Vendu en pharmacie, mais utile pour vous ? L’enquête de 60 Millions de consommateurs remet le conseil au premier plan
L’enquête de 60 Millions de consommateurs distingue l’intérêt et les limites d’une sélection de produits sans ordonnance. Avant un achat, les questions sur le bénéfice attendu, les autres traitements et la durée des symptômes comptent autant que le nom sur la boîte.
En bref
- Le feu vert de 15 % concerne la sélection de l’enquête et plusieurs critères, pas un taux de guérison.
- Signalez au pharmacien vos autres médicaments et compléments, même achetés sans ordonnance.
- La proposition des 33 molécules ne remplace ni une autorisation ni les modalités de remboursement du produit.
Vous entrez à la pharmacie pour une gorge qui gratte, un nez bouché ou une nuit difficile. La boîte semble répondre exactement au problème, et puisqu’elle est vendue sans ordonnance, vous imaginez qu’elle a peu d’inconvénients. C’est ce réflexe que bouscule l’enquête publiée le 17 septembre par 60 Millions de consommateurs. Elle invite à regarder ce que contient le produit, le soulagement qu’on peut en attendre et les précautions qui l’accompagnent.
La question se pose alors que les syndicats de pharmaciens demandent de pouvoir délivrer davantage de traitements sans ordonnance. Pour vous, ces deux actualités ramènent à un même échange au comptoir : ce produit est-il utile dans ma situation, et que faire si les symptômes ne passent pas ?
Un feu vert sur l’utilisation, pas un pourcentage de guérison
Le magazine a examiné la composition de plus de 100 médicaments, compléments alimentaires et dispositifs médicaux, dont 90 sont présentés en fiches. Avec des professionnels de santé spécialisés, il a regardé les ingrédients et leurs dosages, les messages sur les emballages et les mises en garde des notices. Il ne s’agit donc pas d’un essai dans lequel des patients auraient reçu chacun de ces produits pour mesurer leur guérison. [1]
Dans cette sélection, 15 % reçoivent un feu vert. Ce jugement rassemble plusieurs critères : une efficacité jugée suffisante, des effets indésirables limités au regard du bénéfice et un mode d’emploi clair. Un produit peut être déclassé parce que son intérêt paraît faible, mais aussi parce que ses précautions sont complexes ou que certains ingrédients posent problème.
Le magazine compte notamment 35 produits problématiques, avec des motifs différents : risques disproportionnés par rapport au trouble à soulager, efficacité non démontrée pour l’usage annoncé, dosage dépassant une limite de sécurité ou notice insuffisante. Le message n’est pas que tous les médicaments sans ordonnance se valent, ni qu’ils sont tous à éviter. C’est précisément l’inverse : il faut les regarder séparément.
Au comptoir, partir du symptôme plutôt que du nom de la boîte
Une phrase simple aide à lancer la discussion : « J’ai ce symptôme depuis tant de jours, j’ai déjà essayé ceci, et voilà les autres traitements que je prends. » Vous donnez ainsi au pharmacien autre chose qu’un nom de marque. Il peut examiner si le produit correspond à votre besoin, si une précaution change le choix ou si un avis médical est préférable.
Vous pouvez ensuite poser quelques questions concrètes, sans avoir à décoder seul toute la notice :
- Quel soulagement puis-je en attendre, et pour quel symptôme exactement ?
- À quelle dose, à quel rythme et pendant combien de temps puis-je l’utiliser ?
- Est-il compatible avec mes autres médicaments ou compléments ?
- À quel moment faut-il consulter si la gêne continue ou change ?
Le conseil peut aussi déboucher sur l’absence de délivrance ou sur une orientation vers le médecin. Ce n’est pas forcément une visite inutile : éviter un produit inadapté fait partie de l’aide que vous êtes venu chercher. Pour les médicaments à prescription facultative qui ne sont pas en accès direct, le pharmacien vérifie les conditions de prise et donne les conseils nécessaires. [2]

« Naturel » et « sans ordonnance » ne dispensent pas de parler des autres prises
L’enquête examine aussi des compléments alimentaires et des produits à base de plantes. Ils ne doivent pas disparaître de la conversation parce que vous ne les considérez pas comme des médicaments. Les compléments peuvent interagir avec un traitement, rappelle l’Assurance Maladie. Une prise commencée de votre propre initiative mérite donc d’être signalée, y compris lorsqu’elle est destinée au sommeil ou au bien-être. [2]
Si vous avez une maladie chronique, le point est particulièrement important. Un produit ajouté pour un trouble passager peut modifier l’effet du traitement habituel ou en augmenter la toxicité. Le conseil consiste à vérifier l’ensemble des prises, pas seulement la nouvelle boîte que vous avez en main.
Et si vous prenez déjà un médicament prescrit, un classement lu dans la presse n’est pas une raison pour le modifier seul. La bonne discussion porte sur son indication dans votre cas et sur les symptômes que vous souhaitez soulager. Un traitement utile pour une situation précise ne se juge pas à partir d’un autre produit, d’un autre dosage ou d’un autre usage.
Les 33 molécules demandées par les pharmaciens sont un autre dossier
Le 23 septembre, la FSPF et l’USPO, deux syndicats de pharmaciens, ainsi que NèreS, qui représente les laboratoires de produits de santé de premier recours, ont proposé de rendre 33 molécules accessibles sans ordonnance sous conseil pharmaceutique. Leurs propositions portent sur des usages et des voies d’administration précis, avec une orientation médicale lorsque la situation le nécessite. [3]
Cette liste n’est pas celle des produits évalués par 60 Millions de consommateurs. L’une demande une évolution des conditions de délivrance, l’autre apprécie l’intérêt d’une sélection de produits déjà vendus sans ordonnance. Le communiqué présente une proposition soumise à l’ANSM, pas une autorisation qui rendrait ces traitements immédiatement disponibles dans de nouvelles conditions.
Pour un achat aujourd’hui, demandez donc les modalités applicables au produit exact : faut-il une ordonnance, quels conseils accompagnent la délivrance et quel montant reste à payer ? La proposition de délistage ne fixe pas à elle seule votre remboursement.
Quand la gêne dure, ne pas prolonger l’achat à l’aveugle
Racheter la même boîte ou passer à un autre remède peut sembler plus rapide qu’une consultation. Pourtant, l’automédication expose aussi à une erreur sur l’origine du symptôme. L’Assurance Maladie recommande de consulter si les symptômes persistent au-delà de la durée maximale indiquée pour le traitement, s’aggravent ou se modifient. [2]

Pour préparer l’échange, notez ce que vous avez réellement pris, pendant combien de temps et ce que vous avez ressenti. Cela vaut aussi pour les achats sans ordonnance destinés aux brûlures d’estomac, en complément d’un traitement déjà prescrit : leur nom et leur fréquence aident à comprendre ce qui se passe.
Le bon résultat d’une visite en pharmacie n’est pas nécessairement une boîte de plus. C’est de repartir avec une réponse sur l’utilité du produit pour vous, son mode d’emploi et la suite à donner aux symptômes. L’enquête remet ce tri au premier plan, sans vous demander de devenir vous-même expert en médicaments.
Sources
- 60 Millions de consommateurs, Sophie Coisne. « 100 traitements sans ordonnance étudiés : 8 sur 10 sans effets ou à proscrire », 17 septembre 2026. https://www.60millions-mag.com/sante-bien-etre/article/automedication-trop-dindesirables-parmi-les-100-produits-etudies-20260917/
- Assurance Maladie. « Se soigner seul avec l’automédication », 11 septembre 2025. https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/utiliser-recycler-medicaments/automedication
- FSPF, USPO et NèreS. « Face aux difficultés d’accès aux soins, les pharmaciens veulent faire plus pour les Français », communiqué du 23 septembre 2026. https://uspo.fr/156664-2/

