Syndrome métabolique, de quoi s’agit-il ?

le mercredi 05 mai 2010
par Dr Walid Amara, Centre Hospitalier Le Raincy-Montfermeil (93)
Le terme de « syndrome métabolique » est de plus en plus répandu. À quoi correspond-il ? Ce syndrome est-il fréquent ? Quelles en sont les conséquences ?

Si la durée de vie de l’ensemble de la population est en augmentation constante, les gens sont néanmoins de plus en plus exposés aux différents facteurs de risque sur leur santé, notamment du fait d’un nouveau mode de vie aux conséquences néfastes.

L’obésité abdominale

L’obésité abdominale n’est pas l’obésité. L’obésité est définie par une augmentation du poids lorsque celui-ci est corrélé à la taille de la personne. Pour déterminer si une personne est obèse ou si elle est en surpoids (on parle alors de surcharge pondérale), on calcule l’indice de masse corporelle (IMC). L’indice de masse corporelle est le rapport du poids divisé par la taille au carré :

- IMC = poids/(taille)2

-Exemple : une personne pesant 80 kg et mesurant 1m70 aura un IMC de 80/1,70², soit 27,7 kg par m² de surface corporelle. Des définitions existent pour les normes de l’IMC (rapport 1998 de l’Organisation Mondiale de la Santé).

-L’IMC normal est inférieur à 25.

-La personne est dite en surcharge pondérale quand l’IMC est de plus de 25 mais inférieur à 30.

-La personne est dite obèse devant un IMC d’au moins 30.

-L’obésité est dite « morbide » devant un IMC d’au moins 40.

Qu’est ce qu’un facteur de risque ?

Un facteur de risque, dans le domaine cardio-vasculaire par exemple, est un agent responsable d’une augmentation du risque de survenue d’un accident cardiaque ou vasculaire, que ce soit un décès, un infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque ou un accident vasculaire cérébral, notamment.

Les principaux facteurs de risque cardio-vasculaire sont, avant tout, le tabagisme, le diabète, l’hypertension artérielle (élévation permanente de la tension), les désordres lipidiques, (notamment l’hypercholestérolémie et l’obésité), et le stress.
A contrario, certains facteurs sont dits « protecteurs », tels que la consommation de fruits et légumes, la consommation modérée d’alcool, et l’activité physique régulière.

Quels facteurs composent le syndrome métabolique ?
Cinq facteurs de risque interviennent dans la définition d’un syndrome métabolique.

1-L’obésité abdominale
Elle se traduit par une augmentation du tour de taille mesuré à hauteur du nombril. Elle peut être évaluée par un simple mètre-ruban. Des normes ont ainsi été définies.

On parle d’obésité abdominale lorsque le tour de taille dépasse 88 cm chez la femme ou 102 cm chez l’homme. Il est maintenant démontré que l’obésité abdominale n’est pas liée à une augmentation de la graisse située sous la peau, mais surtout liée à une augmentation de la graisse viscérale, c’est-à-dire de la graisse profonde qui entoure les organes se trouvant dans l’abdomen.

Cette graisse viscérale est dangereuse car elle entraîne de nombreuses anomalies métaboliques notamment une résistance du corps à l’insuline, résistance qui favorise le diabète, l’hypertension artérielle, et les maladies qui en découlent.

L’obésité abdominale est aussi associée à une augmentation de la survenue de thromboses, (formation de caillots dans le sang, par exemple thrombose dans les artères coronaires qui provoque l’infarctus du myocarde), et à un dysfonctionnement de la paroi interne des artères, favorisant elle-même les accidents cardio-vasculaires. Il faut noter que l’augmentation de la graisse viscérale est souvent le facteur majeur qui entraîne le développement des autres facteurs du syndrome métabolique.

2-Une augmentation de la tension artérielle

L’élévation de la tension artérielle est fréquente. Elle doit être confirmée par des mesures répétées avec un tensiomètre électronique validé. La prise de la tension artérielle retenue dans les définitions est celle effectuée au cabinet du médecin. Les prises de tension artérielle au domicile sont cependant valides, sous réserve qu’elles soient effectuées en respectant les bonnes conditions de mesures :

– prise de la tension artérielle au repos,

– sur un bras dénudé,

– idéalement avec un tensiomètre mis en place au niveau du bras et non du poignet,

– avec un tensiomètre validé (la liste des tensiomètres validés se trouve sur le site de l’afssaps (agmed.sante.gouv.fr).

L’hypertension artérielle est définie par une tension supérieure à 140/90 (ou 14/9). Cependant, une élévation plus faible, de 130/85, est suffisante pour être retenue dans un syndrome métabolique.

3-L’augmentation de la glycémie à jeun
L’augmentation de la glycémie, telle qu’elle est mesurée à jeun, est un des facteurs intervenant dans la définition d’un syndrome métabolique.
Une glycémie normale est de 1 g/L environ à jeun.
Lorsque la glycémie est supérieure à 1,10 g/L, elle est prise en compte dans la définition d’un syndrome métabolique. Pour des niveaux de glycémie à jeun faiblement élevés entre 1,10 et 1,26 g/L, on parle d’intolérance au glucose.

Pour des niveaux de glycémie plus élevés à jeun, c’est-à-dire d’au moins 1,26 g/L, on parle de diabète. Contrairement au diabète de la personne jeune, le diabète de la personne d’âge mûr est le plus souvent favorisé par la surcharge pondérale qui entraîne une résistance à l’insuline. On parle alors de diabète non insulinodépendant, ou diabète de type 2.

4-L’augmentation des triglycérides sanguins

Les élévations du taux de triglycérides sont favorisées par l’obésité, par les augmentations de la glycémie, et par la consommation d’alcool. À ce titre, il n’est pas étonnant que deux de ces critères soient impliqués dans la définition du syndrome métabolique.

Les élévations des triglycérides favorisent les évènements cardiaques, voire la survenue d’une pancréatite aiguë (inflammation du pancréas) lorsque leur taux est particulièrement élevé. Les niveaux de triglycérides sont pris en compte lorsqu’ils sont supérieurs à 1,50 g/litre.

5-La baisse du HDL-cholestérol
Le HDL-cholestérol est communément appelé « bon cholestérol », car il intervient dans le recyclage du cholestérol. Un taux élevé du HDL-cholestérol est ainsi considéré comme un facteur protecteur des accidents cardio-vasculaires, notamment lorsqu’il est supérieur à 0,60 g/L.

Le facteur principal associé à une augmentation du HDL-cholestérol est l’activité physique.

La baisse du HDL cholestérol est associée à une augmentation des accidents cardiovasculaires. Cette baisse est prise en compte dans la définition du syndrome métabolique lorsque le taux de HDL-cholestérol est inférieur à 0,40 g/L chez l’homme ou inférieur à 0,50 g/L chez la femme.

Le syndrome métabolique est-il si fréquent ?

Oui, c’est ce qu’indiquent les études menées dans de larges populations à travers le monde. On estime qu’environ 1 personne sur 5 présente un syndrome métabolique.
À titre d’exemple, dans l’étude internationale MONICA (tableau ci-dessous), près de 40 % des personnes sont hypertendues, 35 % présentent une hypercholestérolémie, 18 % sont obèses, et 20 % ont un syndrome métabolique.

 

Présence du syndrome métabolique et des facteurs de risque cardio-vasculaire en France (étude MONICA)

Quel risque cardiovasculaire est associé au syndrome métabolique ?

Si le syndrome métabolique est en rapport avec plusieurs facteurs de risque, chacun d’entre eux, avec un impact relativement différent, contribue à l’augmentation du risque cardio-vasculaire. Ainsi si l’on considère isolément chacun de ces facteurs composant le syndrome métabolique, une augmentation du risque est notée. Mais lorsque ces facteurs sont accumulés dans le cadre d’un syndrome métabolique, l’augmentation globale du risque est encore plus élevée.

En conclusion

Le syndrome métabolique est caractérisé par une association de facteurs de risque au premier rang desquels on notera l’obésité abdominale. Le syndrome métabolique est une anomalie fréquente qui identifie une population à haut risque cardio-vasculaire.

Quand parle-t-on de syndrome métabolique ?
  • On parle de syndrome métabolique si 3 des 5 facteurs suivants sont présents :
  • Tour de taille supérieur à 102 cm pour les hommes, 88 cm pour les femmes.
  • Tension artérielle supérieure ou égale à 130/85 ou personne prenant déjà un traitement antihypertenseur.
  • Glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,10 g/L
  • Triglycérides supérieurs à 1,50 g/L.
  • HDL-cholestérol inférieur à 0,40 g/L chez l’homme et ou inférieur à 0,50 g/L chez la femme.