Le bio est-il vraiment si beau ?

le mercredi 02 juin 2010
par Véronique Olivier et Dr Jean-Michel Lecerf, Chef du service de Nutrition de l'Institut Pasteur de Lille
Le profil nutritionnel des aliments issus de l’agriculture biologique est-il sensiblement différent de celui produit par des méthodes conventionnelles ? Voilà une question à laquelle ne cessent de vouloir répondre pro et anti-bio, en vain semble-t-il.

L’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) a produit un rapport fourni impliquant des experts de tous horizons.
Les aliments sont constitués de différents nutriments, l'eau, les fibres, les glucides, lipides et protéines, les minéraux et vitamines et divers autres éléments comme les polyphénoles.

Les vaches dont on fait du lait

La réglementation européenne au 1er janvier 2009 ne fixe plus de plafond sur la quantité d’ensilage présente dans l’alimentation des vaches, brebis et chèvres des élevages certifiés en production laitière biologique. Jusqu’alors, il ne pouvait y en avoir plus de 50 %. Les qualités du lait dépendent pourtant de la quantité d’ensilage (maïs, betterave ou luzerne fermentés en balles enrubannées ou en silo) donnée au bétail. Les bouteilles de lait estampillées AB (laits issus de troupeaux du Nord, et de l’Est de l’Europe, nourris principalement en étable et donc avec de l’ensilage) ne donnent aucune indication sur l’alimentation des troupeaux sélectionnés. Les fromagers affineurs ont fait depuis longtemps leur choix en sélectionnant des producteurs de lait qui pratiquent le « no silo » et privilégient la prairie, le foin et les compléments céréaliers, qu’ils soient certifiés bio ou pas. Les Labels Rouges, et les AOC restent une garantie de qualité indéniable.

Fibres
Les légumes racines et les légumes feuilles bio (carotte, betterave, épinard, salade) contiennent, à variété égale, moins d’eau que leurs homologues conventionnels.
Il n’y a par contre aucune différence pour les légumes fruits (tomate, courgette, poivron) et les fruits (pomme, pêche) dont la teneur en eau dépend de la maturité.

Macronutriments

Un comparatif sur les glucides, lipides et protéines n’a pu être véritablement établi. Tout au plus, peut-on souligner une proportion importante dans les lipides d’acide gras poly insaturés (réputés bienfaisants pour la santé) dans la production des viandes biologiques. D'une façon générale, l’alimentation du bétail en lin, chanvre ou luzerne améliore la qualité des acides gras de la viande, qu’elle soit issue d’un élevage biologique ou pas.

La teneur en protéines des céréales cultivées en agriculture biologique est inférieure à la teneur de celles cultivées avec des engrais azotés solubles.

Minéraux, oligoéléments et vitamines

Les teneurs en minéraux et oligoéléments dans les fruits, qu’ils soient issus d’une production biologique ou pas, sont identiques, de même que dans le lait, la viande et les œufs. Côté vitamine même constat et pas de variation, si ce n’est la pomme de terre bio qui est étonnement plus riche en vitamine C.

Antioxydants
La tomate bio puise elle-même son azote dans le sol pour résister aux agressions des insectes et des champignons. Cette lutte renforce ses défenses naturelles et augmente de 2 à 3 fois sa teneur en antioxydants.
Les composés phénoliques s’accumulent davantage dans les végétaux bio.
Ce qui n’a cependant pas permis pour l’instant d’affirmer qu’il y ait un bénéfice en matière santé pour le consommateur de bio, temporise l’AFSSA.

Modes et cultures

Le but premier des cultivateurs de produits biologiques n’est pas la qualité des aliments, leur potentiel nutritif, leur séduisante apparence ou leur goût. Ce qui les guide est bien le respect de l’environnement, la promotion d’un mode de production respectueux des équilibres naturels et du bien-être animal. Des arguments de peu d’écho dans l’esprit du consommateur de bio qui préfère s’accrocher à une notion d’alimentation plus saine.

Mais le fait que le consommateur déguste un produit labellisé, qu’il a payé plus cher et qu’il compte bien trouver bon, est susceptible de jouer un rôle dans l’appréciation finale. Les critères de goût personnels et culturels sont trop subjectifs pour être mesurés. Les pommes bio sont jugées meilleures dans une première étude, contrairement aux tomates trop « flagadas » et insipides.

Ces mêmes tomates sont jugées identiques à leurs éponymes conventionnelles dans une autre étude qui accorde la palme gustative à la mangue traitée et à la banane bio…

Contaminations et allergènes

La production biologique, qui s’affranchit de bon nombre de produits phytosanitaires ne se cultive pourtant pas dans une bulle. Les sceptiques ont longtemps argué que contamination et mycotoxines (molécules cancérigènes produites par les moisissures) étaient le lot commun des produits bio.

L’agriculture bio ne contient pas de résidus pesticides mais les végétaux issus de méthodes conventionnelles n'en contiennent que très peu (car leur concentration est inférieure au seuil autorisé). Le risque pour la santé réside plus dans l’inhalation des pesticides que dans leur ingestion et le bénéfice en terme de santé est plus important pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

Côté nitrates, leur teneur est plus faible dans les fruits et légumes bio. Pour compenser l’absence de fongicides, les pratiques culturales bio semblent efficaces contre les mycotoxines. Leurs produits ne comportent pas plus de patuline dans les fruits et de trichothécène dans les céréales, que ceux obtenus en conventionnel.

Mais en cas de mauvaises conditions de conservation, les moisissures sont plus nombreuses. La production de fruits et légumes bio est saisonnière tout comme leur consommation. Est-ce pour cela que l'on a pu constater des réactions allergiques aux pommes de longue conservation, la même variété croquée sur l’arbre ne posant pas de problème.

Production animale à risque

Cette pratique en bio est qualifiée « à risque » pour l’AFSSA. L’élevage en plein air augmente le risque parasitaire des animaux par des agents infectieux dans le sol. L’épandage des fumiers sont eux-mêmes vecteur de dissémination d’agents microbiens et parasites s’ils ne sont pas compostés. Le cycle est entier.

Pour soigner ses animaux, l’éleveur bio à recours à des soins phytothérapeuthiques et homéopathiques. Là réside le principal risque sanitaire selon l’AFSSA. Car ces traitements naturels n’ont fait aucunement preuve de leur efficacité. Il faudra bien quelques études pour que les éleveurs bio apportent des gages supplémentaires en termes de sécurité pour les viandes produites.

Et les OGM ?

L’agriculture biologique interdit les Organismes Génétiquement Modifiés. Mais ils peuvent être présents fortuitement dans les récoltes. Même si, à l’heure actuelle, les OGM ne présentent pas un danger pour la santé humaine, leur présence aurait un effet psychologique désastreux pour les consommateurs de bio.

Les certifiés AB ne doivent satisfaire, pour le moment, qu’à une obligation de moyen (respect du cahier des charges détaillant le processus de production) et non de résultat.La nouvelle réglementation européenne (1er janvier 2009) tolère 0,9 % d’OGM dans les produits bio (qui correspond au seuil d’étiquetage obligatoire) alors que le seuil de détection se situe à 0,1 %.

 

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