Adolescence, quand l’alimentation se trouble

le mercredi 02 juin 2010
par Dr Arnaud Cocaul, Praticien attaché dans le service d'endocrinologie de la Pitié Salpêtrière Paris
L’adolescence est une des périodes les plus difficiles de l’existence. C’est le moment où l’individu met en place son propre métabolisme alimentaire. Cette période est propice à l’émergence de troubles du comportement alimentaire (TCA) comme la boulimie, l’anorexie ou l’hyperphagie.

Les TCA apparaissent lors d’une rupture significative des habitudes alimentaires avec la famille, une souffrance psychologique et un terrain génétiqueétude de la transmission des caractères héréditaires des parents à leurs enfants. Le spécialiste est un généticien. Source favorable. Aucun adolescent n’est à l’abri d’un trouble alimentaire, sitôt qu’il y a un conflit entre son environnement et son corps. Les TCA sont alors une réponse à ce conflit.

 

L’obésité n’existe pas dans la nature. Les animaux ne peuvent devenir obèses que lorsqu’ils sont domestiqués. On estimait en 2005 à 1 milliard 600 millions le nombre de personnes en surpoids dans le monde dont 400 millions d’obèses. Les prévisions de l’OMS pour 2015 sont de 2 milliards 300 millions dont 700 millions d’obèses. L’anorexie n’existe pas dans les pays en voie de développement. C’est une affection qui ne touche que les populations riches et particulièrement les filles entre 13 et 17 ans.

Mécanismes

Le trouble alimentaire s’articule en 3 phases : la première phase remonte à l’enfance, avec la mise en place de facteurs qui subsisteront jusqu’à l’adolescence. La seconde phase arrive lors de l’adolescence, avec un équilibre qui se détériore, et une troisième phase qui s’auto renforce et dérive sur un comportement de dépendance.

Il y a trouble de l’alimentation dès que la nourriture perd sa fonction première et se trouve surinvestie. L’individu s’en sert comme d’un lien entre son environnement et lui-même, ou pour cristalliser des conflits afin d’atteindre son entourage. On note des TCA restrictives comme l’anorexie, d’autres excessives comme la boulimieexagération morbide de l’appétit. Adjectif : boulimique. Source, ou la frénésie alimentaire (hyperphagie). L’obésité et le surpoids apparaissent surtout dans des populations migrantes et/ou fragilisées économiquement.

Symptômes

Les jeunes souffrants de TCA sont généralement sujets à un manque de confiance en soi avec une mésestime patente de soi. Le risque augmente en cas de perte du sentiment d’identité, avec l’idée que le cours de la vie ne peut être influencé.
Un désir de perfection poussé à l’extrême, une relation de dépendance à l’entourage ou un besoin de réguler ses plaisirs, sont également annonciateurs d’une souffrance se traduisant directement dans l’assiette.

Les filles plus fragiles

En matière de rapport au corps, les filles sont beaucoup plus sous influence que les garçons et de plus en plus jeunes. Le discours médical culpabilisant alimente cette pression sociale autour de la minceur synonyme de réussite.

Des jeunes filles menacées par l’anorexie peuvent trouver dans l’exigence de soi et dans la recherche de la purification absolue un moteur à leur existence. Le développement de stratégies de contrôle du poids permet d’utiliser la nourriture à des fins de pouvoir sur son entourage. Les portions progressent de façon inflationniste alors que nos signaux de satiété n’évoluent pas.

Besoins physiologiques

Un garçon a des besoins énergétiques de l’ordre de 60 calories par kg et par jour entre 11 et 14 ans, ces besoins baissent à 50 cal/kg ensuite. Une fille a des besoins de 50 calories par kg et par jour entre 11 et 14 ans baissant à 40 cal/kg par la suite. Les apports quotidiens des macronutriments sont de 15 % pour les protéines, 50 à 55 % pour les glucides et 30 à 35 % pour les lipides. Les besoins en fer des filles sont plus importants en raison de l’apparition des règlesvoir menstruation. Adjectif : réglée. Source (15 mg/j), l’apport de calcium voisinera 1 200 mg/j.

Esprit de famille

La préventionensemble des moyens mis en œuvre pour sauvegarder la santé et éviter les accidents (prévention primaire), pour éviter d’aggraver une maladie (prévention secondaire) ou pour permettre la réinsertion des malades (prévention tertiaire). Adjectif : préventif. Source passe par l’attachement aux valeurs culturelles de la table française. Maintenir cet héritage passe par l’apprentissage des enfants, qui se fait au sein de la famille. La prévention contre l’obésité peut s’effectuer aussi par des choix politiques, passant par la lutte contre la pollution (une des pistes de l’explosion de l’obésité), la création d’espaces verts, d’équipements sportifs, etc. Le repas doit rester un acte de convivialité et toute la famille doit faire des efforts. Les Américains désertent à tort cette dimension familiale, ainsi que la Chine ou l’Inde. Il ne sert à rien de culpabiliser les parents, mais en cas de troubles de l’alimentation, on doit comprendre que c’est toute la famille qui doit se mobiliser et non un seul de ses membres.

L’émergence d’une dérive : le Binge drinking.

Provenant des pays anglo-saxons, cette façon de consommer de façon outrancière de l’alcool au cours d’une soirée pose problème, car elle connaît un succès grandissant auprès des jeunes qui ont tendance à banaliser cette alcoolisation aiguë. 16 % des garçons et 9 % des filles avouent connaître une ivresse par soirée. Certaines fêtes étudiantes sont ouvertement sponsorisées par des marques d’alcool qui fournissent gracieusement des boissons. On peut trouver un parallèle entre la façon de boire et les comportements alimentaires de remplissage. Il faut aborder de front ces pratiques, en parler ouvertement avec les jeunes, sans sanctionner.
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