Effet indésirable sous Ozempic ou Wegovy : après l’alerte ANSM, vous pouvez le déclarer sans en prouver la cause
Le bilan ANSM sur les GLP-1 rappelle l’intérêt des signalements. Patients et professionnels peuvent transmettre une suspicion : comment préparer les informations utiles, joindre le bon réseau et comprendre ce que devient le dossier, sans confondre déclaration et prise en charge.

Faut-il être certain que son injection a provoqué un trouble pour le signaler ? Non : la déclaration porte sur un effet que l’on suspecte, pas sur une cause que le patient aurait à démontrer. Après le troisième rapport de pharmacovigilance sur les traitements GLP-1, publié par l’ANSM le 7 octobre 2026, cette distinction mérite autant d’attention que les chiffres de l’alerte. Les dossiers servent précisément à examiner ce qui a pu se passer. [1, 2]
Ozempic, Wegovy et Mounjaro figurent parmi les médicaments surveillés. Leurs indications diffèrent, mais le parcours de déclaration d’un effet indésirable médicamenteux est le même. L’enjeu n’est pas de désigner soi-même un responsable : c’est de transmettre un récit exploitable, avec les médicaments pris et les dates disponibles.
En bref
- Un patient peut déclarer un effet suspecté sans prouver que le GLP-1 en est la cause.
- Nom du médicament, doses, dates, description du trouble et autres traitements aident à comprendre le dossier.
- Le portail officiel transmet le signalement au réseau compétent ; le CRPV peut aussi être contacté directement.
- La déclaration contribue à la surveillance des médicaments, mais ne remplace ni un avis médical ni des soins urgents.
Vous pouvez déclarer sans attendre une certitude
L’ANSM permet au patient ou à son représentant mandaté de signaler les effets qu’il, ou son entourage, soupçonne d’être liés à un ou plusieurs médicaments. Elle cite notamment le parent d’un enfant et les associations agréées sollicitées par le patient. Les professionnels de santé participent également aux déclarations, avec leurs propres obligations. Le patient n’a donc pas à attendre qu’un médecin remplisse le dossier à sa place. [2, 3]
Un trouble déjà mentionné dans la notice n’est pas exclu du signalement. Le formulaire officiel prévoit aussi bien les effets non graves que les situations graves. Pour les GLP-1, les nausées, vomissements, diarrhées ou douleurs abdominales restent les effets les plus fréquemment signalés dans le dernier bilan. Être connu ne rend pas un effet inutile à décrire, notamment si son intensité ou son évolution pose problème. [1, 4]
À l’inverse, constater un symptôme après une injection ne suffit pas à établir son origine. D’autres traitements, une maladie ou les circonstances de survenue peuvent compter. Le bon point de départ est donc : « J’ai observé ceci pendant ce traitement », plutôt que « Ce médicament a forcément causé cela ».
Préparez les faits, pas une démonstration médicale
Le formulaire de l’ANSM demande de préciser la chronologie et l’évolution des troubles, les médicaments utilisés et les facteurs qui auraient pu favoriser l’événement. Pour une injection GLP-1, rassemblez ce que vous savez, sans inventer une date ni un dosage pour compléter une case. [4]
- Le médicament concerné : son nom exact, la dose utilisée, la date de début et, s’il y en a eu, les changements de dose. La boîte et l’ordonnance peuvent aider à retrouver ces informations.
- Le trouble observé : ce qui s’est produit, la date de début, sa durée et ce qu’il vous a empêché de faire. Décrivez les faits avec vos mots, même sans nom de diagnostic.
- La suite de l’événement : amélioration, persistance, consultation, examens ou hospitalisation. Précisez les modifications de traitement qui ont réellement eu lieu et leurs dates.
- Les autres produits pris : traitements réguliers ou occasionnels, y compris sans ordonnance, et compléments. Plusieurs médicaments peuvent être concernés par le même dossier.
- Le contexte utile : maladie connue, erreur de dose, augmentation plus rapide que prévu ou autre circonstance de prise. Le formulaire prévoit explicitement les erreurs, surdosages et mésusages.
- Les documents disponibles : résultats d’examens et comptes rendus, ainsi que les coordonnées demandées pour pouvoir compléter les informations.
Décrire une amélioration après un arrêt déjà décidé peut aider l’évaluation. Il ne faut pas reprendre un médicament pour « tester » le lien, ni organiser soi-même un arrêt pour rendre sa déclaration plus convaincante. Le formulaire recueille une histoire réelle ; il ne demande pas au patient de mener une expérience.
Le portail officiel et le CRPV ouvrent le même circuit
La voie en ligne indiquée par l’ANSM est signalement.social-sante.gouv.fr. Pour un effet suspecté lié à un médicament, le signalement est orienté vers le réseau de pharmacovigilance compétent. Le portail indique sa destination à la fin de la démarche. Passer par ce site ne change pas le circuit d’examen du dossier. [3]
Vous pouvez aussi contacter directement le centre régional de pharmacovigilance, ou CRPV, dont vous dépendez géographiquement. Ces centres sont des équipes spécialisées dans la sécurité des médicaments. L’ANSM publie leur liste et leurs coordonnées. Si vous n’utilisez pas le portail, son formulaire de déclaration d’effet indésirable médicamenteux peut être transmis au CRPV par courrier ou par mail. [3, 4]

Ce choix entre portail et contact direct permet d’utiliser la voie qui vous convient, sans chercher un formulaire propre à chaque marque de GLP-1. Un professionnel de santé peut vous aider à retrouver un renseignement médical ou à décrire un épisode, mais cette aide n’est pas une preuve de causalité exigée avant l’envoi.
Le CRPV examine le dossier, pas seulement le nom du produit
Les signalements sont examinés par le réseau de vigilance, dans le respect de la confidentialité et du secret médical. La chronologie, les examens disponibles, les antécédents et les médicaments associés donnent des éléments pour évaluer le rôle possible d’un traitement. Le CRPV est également à votre disposition pour des informations complémentaires sur les médicaments et leur bon usage. [2, 4]
Le rapport GLP-1 montre pourquoi ces détails comptent : son analyse porte sur des cas où le médicament a été enregistré comme suspect ou en interaction, et croise des déclarations avec d’autres données, notamment celles des laboratoires et de la littérature scientifique. La suspicion est une entrée dans l’analyse, pas son verdict. [5]

Les notifications construisent une surveillance, pas votre risque personnel
Entre le 1er février 2025 et le 31 janvier 2026, le bilan recense 2 801 cas notifiés en France, dont 515 graves. Il inclut 13 décès parmi les cas notifiés : cela ne signifie pas que les médicaments ont été reconnus responsables de ces 13 décès. Le résumé distingue plusieurs appréciations du lien possible ou indirect selon les dossiers. [6]
Ces notifications permettent d’attirer l’attention sur des complications, des interactions ou des événements inhabituels. Elles ne constituent pas un recensement exhaustif de tous les troubles chez tous les utilisateurs. Leur nombre ne donne donc pas, à lui seul, la probabilité qu’un patient rencontre cet effet. L’ANSM confirme par ailleurs un rapport bénéfice/risque favorable lorsque les traitements sont utilisés conformément aux recommandations. [1]
L’utilité d’un signalement ne se limite ainsi pas à confirmer un risque déjà connu. Des dossiers suffisamment documentés peuvent contribuer à examiner un signal nouveau, à renforcer la surveillance ou à améliorer l’information de sécurité. L’ANSM indique que plusieurs événements décrits dans ce rapport sont évalués aux niveaux national et européen pour déterminer s’ils sont associés ou non aux GLP-1. [1]
Une déclaration n’est pas une demande de soins
N’attendez pas la réponse à un signalement pour demander une aide médicale. Le portail n’est pas un service d’urgence. Un symptôme important, persistant ou qui s’aggrave doit être discuté avec un professionnel ; en cas d’urgence, contactez les secours. L’alerte ANSM rappelle la nécessité de repérer précocement les signes d’effets graves, notamment de pancréatite, afin d’organiser une prise en charge rapide. [1]
Signaler et être soigné répondent à deux besoins différents. Le premier contribue à la connaissance collective des médicaments ; le second permet d’évaluer votre état et la conduite à tenir pour votre traitement. Ni les chiffres du bilan ni le dépôt d’une déclaration ne justifient une modification de dose décidée seul.
Les pièces médicales destinées au signalement doivent être transmises par le circuit prévu, et non publiées sur un réseau social. Le formulaire de l’ANSM précise que les informations sont communiquées au CRPV et à l’agence dans le respect du secret médical. Il rappelle aussi le droit du patient d’accéder auprès du CRPV aux informations saisies le concernant et de faire corriger des données inexactes ou incomplètes. [4]
Sources
[1] ANSM — 3ᵉ rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1, communiqué du 7 octobre 2026.
https://ansm.sante.fr/actualites/3-rapport-de-pharmacovigilance-sur-les-aglp-1-persistance-du-mesusage-associe-a-des-complications-graves-et-mise-en-evidence-du-risque-dinteractions-medicamenteuses
[2] ANSM — Déclarer un effet indésirable, mise à jour du 26 juin 2026.
https://ansm.sante.fr/documents/reference/declarer-un-effet-indesirable
[3] ANSM — Comment déclarer si vous êtes patient ou usager ?
https://ansm.sante.fr/documents/reference/declarer-un-effet-indesirable/comment-declarer-si-vous-etes-patient-ou-usager
[4] ANSM — Formulaire de déclaration d’un effet indésirable susceptible d’être dû à un médicament.
https://ansm.sante.fr/uploads/2020/10/09/20201009-formulaire-de-declaration-dun-effet-indesirable.pdf
[5] ANSM / CRPV — Rapport d’enquête nationale de pharmacovigilance sur les GLP-1 n° 3.
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20260630-rapport-3-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf
[6] ANSM / CRPV de Montpellier — Résumé du rapport n° 3, période du 1er février 2025 au 31 janvier 2026.
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20261001-resume-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf
