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IPP au long cours : pourquoi le bilan à un an de DeprescrIPP ne garantit pas des premiers jours sans brûlures

Vous prenez un IPP depuis longtemps et l’idée de le réduire vous inquiète ? L’essai DeprescrIPP distingue la quantité de médicaments remboursée sur une année et les symptômes évalués à un an. Voici ce que ces résultats changent — et les questions à préparer avec votre médecin.

Antoine Di Amarada 7 min de lecture
Une patiente et une médecin échangent autour d’un carnet ouvert et d’une plaquette de médicaments en consultation.

Une ordonnance allégée, c’est une chose. Des brûlures d’estomac qui ne vous réveillent plus, c’en est une autre. Quand on parle de réduire les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP, il faut garder ces deux repères : la quantité de traitement et la gêne ressentie. Le premier ne remplace pas le second.

« Réduire de moitié » : de quelle quantité parle-t-on ?

L’essai français DeprescrIPP apporte un résultat intéressant : informer à la fois le patient et son médecin a aidé davantage de personnes à réduire leur recours aux IPP. L’étude concernait des adultes prenant des IPP depuis au moins un an, suivis dans deux territoires de l’ouest de la France. Les cabinets médicaux avaient été répartis au hasard entre trois groupes.

L’objectif retenu était une réduction d’au moins 50 % du total annuel d’IPP estimé à partir des remboursements. Ce total était exprimé en doses standardisées, appelées DDD : une unité de comparaison des quantités, pas une consigne pour prendre votre médicament. Voici la proportion de patients ayant atteint ce seuil au bilan à un an. [1]

Information reçuePatients atteignant le seuil de réduction annuelle
Brochure pour le patient + lettre et algorithme d’aide à la déprescription pour le médecin14,9 %
Lettre et algorithme pour le médecin seulement7,7 %
Soins habituels7,0 %

Les 14,9 % sont donc une proportion de patients, pas la baisse moyenne de consommation du groupe. Et atteindre le seuil annuel ne signifie ni avoir arrêté tout traitement, ni avoir divisé par deux la dose de chaque prise. Les remboursements ne permettent pas non plus de savoir exactement ce qui a été avalé ; les achats sans ordonnance leur échappent. [2]

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Le CHU de Nantes a présenté ces travaux le 7 octobre 2026. Leur publication scientifique dans JAMA Internal Medicine remonte au 13 avril 2026 en ligne, puis au numéro du 1er juin : c’est cette étude déjà publiée qui revient dans l’actualité. [1, 5]

Qu’observe-t-on sur le retentissement du reflux à un an ?

Les chercheurs ont aussi étudié le retentissement du reflux avec un questionnaire, le GIS. Mais cette évaluation des symptômes portait sur un échantillon de 10 %, à un an, et non sur chacun des 34 409 patients inclus.

Ils n’ont détecté aucune différence statistiquement significative entre les groupes pour le score de reflux. Cela ne signifie pas que toutes les personnes étaient sans symptômes, ni que leur confort était identique. Ce résultat ne garantit pas davantage la sécurité de chaque arrêt individuel. [1]

Quantité annuelle d’IPP estimée par les remboursements, symptômes évalués à un an dans un échantillon de 10 %, et gêne quotidienne à discuter avec le médecin.
Dans DeprescrIPP, la quantité annuelle et les symptômes à un an étaient deux mesures distinctes. Le suivi de la gêne quotidienne se discute avec le médecin. [1, 2]

Il reste notamment une question très concrète : que s’est-il passé juste après la modification du traitement ? Le protocole de l’essai avertissait déjà qu’une mesure à douze mois peut manquer un rebond acide précoce. Un bilan lointain ne décrit pas à lui seul les premiers jours ou les premières semaines vécus par le patient. [2]

Une brûlure qui revient n’est pas un diagnostic à faire seul

Après l’arrêt d’un IPP pris au long cours, un rebond d’acidité avec des symptômes transitoires est possible. Les experts de l’American Gastroenterological Association recommandent d’en informer les patients avant une déprescription. Une gêne qui réapparaît mérite donc d’être décrite au médecin, plutôt que d’être immédiatement interprétée comme la preuve qu’il faut reprendre le traitement indéfiniment. [4]

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À l’inverse, il ne faut pas attribuer automatiquement toute brûlure à ce rebond. Le médecin réexamine la raison de la prescription et les antécédents. Certains reflux compliqués, un œsophage de Barrett ou un risque élevé d’hémorragie digestive peuvent justifier de maintenir un IPP. Se sentir mieux ne suffit pas, à lui seul, à décider de l’arrêter. [3, 4]

Quoi observer pour en parler utilement ?

Si une modification est décidée avec votre médecin, quelques notes simples peuvent aider à raconter ce qui change. Pour préparer l’échange, vous pouvez relever :

  • Quand la gêne apparaît : après un repas, la nuit, ou à un autre moment ;
  • Ce que vous ressentez et son retentissement : brûlures, régurgitations, repas perturbés, sommeil interrompu ;
  • Comment cela évolue depuis la modification du traitement : gêne occasionnelle, répétée, plus forte ou moins forte ;
  • Ce que vous prenez réellement, y compris les médicaments achetés sans ordonnance.

Une phrase comme « les brûlures reviennent trois soirs cette semaine et m’empêchent de dormir » donne un point de départ plus précis que « ça ne marche pas ». Si les symptômes persistent ou vous inquiètent, contactez le professionnel qui vous suit sans attendre un bilan à un an.

Les questions à poser avant de changer le traitement

Vous pouvez commencer par : « Pourquoi cet IPP est-il encore utile pour moi ? » Puis demander quels symptômes doivent conduire à reprendre contact, qui assurera le suivi et quand aura lieu le prochain point. La HAS insiste sur la réévaluation de l’intérêt du traitement et sur la coordination entre le prescripteur et le pharmacien. [3]

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Vos craintes ont aussi leur place dans cet échange : peur de retrouver les brûlures, difficulté à dormir, hésitation à modifier une habitude ancienne. Les dire permet de discuter du suivi dont vous avez besoin, sans réduire la consultation à un nombre de boîtes délivrées.

Le bon objectif n’est donc pas de reproduire seul le seuil de 50 % de l’étude. C’est de garder un traitement justifié et un suivi de vos symptômes, avec votre médecin. Un total annuel plus bas est un résultat mesurable ; votre quotidien reste une autre partie de la discussion.

Sources

[1] Fournier JP et al. Deprescribing Intervention and Reduction of Proton Pump Inhibitor Use in Primary Care: A Cluster Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine, 2026.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41973459/

[2] Protocole DeprescrIPP. BMC Health Services Research, 2022. DOI : 10.1186/s12913-022-07496-3.
https://bmchealthservres.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12913-022-07496-3

[3] Haute Autorité de santé. Bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), septembre 2022.
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-09/fiche_bum_-_bon_usage_des_inhibiteurs_de_la_pompe_a_protons_ipp.pdf

[4] AGA Clinical Practice Update on De-Prescribing of Proton Pump Inhibitors: Expert Review. Gastroenterology, 2022.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35183361/

[5] CHU de Nantes. Communiqué sur les résultats de DeprescrIPP, 7 octobre 2026.
https://www.chu-nantes.fr/cp-medicaments-contre-lacidite-gastrique-les-resultats-dune-etude-publiee-par-des-chercheurs-du-chu-de-nantes-et-du-departement-de-medecine-generale-de-nantes-universite-demontrent-lefficacite-dune-methode-simple-pour-reduire-les-traitements-sans

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