Conseiller Médical en Environnement Intérieur (CMEI) : le James Bond de l’allergène

le mercredi 03 février 2010
par Astrid Charlery
Ce sont des médecins sensibilisés au rôle de la prévention et du conseil en matière d’allergie qui ont initié cette nouvelle profession. Reste à lui trouver une vraie place dans le système de santé à hauteur de sa valeur.

Plantes, poils de chat, moisissures, acariens, peintures, moquettes, couettes, solvants, vêtements, tapis, papiers peints… ils sont là, dans la maison tous ces allergènes et polluants, rendant la qualité de l’air intérieur plus mauvaise qu’à l’extérieur. Mais, ambiguïté bien nationale, bien que 81 % des Français sachent que des allergènes sont présents dans leur habitat, ils sont encore 27 % à estimer que l’air intérieur dans les habitations est meilleur que l’air extérieur.

Un agent très spécial

C’est la communauté médicale du CHUabréviation de centre hospitalier universitaire (voir GHU). Source de Strasbourg soutenue plus tard par la Direction Générale de la Santé et le Plan Asthme qui ont encouragé le développement d’une nouvelle profession, le Conseiller Médical en Environnement Intérieur (CMEI). Face au développement exponentiel des allergies, il est en effet urgent de diagnostiquer les causes d’allergies qui se terrent dans les plus petits recoins de notre environnement familier, l’appartement ou la maison, l’entreprise, le milieu scolaire...

C’est donc le CMEI qui va enquêter sur place. Sollicité par un médecin généraliste, un spécialiste, un service hospitalier, une institution ou un particulier, le CMEI organise une visite au domicile de la personne sensible. Son travail est complémentaire de celui de l’interrogatoire en consultation qui a donné des premières hypothèses ou indications. Le CMEI mandaté sur place interroge, écoute et traque les indices.

Ainsi, Crisbelle Speyer, CMEI avec 400 visites à son actif témoigne : « La visite débute par un questionnaire très précis sur l’environnement global. Les questions concernant la proximité d’une forêt, d’une autoroute, le tabagismeintoxication due au tabac. Source, les modes de chauffage, les animaux familiers… sont abordées. Ensuite on inspecte toutes les pièces. On aspire des poussières et on les analyse avec un mini kit de laboratoire pour dépister et visualiser la quantité d’allergènes d’acariens.

On prélève des peintures ou des moisissures qui sont elles, expédiées à un laboratoire extérieur. On termine par les propositions de modification de l’habitat ou de mesures d’éviction qui résultent du premier constat. Dans les semaines qui suivent, la famille et le médecin recevront un rapport détaillé. »

Une étude suédoise rapportée sur le site www.allergique.org explique que des échantillons de poussières du lit, du tapis « peuvent, être analysés et donner des indications sur les risques d’exposition. Une évaluation de l’environnement peut être ainsi faite avant modification de l’habitat.
Les CMEI apportent une contribution intéressante dans l’évaluation de l’environnement intérieur et suggèrent des adaptations pour les patients qui sont asthmatiques ».

Les nouveaux territoires d’investigation

Chacun passe 20 heures en moyenne par jour à l’intérieur de lieux de vie. Toute personne allergique, ou ayant un enfant allergique, souffrant de rhiniteinflammation de la muqueuse des fosses nasales. Source ou d’asthme, et suspectant la présence d’allergènes ou d’agents chimiques dans ses lieux de vie peut faire appel à un Conseiller Médical en Environnement Intérieur. L’entreprise, l’école et la maison sont donc les endroits privilégiés de visite de ces spécialistes.

Le but d’une visite en entreprise par un CMEI est un examen objectif et pragmatique de l’environnement avec description des matériaux de construction, vérification des systèmes de ventilationensemble des phénomènes physiques et mécaniques qui permettent les échanges gazeux lors de la respiration. Source et de climatisation.

Une sorte d’audit est alors effectué et rapporté au médecin concerné par la démarche ou aux autorités sanitaires.
Ces professionnels de l’environnement travaillent en indépendant ou sont intégrés à des structures hospitalières, voire associatives. L’implication du corps médical et sa délégation, font du CMEI un agent médical à part entière.

Le parcours des CMEI

Malheureusement, malgré les volontés pédagogiques, le développement d’une formation et la demande importante des malades, les financements sont précaires et rendent difficile la pratique du métier. Valérie Despré, présidente de l’Association Française de Préventionensemble des moyens mis en œuvre pour sauvegarder la santé et éviter les accidents (prévention primaire), pour éviter d’aggraver une maladie (prévention secondaire) ou pour permettre la réinsertion des malades (prévention tertiaire). Adjectif : préventif. Source des Allergies qui, pour valider ses connaissances a suivi la formation de CMEI, se bat pour faire connaître et reconnaître la profession :

« Je travaille un peu en libéral et fais des visites au domicile. J’évalue les demandes qui sont nombreuses et pas toujours honorées faute de temps et d’argent.

J’oriente aussi mon combat vers les institutionnels, services hospitaliers, DDASS et mutuelles santé pour faire accepter la profession et trouver surtout des financements. Aujourd’hui deux mutuelles régionales prennent en charge une partie du coût de la visite. Les services d’hygiène et sociaux des villes engagent aussi de plus en plus leur personnel à suivre cette formation de CMEI. »

Ailleurs, certaines stations thermales, spécialisées dans les affections respiratoires, comme la Bourboule ou la Roche-Posay proposent les conseils d’un CMEI.
A Marseille, l’équipe de l’Ecole de l’asthme s’est enrichie d’une CMEI qui tourne en région pour effectuer des états des lieux. Mais, elle doit couvrir sept départements !
Selon un travail de l’unité Inserm U 425, il semble que la visite au domicile par un CMEI soit une aide précieuse pour pointer les niches d’acariens non soupçonnées, et du même coup envisager leur éviction. Alors, la question de l’utilité des CMEI ne se pose plus !

Interview du Pr Guy Dutau sur le rôle des CMEI

Qu’apportent au médecin dans sa pratique quotidienne les compétences d’un CMEI ?

L’allergologue dans sa pratique quotidienne n’aura jamais une vision aussi précise qu’un professionnel qui a accès à l’habitat de l’allergique. Il n’entend que ce qu’on veut bien lui dire.

L’analyse est donc un peu biaisée. La visite d’un CMEI est par ailleurs d’autant plus utile qu’on a à faire à une pathologiepartie de la médecine qui étudie les maladies. Le spécialiste est le pathologiste. Adjectif : pathologique. Source compliquée voire une polyallergie dont on ne trouve pas la ou les origine(s).

Le professionnel sait prélever les échantillons, pratiquer leur analyse avec un kit de dépistage des acariens et dialoguer avec les familles.
La profession mérite donc une meilleure reconnaissance, par le biais des réseaux de pathologie comme le RAFT (Réseau d’Allergologie de Franche-Comté), le réseau ALLOS ERGON (Languedoc-Roussillon), les Plans Santé Environnement, les mutuelles de santé, les services d’hygiène des villes, les stations thermales et climatiques ou encore les associations de patients.

En savoir plus

"Partager

Notez l'article