Cancers de la peau : l’Anses veut un examen en médecine du travail, mais que peut-il vraiment repérer ?
Après avoir confirmé le lien entre UV professionnels et cancers de la peau, l’Anses recommande de systématiser l’examen cutané en médecine du travail. L’enjeu est de mieux repérer les lésions et de faciliter l’accès aux soins, sans confondre surveillance et diagnostic.

La visite de santé au travail pourrait devenir un rendez-vous plus important pour le repérage des cancers de la peau. Dans son expertise rendue publique le 15 octobre 2026, l’Anses recommande d’y systématiser l’examen cutané, tout en formant les médecins du travail aux examens dermatologiques. L’objectif est de limiter des diagnostics trop tardifs, alors que le lien entre UV professionnels et cancers cutanés est confirmé par l’agence. [1]
En bref
- L’Anses veut renforcer l’examen de la peau lors des visites de santé au travail et la formation des médecins.
- Décrire les tâches exposées aide à relier la prévention au travail réellement effectué.
- Repérage, diagnostic médical et reconnaissance d’une maladie professionnelle sont trois étapes différentes.
Pourquoi faire entrer la peau dans la discussion sur le poste ?
On associe facilement la protection solaire aux vacances. L’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire remet au centre des expositions qui font partie du travail : agriculture, bâtiment, entretien d’espaces verts, livraison, restauration ou surveillance d’enfants, entre autres. Une activité peut exposer même lorsqu’elle n’occupe pas toute la journée. [1]
Le médecin du travail s’intéresse aux relations entre santé et activité professionnelle. Parler de la peau ne consiste donc pas seulement à montrer une marque : c’est aussi décrire les tâches qui se font dehors, leurs horaires, les environnements réfléchissants et les protections disponibles.
Le rapport recommande d’améliorer la traçabilité des expositions aux UV. Il propose également d’aborder les cancers cutanés lors des visites de fin de carrière et d’améliorer l’accès à la dermatologie, pendant l’exposition comme après celle-ci. Cette continuité est importante : une histoire professionnelle ne se réduit pas au poste occupé le jour de la consultation. [2]

Ce que recommande l’Anses, et ce qui n’est pas encore un nouveau programme
L’agence appelle à trois évolutions complémentaires : mieux former les professionnels de santé au travail, rendre l’examen cutané systématique lors des visites et faciliter l’accès aux soins dermatologiques. Le repérage au travail n’a de sens que si une anomalie peut ensuite être évaluée dans un parcours de soins. [1]
Ces recommandations ne fixent pas, à elles seules, un nouveau rendez-vous annuel identique pour tous. Elles n’annoncent pas non plus qu’un examen complet est déjà réalisé dans chaque service. Il s’agit de l’organisation que l’Anses souhaite voir renforcée pour réduire les retards de diagnostic.
Le rapport évoque aussi la télé-expertise par des plateformes sécurisées : un échange d’avis entre professionnels de santé, dont le déploiement généralisé reste une piste à étudier. Ce n’est pas une invitation à établir soi-même un diagnostic à partir d’une photographie. [2]

Repérer une lésion n’est pas encore poser le diagnostic
Un examen de la peau peut conduire à une orientation vers un dermatologue. Pour le mélanome, l’Institut national du cancer décrit une consultation qui tient compte des antécédents, de l’aspect et de l’évolution de la lésion. Le médecin examine aussi l’ensemble de la peau et peut s’aider d’un dermoscope, un instrument optique grossissant. [3]
La confirmation d’un mélanome repose sur l’analyse en laboratoire de la lésion retirée. Il faut donc distinguer le repérage d’une anomalie, son évaluation spécialisée et le diagnostic. Exercer un métier exposé aux UV est une information importante à transmettre ; cela ne permet pas de conclure qu’une lésion est cancéreuse.
Cette distinction aide également à comprendre les interlocuteurs. Les questions de prévention et de contraintes du poste ne remplacent pas les soins personnels. Pour les agents publics, notre article sur le parcours santé-travail détaille justement la séparation entre soins, adaptations du poste et démarches de reconnaissance.
La prévention au travail et les démarches de reconnaissance suivent leur propre logique
Un examen plus fréquent ne réduit pas, à lui seul, les UV reçus pendant les tâches. L’Anses demande aussi des mesures collectives et organisationnelles : évaluer les activités exposées, adapter les horaires ou limiter le temps au soleil par une rotation des postes, en complément des équipements individuels. [1]
Sur le volet administratif, l’agence estime que le lien causal avéré avec les cancers cutanés constitue un argument fort pour créer un tableau de maladie professionnelle. Ce dispositif faciliterait la reconnaissance et l’indemnisation, mais sa création n’est pas décidée par le seul avis scientifique. Un repérage médical, un diagnostic et une demande de reconnaissance répondent donc à des questions différentes, même lorsqu’ils concernent la même personne. [1, 2]
Sources
[1] Anses, Cancers de la peau : mieux prendre en compte l’exposition professionnelle aux UV, 15 octobre 2026.
https://www.anses.fr/fr/actualite/cancers-peau-mieux-prendre-compte-lexposition-professionnelle-aux-uv
[2] Anses, Avis et rapport d’expertise sur les cancers de la peau en lien avec l’exposition professionnelle aux rayons UV, saisine 2024-SA-0109, version de mars 2026, passages relatifs aux conclusions et recommandations.
https://www.anses.fr/system/files/MALADIESPRO-2024-SA-0109-RA.pdf
[3] Institut national du cancer, Diagnostic d’un mélanome de la peau, mise à jour du 18 novembre 2025.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/melanome-de-la-peau/comprendre-le-melanome-de-la-peau/diagnostic-et-bilan-initial
