L’allergologue : un enquêteur chevronné

le mercredi 05 mai 2010
par Astrid Charlery
Spécialiste et praticien de la médecine globale, l’allergologue navigue entre une expertise clinique et une approche incontournable du patient. Le meilleur d’un métier…

En France, il y a 70 services hospitaliers d’allergologie, 952 cabinets d’allergologie, et 20 à 30 nouveaux allergologues sont formés chaque année. Il existe par ailleurs des allergologues, nutritionnistes, ophtalmologistes, généralistes, pneumologues, pédiatres, gastro-entérologues, ORL, homéopathes, dermatologues, et même des vétérinaires allergologues !

Un allergologue est tout d’abord un médecin. À l’ère de la toute puissance de la médecine technologique, l’allergologie s’inscrit dans une approche personnalisée du malade, faite d’écoute, de dialogue, de conseils hygiéno-diététiques, environnementaux et de propositions thérapeutiques de plus en plus efficaces.

En effet, la première caractéristique définissant le médecin allergologue est de savoir apprécier l’importance des facteurs extérieurs, environnementaux et alimentaires, et les caractéristiques des troubles du patient. Cette approche pour le diagnostic et le traitement est la spécificité du médecin allergologue. Elle contraste donc avec l’approche en médecine d’organe ou en spécialités et souligne son aspect contemporain.

Etudier l’allergologie

D'après une interview du Professeur Alain Didier, Faculté de Médecine Toulouse-Rangueil, CHU de Toulouse. L’enseignement de l’allergologie est identifié tout au long du cursus des études médicales : au cours du premier cycle et du deuxième cycle, l’allergologie est abordée à travers l’enseignement de l’immunologie. Ensuite, c’est à la fin du deuxième cycle que les pathologies allergiques sont directement enseignées dans le programme, Immunopathologie- Réaction inflammatoire. Ce sont « Allergies et hypersensibilités chez l’enfant et l’adulte » … « Allergies cutanéomuqueuses chez l’enfant et l’adulte » et « Allergies respiratoires chez l’enfant et l’adulte ». L’allergologie peut aussi être abordée dans d’autres questions du programme comme « Œdème de Quincke et anaphylaxie » ou « Asthme de l’enfant et de l’adulte » voire dans des questions plus générales qui touchent par exemple à l’éducation du patient ou à la relation médecin malade dans la maladie chronique. Enfin, l’allergologie est sanctionnée, à la fin du troisième cycle par un diplôme, le DESC d’allergologie et d’immunologie clinique. Le médecin déjà diplômé peut lui acquérir une capacité en allergologie, formation de deux ans. Les études d’allergologie comportent aussi des stages cliniques, de spécialité en allergologie, immunologie clinique, médecine interne, ou dans les spécialités médicales comme la dermatologie, la pneumologie, l’otorhinolaryngologie et la pédiatrie. En France, la durée totale des stages cliniques est de deux ans.

Une discipline à la page

En 2008, la Société Mondiale d’Allergologie a publié un document, sorte de ratification de la définition du profil de l’allergologue, lui assurant une légitimité et une inscription dans la médecine moderne.

Ce document précise que les médecins allergologues doivent être capables de traiter les maladies allergiques, les plus complexes. Après une évaluation de l’importance des facteurs extérieurs, à l’origine de l’allergie, le médecin allergologue maîtrise les connaissances pour identifier et traiter une maladie allergique, éventuellement avec une expertise immunologique. « Par ailleurs la prise en charge s’inscrit dans un exercice hospitalier, privé, en ville et en réseau, favorisant le travail transdisciplinaire avec les autres spécialités.

Enfin c’est aussi une médecine préventive qui exige des capacités pédagogiques et d’accompagnement de malades chroniques », précise encore le Dr Trébuchon allergologue à Montpellier. L’allergologie n’est donc pas isolée et se tourne aussi fréquemment vers d’autres professionnels de santé, médecin du travail ou scolaire, infirmier, éducateur thérapeutique, conseiller médical en environnement intérieur, etc.

Être sur tous les fronts

L’allergologue est un médecin qui a reçu une formation de spécialité pour diagnostiquer et prendre en charge des situations qui couvrent des champs divers incluant les symptômes de maladies telles que les rhinoconjonctivites, l’asthme, les pneumopathies d’hypersensibilité, l’eczéma atopique, ou de contact, les diverses urticaires ou encore l’angio-œdème.

L’allergologue est compétent face aux allergies respiratoires, mais aussi dans le cadre d’allergie aux médicaments, aux aliments, au latex, aux venins d’insectes, aux allergies et asthme professionnels et dans l’urgence du choc anaphylactique. Dans son quotidien le médecin allergologue mène un interrogatoire précis sur l’histoire de l’allergie, les facteurs déclenchants ou améliorants.

Il réalise également et interprète les examens nécessaires à un diagnostic qui permettra de définir le traitement adéquat : tests cutanés pour le diagnostic d’allergie, mesure du souffle pour le diagnostic d’asthme et parfois certains tests biologiques. Il prescrit et pratique, selon les cas, en milieu hospitalier, les tests de provocation pour certains aliments ou médicaments quand le reste du bilan n’a pas permis de poser le diagnostic.

L’allergologue : un pédagogue au côté du patient

Il conseille le patient, en ce qui concerne l’aménagement de son environnement pour réduire l’exposition aux allergènes. Ses conseils sont toujours très personnalisés car ils doivent s’adapter au contexte et aux possibilités de chaque patient. C’est aussi un médecin de prévention des maladies allergiques au niveau primaire (en protégeant un bébé dans une famille allergique), secondaire (en évitant l’aggravation de la maladie) et tertiaire (en circonscrivant les conséquences délétères de la maladie chronique).

Il favorise l’éducation des patients pour une meilleure observance des traitements, de leur entourage et l’information des médecins généralistes.
L’allergologue prescrit des traitements, symptomatiques pour les rhinites, l’asthme, et des trousses d’urgences pour les allergies les plus sévères.
Il a également recours à la désensibilisation : immunothérapie spécifique adaptée à chaque patient.
L’allergologue achève son accompagnement du patient quand il n’a quasiment plus de questions mais seulement des solutions !

Exercer l’allergologie
Le Dr Pascale Mathelier Fusade, allergologue à Paris témoigne. Dermatologue de formation, c’est le hasard qui m’a conduite dans un service de médecine interne spécialisé en allergologie. Cela m’a plu et j’ai décidé de passer ma capacité tout en pratiquant mes stages dans ce service réputé d’allergologie. Aujourd’hui j’exerce en partie à l’hôpital, en partie en cabinet de ville. Le grand intérêt de ce métier est l’interrogatoire. On est obligé de s’intéresser globalement au patient et d’enquêter pour établir un diagnostic. Les tests viennent justes conforter le diagnostic clinique. C’est le contact avec le malade, la variété des pathologies et l’exercice intellectuel qui sont ainsi stimulants. Par ailleurs au cours de mes 17 années de pratique, j’ai pu vivre et évaluer l’évolution thérapeutique, de la prise en charge des symptômes à la désensibilisation. Aujourd’hui avec un bon accompagnement du malade, nous assistons à une vraie valorisation de notre réussite professionnelle. C’est gratifiant !