Sachets de thé : des particules entrent dans des cellules en laboratoire, mais que sait-on pour les buveurs ?
Certains sachets libèrent de nombreuses particules dans des préparations expérimentales. Leur absorption par des cellules intestinales en culture éclaire un mécanisme, sans mesurer un risque de maladie chez les consommateurs.

Des particules libérées par certains sachets de thé peuvent être absorbées par des cellules intestinales humaines en laboratoire. Le résultat est frappant, mais il répond à une question bien précise : comment ces cellules réagissent-elles lorsqu’on les met en contact avec les particules ? Il ne décrit pas ce qui arrive au sang d’une personne après sa tasse du matin.
Cette recherche de 2024 retrouve une actualité avec le rapport Poison Plastics, publié en septembre 2026 par l’Environmental Justice Foundation. L’organisation attire l’attention sur les substances associées aux plastiques du quotidien, dont les matériaux au contact des aliments. Pour comprendre ce que cela change pour les amateurs de thé, il faut suivre les observations sans sauter les étapes. [1] [2]
En bref
- Certains sachets testés libèrent de très nombreuses particules dans une préparation expérimentale.
- Leur absorption a été étudiée dans des cellules intestinales humaines en culture, pas dans le sang de buveurs de thé.
- Le nombre de particules, leur nature et les effets d’une exposition prolongée sont des questions différentes.
Le sachet aussi participe à l’infusion
Quand on prépare du thé, on pense aux feuilles et à l’eau. Le sachet est pourtant lui aussi un matériau plongé dans la boisson. Dans les travaux présentés le 19 décembre 2024 par l’université autonome de Barcelone, les chercheurs se sont intéressés à des sachets commerciaux constitués de nylon-6, de polypropylène et de cellulose.
Ces noms désignent des matériaux différents. Le nylon et le polypropylène sont des plastiques synthétiques. La cellulose est un polymère naturel, c’est-à-dire une grande molécule formée d’unités répétées. Une particule issue de cellulose ne devient donc pas un fragment de plastique synthétique simplement parce qu’elle est minuscule.
Lors de la préparation expérimentale, les sachets ont libéré des particules très petites ainsi que des structures en forme de filaments. Les chercheurs ont utilisé plusieurs méthodes d’analyse pour les caractériser, plutôt que de se fier à l’aspect de l’eau. Leur présence à cette échelle n’est pas quelque chose que l’on peut apprécier en regardant sa tasse. [1]
Des milliards de particules : le chiffre dépend de ce que l’on mesure
L’université rapporte environ 1,2 milliard de particules par millilitre pour les sachets en polypropylène étudiés, contre 8,18 millions par millilitre pour le nylon-6. Les tailles moyennes annoncées sont respectivement de 136,7 et 138,4 nanomètres. Un nanomètre correspond à un milliardième de mètre : on parle ici d’une échelle bien plus petite que celle d’un grain visible.
Le communiqué rapporte aussi 135 millions de particules par millilitre pour la cellulose, avec une taille moyenne de 244 nanomètres. Ce résultat complète la description des matériaux, mais ne doit pas être additionné aux autres chiffres pour constituer une « dose de plastique » commune.
Le nombre de particules est une façon de mesurer une exposition possible. Il ne dit pas, à lui seul, quelle masse de matière est présente ni quelle quantité finit dans l’organisme. Ces concentrations concernent les préparations étudiées, pas toutes les marques ni chaque tasse consommée. Elles ne permettent pas non plus de déduire un risque de maladie à partir du seul nombre affiché. [1]
Des cellules humaines, mais pas une expérience chez des buveurs
L’équipe a ensuite coloré les particules afin de les suivre, puis les a mises en contact avec différents types de cellules intestinales humaines cultivées en laboratoire. C’est ce que l’on appelle une expérience in vitro : les cellules sont étudiées en dehors du corps.
Les cellules produisant du mucus ont absorbé le plus de particules. Certaines ont été observées jusque dans le noyau, la partie de la cellule qui abrite le matériel génétique. Ce constat aide les chercheurs à examiner les interactions entre particules et cellules intestinales. Il ne correspond pas à une analyse du sang de consommateurs de thé. [1]

Pour passer de cette observation à une réponse sur la santé, plusieurs informations restent nécessaires : les quantités auxquelles une personne est réellement exposée, le devenir des particules après ingestion et les effets d’expositions répétées. Les auteurs soulignent justement le besoin de poursuivre les recherches sur l’exposition chronique, autrement dit celle qui se prolonge dans le temps.
Particules et substances chimiques : deux questions à ne pas confondre
Le rapport Poison Plastics élargit le regard à la chimie des objets. Les plastiques peuvent contenir des substances ajoutées pour leur donner certaines propriétés, mais aussi des impuretés ou des produits de dégradation. Des substances peuvent migrer hors du matériau, sans que cette migration soit équivalente au détachement d’un fragment solide.
Le rapport analyse des données sur cinq catégories d’usage, dont les matériaux au contact des aliments. Parmi les substances disposant des informations nécessaires sur la toxicité et l’exposition, l’EJF en classe 92,8 % à haut risque selon sa méthode, qui combine toxicité connue ou suspectée et exposition élevée ou potentielle. Il ne s’agit pas de 92,8 % des objets ménagers testés, ni d’une probabilité de tomber malade après les avoir utilisés. Dans ces catégories, 79,2 % des substances manquent de données pertinentes sur la toxicité, l’exposition ou les deux. [2]
Les PFAS, une famille de substances particulièrement persistantes évoquée dans le rapport, illustrent cette autre dimension de la pollution liée aux matériaux. Les questions de composition et de diffusion dans l’environnement dépassent ainsi le seul nombre de particules trouvé dans une boisson.
Changer la façon d’infuser ne fournit pas une mesure de santé
Préparer du thé en vrac dans un infuseur réutilisable retire le sachet de cette préparation. C’est une différence de matériel concrète, pas une méthode démontrée pour réduire un risque clinique chiffré. L’étude des sachets ne compare pas les effets sur la santé de consommateurs utilisant ces deux façons d’infuser.

La question dépasse d’ailleurs le thé. Une étude de 2023 sur les planches à découper a montré que la découpe sur des surfaces en polyéthylène ou en polypropylène libère des microplastiques. Ses estimations annuelles d’exposition reposaient sur des hypothèses d’usage, et non sur une ingestion mesurée chez des personnes. Compter des particules dans l’infusion et projeter une exposition à partir de la découpe sont donc deux approches différentes, qui ne permettent pas de classer directement une tasse et une planche sur une même échelle de danger. [3]
Sources
[1] Université autonome de Barcelone. Commercial tea bags release millions of microplastics when in use, 19 décembre 2024. Communication des résultats de Banaei et al., Chemosphere, DOI 10.1016/j.chemosphere.2024.143736.
https://www.uab.cat/web/newsroom/news-detail/-1345830290613.html?detid=1345940427095
[2] Environmental Justice Foundation. Poison Plastics: How Chemicals in Everyday Plastics Are Harming Your Health, septembre 2026, résumé et méthodologie.
https://ejfoundation.org/resources/downloads/Poison_Plastics_report.pdf
[3] Yadav et al. Cutting Boards: An Overlooked Source of Microplastics in Human Food?, 2023, DOI 10.1021/acs.est.3c00924. Résumé de la publication diffusé par l’université du Danemark du Sud.
https://portal.findresearcher.sdu.dk/en/publications/cutting-boards-an-overlooked-source-of-microplastics-in-human-foo/
