Diabète et personnes âgées

le mercredi 21 avril 2010
par Astrid Charlery
La fréquence du diabète chez les personnes âgées augmente, si bien que le quart des personnes diabétiques est aujourd’hui âgé de plus de 75 ans, soit 600 000 malades.

« L’augmentation du nombre de personnes diabétiques âgées s’explique à la fois par une majoration de l’espérance de vie et par l’explosion épidémique du diabète qui est constatée en France comme dans le monde », explique le Pr Bernard Bauduceau, chef du service de diabétologie, Hôpital Bégin à Saint-Mandé.

Définition de la personne âgée

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé une personne est considérée comme âgée après 65 ans. En fait, l’important réside plus dans l’âge physiologique que dans le simple état civil et les gériatres définissent désormais, comme âgées, les personnes de plus de 75 ans, et ceux de plus de 65 ans qui présentent une polypathologie (maladie cardiaque, affection neurologique, cancer...).

La vigilance pour un meilleur dépistage

Le dosage régulier de la glycémie par une simple prise de sang permet de dépister efficacement le diabète et de le traiter dès son apparition. Cette démarche évite de découvrir un diabète déjà ancien et méconnu au stade des complications. L’apparition soudaine de symptômes que sont un amaigrissement, une soif intense et une augmentation du volume des urines obligeant à plusieurs levers nocturnes signale un déséquilibre marqué du diabète.

L’entourage doit être vigilant et interpellé par ces symptômes, car la sensation de soif est parfois amoindrie chez les seniors ce qui peut conduire à une déshydratation et nécessiter une hospitalisation en urgence. Les critères du diagnostic du diabète de la personne âgée sont les mêmes que ceux des personnes plus jeunes et reposent sur le taux de la glycémie à jeun dépassant 1,26 g/l à 2 reprises.

Equilibrer le diabète

Le premier objectif est d’obtenir un équilibre glycémique qui permet d’éviter les complications qui sont susceptibles de toucher les yeux, les reins, le cœur et les nerfs. La qualité de cet équilibre est évaluée grâce au dosage trimestriel de l’hémoglogine glyquée (HbA1c) qui correspond à la moyenne des glycémies des 3-4 derniers mois. Chez les personnes âgées, les objectifs qui sont fixés par le médecin, sont fonction de l’état du patient et varient de 6,5 à 8,5 %. L’important est que le traitement soit efficace mais ne dépasse pas son but et n’entraîne pas de malaises hypoglycémiques.

Suivi thérapeutique

Comme pour les plus jeunes, le traitement repose aussi sur l’équilibre alimentaire (et non pas sur un régime restrictif à cet âge) et sur l’encouragement à l’activité physique adaptée, comme la marche. Ces mesures sont le plus souvent insuffisantes si bien que le traitement doit être complété par la prise de comprimés chez les personnes âgées et fréquemment d’insuline pour les personnes très âgées. En effet, chez la personne âgée, la production d’insuline par le pancréas est souvent défaillante et la fonction rénale fréquemment altérée si bien que la prise de comprimés peut être alors inefficace ou contre-indiquée.

Dans ces circonstances, seules les injections d’insuline peuvent permettre d’obtenir un équilibre satisfaisant du diabète. Les personnes agées diabétiques sont suivies dans leur grande majorité par leur médecin généraliste. En cas de difficulté dans la gestion du traitement, le recours à un diabétologue s’avère très utile. Une diminution des fonctions intellectuelles associée à un état dépressif compliquent aussi la prise en charge des malades. Il est alors indispensable de faire participer la famille ou les aidants et d’avoir recours à une infirmière pour les injections d’insuline.

Dans cette circonstance, la pratique d’une seule injection le matin est la solution la plus fréquemment adoptée.  « Le nombre des hospitalisations et la nécessité d'aides à domicile sont nettement augmentés chez ces malades. Ainsi, le diabète entraîne globalement une diminution de la qualité de vie », déclarent les professionnels de santé sur le site LoirEstDiab. « Dès le diagnostic, l’éducation du patient et de son entourage est l’une des clés de l’efficacité et de la sécurité du traitement », conclut encore le Pr Bauduceau.

Première étude de suivi des diabétiques âgés : GERODIAB

Une étude nationale qui concerne le diabète des personnes âgées a débuté au printemps 2009. GERODIAB vise à explorer le lien entre l'équilibre glycémique/le nombre de personnes malades et la mortalité à 5 ans des diabétiques de type 2 de plus de 70 ans. Un millier de patients vont être inclus dans cette étude d’ici décembre 2009 dans 50 centres de diabétologie ou de gériatrie après naturellement avoir donné leur accord. Ces personnes, quel que soit leur traitement, doivent avoir un degré d’autonomie suffisant et pouvoir être suivis en consultation hospitalière ou libérale au cours des 5 années à venir.

Un résultat intermédiaire est attendu après 2 ans et les données définitives seront disponibles en 2015. Les enjeux de cette étude sont d’établir les chiffres d'hémoglobine glyquée (HbA1c) mais également de pression artérielle et de cholestérol qui permettent d’éviter la survenue des complications du diabète chez les seniors.