéries » que l’on aurait comptées une par une. Et une modification dans les selles ne permet pas, à elle seule, de savoir si votre infection guérira moins bien.
La fenêtre de deux jours n’est pas une consigne avant le traitement
Pour chaque prélèvement, les scientifiques ont mis en relation le microbiote avec la consommation moyenne quotidienne des deux jours précédant la selle. Il ne s’agit pas des deux jours avant le début de l’antibiotique. Ce détail change tout : l’étude n’indique pas qu’il faudrait préparer son intestin en supprimant le sucre pendant 48 heures avant la première prise.
Vous avez peut-être rencontré des diminutions supplémentaires de diversité d’environ 21 % ou 24 %. Ce sont des estimations du modèle pour une augmentation de 100 g de consommation moyenne quotidienne, avec deux façons différentes de décrire l’alimentation : les grammes de sucres comme nutriment pour le premier chiffre, ou la masse sèche d’une catégorie d’aliments et de boissons sucrés pour le second. Ils ne permettent pas de calculer ce qu’un dessert ferait à votre microbiote, ni de fixer une portion « sans risque ».
Et les résultats chez la souris ?
Les chercheurs ont aussi testé leur hypothèse chez des souris recevant du biapénème et un supplément de saccharose. Les entérocoques se sont davantage multipliés que chez les souris recevant le même antibiotique sans ce supplément, au même jour de mesure. C’est dans cette comparaison animale que se trouve le chiffre spectaculaire de 33,4 fois au sixième jour — pas chez les patients, ni par rapport au niveau initial des souris.[1]
L’expérience aide à comprendre une interaction possible entre alimentation et antibiotique. En revanche, le bénéfice clinique d’une réduction du sucre chez l’humain reste à tester. Les chercheurs n’ont pas réparti les patients entre un régime avec et sans sucre pour comparer leur guérison. Leur analyse exploratoire de la mortalité ne démontre pas non plus qu’en retirer ferait vivre plus longtemps.

Troisième vérification : quelles consignes s’appliquent à votre ordonnance ?
Une actualité sur le microbiote ne remplace pas les modalités de prise de votre médicament. Commencez par retrouver son nom exact, votre ordonnance et sa notice. Si vous hésitez sur une prise pendant ou en dehors du repas, posez la question pour cet antibiotique précis, plutôt que d’appliquer une règle lue sur « les antibiotiques » en général.
L’Assurance maladie rappelle de respecter la dose, les moments des prises et la durée prescrite. Si vous pensez avoir un effet indésirable, demandez conseil à un professionnel de santé. Ne décalez pas les prises et n’arrêtez pas votre traitement de votre propre initiative à cause de cette étude.[2]
Pour vos repas, les résultats ne justifient ni d’interdire les fruits ou tous les glucides, ni de supprimer un complément nutritionnel prescrit. Ils ne démontrent pas que le sucre rend votre antibiotique moins efficace contre l’infection. Il manque encore des essais pour savoir si une adaptation alimentaire apporte un bénéfice clinique, à qui et dans quelles conditions.
Si vous êtes greffé ou avez du mal à manger
Vous êtes plus proche de la population étudiée ? Cela rend la discussion avec votre équipe particulièrement pertinente, pas la restriction automatique. Pendant les traitements du cancer, préserver les apports et éviter la dénutrition reste une priorité. L’Institut national du cancer déconseille les régimes restrictifs, qui peuvent aggraver la dénutrition et la perte musculaire, et rappelle de prendre les compléments nutritionnels oraux selon les doses et la fréquence prescrites.[3]
Si une boisson ou une crème prescrite vous inquiète parce qu’elle contient du sucre, apportez son nom à l’équipe qui vous suit. La question utile est : « Faut-il adapter ce produit dans mon cas, et comment conserver les apports dont j’ai besoin ? » Signalez aussi vos difficultés à manger ou une perte de poids, plutôt que de réduire seul les aliments que vous arrivez encore à prendre.
Une question concrète à poser, sans changer seul votre traitement
Avant votre échange avec le pharmacien ou l’équipe soignante, réunissez le nom du médicament, la consigne qui vous pose problème et le lien de l’étude. Vous pouvez demander : « Cette recherche menée chez des adultes allogreffés concerne-t-elle mon traitement ? Y a-t-il une consigne alimentaire particulière pour mon médicament ou mes soins ? »
Si votre difficulté est de retrouver la notice, votre pharmacien peut vous aider. Le guide ci-dessous détaille notamment la recherche par nom dans la base publique et la possibilité d’obtenir une notice imprimée. Ces solutions d’accès sont utiles pour vérifier une consigne, sans supposer que toutes les boîtes disposent d’un QR code.
À retenir pour votre prochaine prise : cette étude ouvre une piste sur les sucres et le microbiote chez des adultes hospitalisés pour un cancer du sang et une allogreffe. Elle ne vous fournit pas un nouveau régime à commencer seul. Gardez votre ordonnance comme repère et faites préciser la consigne qui vous concerne : vous pourrez alors distinguer une question de recherche d’une décision adaptée à vos soins.
Sources
[1] Dai et al. — Sugar-rich foods exacerbate antibiotic-induced microbiome disruption, Nature, publié le 30 septembre 2026.
https://www.nature.com/articles/s41586-026-11077-3
[2] Assurance maladie — Antibiotiques et antibiorésistance, 22 juillet 2026.
https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/utiliser-recycler-medicaments/utiliser-antibiotiques
[3] Institut national du cancer — Nutrition pendant les traitements.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/parcours-de-soins/effets-indesirables/nutrition

