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Procès Mercuri : d’anciennes adeptes racontent la honte et les dettes, leurs proches peuvent aussi demander de l’aide

À l’ouverture du procès annoncé le 12 octobre à Paris, deux anciennes adeptes témoignent des dettes, de la dépendance et de la honte. Antonino Mercuri conteste les accusations. Pour les proches, des relais existent sans devoir qualifier seuls ce qui s’est passé.

Rédigé par Relu et validé par Antonin Mateo · 7 min de lecture
Illustration de mains en soutien devant un portrait d’Antonino Mercuri et son ouvrage.

« Je me suis écroulée financièrement. » Eva, une ancienne adepte d’Antonino Mercuri interrogée par franceinfo sous un prénom modifié, décrit des dettes, cinq années d’interdiction bancaire et un lent retour à l’équilibre. Mais, dans son témoignage, la facture ne dit pas tout : elle parle aussi de honte, de culpabilité et du sentiment de ne pas avoir vu ce qui lui arrivait. [1]

L’ostéopathe, âgé de 64 ans, est jugé à partir du 12 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour abus de faiblesse et exercice illégal de la médecine, dans une affaire concernant 51 anciens patients. Des témoignages décrivent une relation devenue envahissante, mêlant soins, quête spirituelle et dépenses importantes. Antonino Mercuri conteste les accusations et demeure présumé innocent. Pour les personnes concernées et leurs proches, ces récits posent une autre question : comment demander de l’aide lorsque parler de ce que l’on a vécu devient lui-même difficile ?

En bref

  • Le procès porte sur des accusations que l’ostéopathe conteste, pas sur une culpabilité déjà établie.
  • Deux anciennes adeptes témoignent de dépendance, de difficultés financières et de honte, sous des prénoms modifiés.
  • Les proches peuvent demander conseil à des associations d’aide aux victimes ; le suivi médical ne doit pas être interrompu sans avis médical.

Une place promise, puis une relation qui prend toute la place

Eva raconte qu’au début des années 2010, elle traversait un questionnement existentiel et manquait de confiance en elle. Elle explique avoir progressivement placé le praticien sur un piédestal, comme un « maître », tandis qu’elle se voyait en disciple. Son récit n’est pas celui d’une décision prise un jour en connaissance de toutes ses conséquences : elle dit être tombée sous emprise sans s’en rendre compte.

Camille, également désignée par un prénom modifié dans le reportage, avait d’abord consulté pour des douleurs au dos. Elle décrit ensuite des soins d’une autre nature, parfois à distance : un groupe se réunissait pour méditer et attendait le signal du praticien par téléphone. Lors de stages au Portugal, elle rapporte des épisodes d’humiliation et une obligation ressentie de le retrouver lorsqu’il disparaissait. Ce sont les récits des plaignantes, que le procès doit examiner, et non une constatation de culpabilité déjà prononcée. [1]

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Deux tasses et deux chaises autour d’une petite table dans une pièce calme.

Ces témoignages donnent à voir ce que la notion d’emprise recouvre ici : une relation dans laquelle une personne dit avoir perdu la liberté de prendre du recul et de choisir pour elle-même. L’avocat de plusieurs plaignants, Mathieu Petresco, décrit à franceinfo des situations initiales de fragilité, parfois de détresse ou d’isolement. Cela n’autorise ni à diagnostiquer les personnes concernées ni à expliquer leur parcours par un manque d’intelligence ou de volonté.

La honte ne s’arrête pas quand les dépenses cessent

Dans le reportage, Eva indique avoir remboursé ses dettes après avoir été aidée par son entourage à quitter la relation. La reconstruction financière n’a pourtant pas effacé ce qu’elle ressent. « J’ai un sentiment de honte, de culpabilité », confie-t-elle à franceinfo, en revenant sur l’argent dépensé et sur son impression de s’être laissée tromper. Camille, elle, refuse de préciser le montant de ses pertes, par honte et par pudeur. [1]

Le préjudice global de l’affaire est estimé à 13 millions d’euros dans ce reportage. Ce montant n’est pas un jugement déjà rendu et ne dit pas, à lui seul, ce que chaque personne a perdu. Pour raconter un parcours, les sommes, les relations familiales, les choix de vie et la difficulté à se reconnaître dans le mot « victime » peuvent occuper des places différentes.

La défense donne une lecture opposée du dossier. Olivier Pardo, avocat d’Antonino Mercuri, affirme que des soins ont bien été prodigués et annonce que des anciens patients viendront témoigner en faveur de son client. Il soutient que la grande majorité des personnes présentées comme victimes par l’accusation ne se considèrent pas comme telles. Le tribunal devra entendre ces positions, et non trancher à partir du seul récit d’un camp.

Un proche peut chercher de l’aide sans attendre d’avoir toutes les réponses

Il n’est pas nécessaire de résoudre seul la question juridique pour demander conseil. Le Dérivomètre du ministère de la Santé s’adresse aux personnes qui recourent à des pratiques non conventionnelles et à leur entourage. Il propose des repères de vigilance, pas un diagnostic d’emprise ni une preuve dans le dossier Mercuri. Si un proche paraît se trouver dans une situation à risque, le ministère indique qu’on peut solliciter des associations d’aide aux victimes, des associations de patients ou la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes. [3]

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Trois repères pour demander de l’aide : parler à un soignant sans arrêter seul son traitement, garder des traces, chercher un appui associatif.

Les signaux cités par le ministère concernent ce qui se passe dans la relation : promesse d’être le seul à pouvoir soigner, discours culpabilisant, demande de rompre avec l’entourage ou avec le professionnel qui assure le suivi médical. La vigilance ne repose donc pas seulement sur le nom d’une pratique. Le maintien d’un dialogue avec les proches et les soignants permet de ne pas laisser toutes les décisions entre les mains d’un seul interlocuteur.

  • En cas de doute sur une pratique : en parler au médecin ou au pharmacien, sans interrompre le traitement de sa propre initiative.
  • Pour décrire une situation préoccupante : conserver les messages, documents ou captures d’écran qui peuvent aider à expliquer ce qui s’est passé.
  • Pour être accompagné : demander conseil à une association d’aide aux victimes, y compris lorsqu’on agit pour un proche. [3]

La Miviludes a présenté le 29 septembre 2026 un nouveau guide « Santé et dérives sectaires », comprenant des fiches destinées aux professionnels du soin. L’enjeu est aussi de préserver le dialogue médical : une promesse de guérison ne doit pas conduire à abandonner les soins ni à s’isoler de ceux qui peuvent apporter un autre avis. Cette prévention générale ne préjuge pas de l’issue du procès. [2]

Des interlocuteurs pour raconter, garder des traces et être accompagné

Le ministère cite notamment l’UNADFI, le Centre contre les manipulations mentales et France Victimes parmi les interlocuteurs possibles. Leur rôle est distinct de celui du médecin chargé de la santé et de celui du tribunal chargé de juger les faits. Demander un appui associatif permet d’aborder les démarches sans devoir d’abord porter seul toute la qualification de ce que l’on a vécu.

France Victimes est joignable au 116 006, numéro indiqué dans les contacts du ministère de la Santé. Le même document recommande de conserver les éléments utiles et précise que, face à une situation préoccupante concernant un proche, les associations d’aide aux victimes peuvent également être sollicitées par l’entourage. [3]

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Sources

  1. Aurélien Thirard, Radio France / franceinfo — Témoignages d’anciennes adeptes et position de la défense, 12 octobre 2026.
    https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/temoignages-on-etait-esclaves-de-lui-d-anciennes-adeptes-de-l-osteopathe-antonino-mercuri-racontent-l-enfer-qu-elles-ont-vecu_8231677.html
  2. Miviludes — Santé et dérives sectaires : de nouveaux outils pour mieux repérer et prévenir les situations à risque, 29 septembre 2026.
    https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/actualites/actualite/sante-et-derives-sectaires-de-nouveaux-outils-pour-mieux-reperer-et-prevenir-situations-a-risque
  3. Ministère de la Santé — Le Dérivomètre, repères et contacts utiles.
    https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/qualite-securite-et-pertinence-des-soins/securite-des-prises-en-charge/article/le-derivometre

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