Une contraception prescrite, mais difficile à vivre : pourquoi le coût, les contraintes et la charge comptent aussi
Dans son entretien à BFM du 11 octobre, Nathalie Bajos appelle à mieux écouter les situations sociales et sexuelles. Accès, régularité, partage de la charge et inquiétudes sur les risques : le choix d’une contraception se joue aussi dans les conditions de la vie réelle.

Une contraception peut être disponible et pourtant difficile à faire tenir dans la vie. Son coût, l’accès à une consultation, la possibilité d’en parler ou de l’utiliser régulièrement comptent aussi. Dans un entretien à BFM publié le 11 octobre, Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm, invite à écouter davantage les situations sociales et sexuelles des femmes. Le débat sur la pilule ne se résume donc pas à choisir entre hormones et absence de méthode. [1]
En bref
- Pour Nathalie Bajos, les freins financiers et l’offre de soins pèsent dans le non-recours, aux côtés des attentes et des situations de vie.
- Chez les 18–29 ans concernées, l’absence de contraception passe de 4,3 % en 2016 à 8,7 % en 2023. La couverture globale des 18–49 ans reste stable depuis 2016 selon l’Inserm.
- Le courrier sur le désogestrel appelle une discussion lors d’une consultation de routine, pas un arrêt sans avis médical.
Le prix et le rendez-vous font partie du choix
Nathalie Bajos place les problèmes financiers et l’offre de soins parmi les principaux obstacles à l’accès à la contraception. Elle souligne qu’ils touchent notamment les femmes défavorisées et les femmes migrantes. Une méthode jugée adaptée sur le plan médical n’est pas réellement accessible si les démarches ou la dépense empêchent de l’obtenir. Cette difficulté n’est pas un simple manque de volonté. [1]
La chercheuse demande un accès facile et gratuit pour les personnes qui n’ont pas les moyens de payer. Il s’agit de la réponse qu’elle défend dans l’entretien, et non de l’annonce d’une nouvelle prise en charge acquise pour chaque produit. Dire qu’une contraception existe ne dit pas encore ce qu’une personne peut obtenir, payer ou renouveler dans sa situation.
Pour le choix individuel, rendre ces contraintes visibles change le contenu de l’échange. Le prix à prévoir et la possibilité de revenir en consultation ne sont pas des détails à traiter après la prescription. Ils peuvent déterminer si la méthode sera effectivement utilisée. Les décrire permet d’en discuter avec le professionnel sans avoir à présenter son quotidien comme parfaitement compatible avec toutes les options.
L’efficacité dans la vie réelle dépend aussi des conditions d’utilisation
Dans l’entretien, Nathalie Bajos distingue l’efficacité théorique d’une méthode et son efficacité pratique. Une pilule exige une régularité qui peut être difficile à maintenir lorsque sa prise doit rester cachée, exemple qu’elle donne pour montrer le poids de l’environnement social. Prescrire une méthode sans entendre cette contrainte laisse une partie du problème intacte. [1]
Ce n’est pas une compétition pour être une « bonne » utilisatrice. La question est de savoir comment la méthode s’accorde avec les possibilités réelles de la personne. Une discussion sur les oublis ou les difficultés d’utilisation a davantage d’intérêt si elle aide à comprendre ce qui bloque que si elle se limite à rappeler une consigne.

Cette écoute demande aussi de ne pas supposer une vie sexuelle identique pour tous. Nathalie Bajos évoque des changements chez les jeunes, avec des situations et des pratiques moins centrées sur un seul modèle de couple. Elle appelle à prendre en compte cette diversité. Le besoin de prévenir une grossesse dépend des rapports concernés ; la prévention des infections sexuellement transmissibles pose, elle, une autre question. La pilule ne répond pas à elle seule à tous les enjeux de santé sexuelle.
Partager la charge ne se réduit pas à changer de produit
La chercheuse relie une partie de la défiance envers les méthodes hormonales au souhait de ne plus avoir une contraception médicalisée, mais aussi de partager la charge avec le partenaire. Ces attentes ne doivent pas être balayées au nom de l’efficacité. Les entendre n’oblige pas davantage à présenter toute méthode sans hormones comme le meilleur choix. [1]
La charge contraceptive comprend aussi l’organisation : anticiper les rendez-vous, penser à la méthode et porter les questions sur sa tolérance. Mettre ces tâches en discussion permet de préciser ce que l’on attend du partenaire, plutôt que de supposer qu’un changement de méthode suffira à tout redistribuer. Le choix reste celui des personnes concernées, avec une information adaptée à leur situation.

« Il n’y a pas de méthode sans risque, ni de méthode idéale. »
Nathalie Bajos, entretien à BFM du 11 octobre 2026. [1]
Les chiffres des jeunes éclairent un enjeu, pas une faute individuelle
Les résultats de l’enquête « Contexte des sexualités en France » donnent un repère précis : parmi les femmes de 18 à 29 ans concernées, la proportion sans contraception passe de 4,3 % en 2016 à 8,7 % en 2023. Dans le même temps, le DIU, ou stérilet, et le préservatif progressent, tandis que la pilule recule mais reste la méthode la plus utilisée dans ce groupe. [2]
Ces femmes ont eu des rapports hétérosexuels dans l’année, ne sont ni enceintes ni stériles et ne souhaitent pas de grossesse. Le résultat ne décrit donc pas toutes les jeunes femmes. Pour l’ensemble des 18–49 ans concernées, l’Inserm rapporte 9,0 % sans méthode en 2023 et une couverture globale stable depuis 2016. Le recul mesuré chez les jeunes ne doit pas être étendu à toutes les classes d’âge.
Ces pourcentages ne permettent pas de savoir quel obstacle a pesé pour chaque personne. Ils donnent une raison de mieux interroger l’accès et les conditions d’utilisation, sans faire de l’arrêt de la pilule la preuve d’une irresponsabilité ni assimiler tout changement de méthode à une absence de protection.
Après le courrier sur le désogestrel, faire une place aux inquiétudes
L’information adressée en 2026 sur le risque de méningiome associé au désogestrel ajoute une question à la discussion. Elle arrive après les pratiques mesurées en 2023 et n’en est pas la cause. L’ANSM qualifie le risque de très faible, mais demande de tenir compte notamment de l’âge, de la durée d’utilisation et des progestatifs pris auparavant. Un méningiome est une tumeur des enveloppes du cerveau, le plus souvent non cancéreuse, qui peut néanmoins provoquer des troubles graves. [3]
L’agence recommande de poursuivre normalement la contraception et de ne pas l’arrêter sans avis médical, car un arrêt expose à une grossesse non désirée. Pour parler du courrier, elle recommande la prochaine consultation de routine, sans rendez-vous urgent motivé par sa seule réception. Le souhait de changer, les effets indésirables et les obstacles d’accès ont leur place dans cette réévaluation, avec le médecin ou la sage-femme. [3]
Pour le désogestrel, une IRM cérébrale n’est pas recommandée systématiquement. L’ANSM demande en revanche de signaler des symptômes évocateurs, notamment des maux de tête persistants, des troubles visuels ou une faiblesse musculaire : le professionnel évaluera la situation et les examens nécessaires. Le suivi se précise à partir des symptômes et du parcours médicamenteux, et non d’une règle appliquée à toutes les contraceptions hormonales. [3]
Sources
- [1] BFM — Entretien original de Nathalie Bajos avec Sophie Cazaux, 11 octobre 2026.
https://www.bfmtv.com/sante/c-est-un-enjeu-de-sante-publique-pourquoi-de-plus-en-plus-de-femmes-n-ont-elles-aucune-contraception_AV-202610110041.html - [2] Inserm — Enquête Contexte des sexualités en France 2023, santé reproductive, France hexagonale.
https://csf.inserm.fr/resultats/sante-reproductive/ - [3] ANSM — Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses.
https://ansm.sante.fr/actualites/contraception-a-base-de-desogestrel-et-risque-de-meningiome-questions-reponses

