Quand le travail nuit à la santé, il faut l’évaluer !

le vendredi 15 avril 2011
par Damien Mascret
Un Collège d’expert propose au ministre du travail, de l’emploi et de la santé, la création de 6 indices pour évaluer et suivre les risques psychosociaux liés au travail.

Mis en place par l'INSEE, à la suite du rapport Nasse-Légeron de 2007, le Collège d'expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail (risques pour la santé créés par le travail à travers des mécanismes sociaux et psychiques) sous la houlette de Michel Gollac a remis lundi son rapport définitif à Xavier Bertrand, ministre du travail, de l'emploi et de la santé. Le collège recommande avant tout de mener auprès des travailleurs, tous les 3 ans, en alternance, tantôt l'enquête déjà existante sur les conditions de travail (menée sur 20 à 25 000 salariés) tantôt une nouvelle enquête sur les risques psychosociaux. Le ministre a d'ors et déjà annoncé son accord, précisant que des questions sur les risques psychosociaux pourraient être introduite dans l'enquête conditions de travail prévue en 2012, suivant la recommandation du Collège.

Construire 6 indices

Estimant impossible de synthétiser l'ensemble des facteurs de risque en un indice unique, le Collège propose de construire un indice pour chacun des six axes qu'il juge essentiel :

  1. Intensité du travail et du temps de travail : un indice qui dépendra notamment des contraintes de rythmesuccession périodique de cycles (rythmes cardiaque ou respiratoire). Adjectifs : rythmé, rythmique. Source, de l'existence d'objectifs réalistes ou flous, des exigences de polyvalence, des responsabilités, des éventuelles instructions contradictoires.
  2. Exigences émotionnelles : en particulier la nécessité de maîtriser ou cacher ses propres émotions
  3. Autonomiecapacité à agir et décider sans l’aide d’autrui. Adjectif et nom : autonome. Source : un indice qui ne concerne pas seulement la marge de manœuvre dont on dispose pour réaliser son travail mais aussi la participation aux décisions, la possibilité d'utiliser et de développer les compétences.
  4. Rapports sociaux : l'indice inclut les relations entre collègues, les relations avec la hiérarchie mais aussi d'autres critères tels que la rémunération, les perspectives de carrière, l'adéquation de la tâche et de la personne.
  5. Conflits de valeurs : c'est-à-dire lorsque l'on demande à une personne d'agir en opposition avec ses valeurs professionnelles, sociales ou personnelles, ou tout simplement d'une façon qui heurte sa conscience professionnelle.
  6. Insécurité de la situation au travail : risque de perte d'emploi, de baisse de revenu, incertitude sur l'avenir du métier ou sur les conditions de travail.

Ces indices devraient également, pour le Collège, être décomposés en d'autres indices plus détaillés pour permettre des actions plus spécifiques. Pour la même raison, les données brutes seraient publiées et le Collège juge utile de publier des indices complémentaires. Autre recommandation : que soient inclus dans le suivi les salariés de la fonction publique au même titre que les salariés des entreprises et les indépendants (pour lesquels un document complémentaire sera d'ailleurs publié ultérieurement par le Collège).

Nul doute que le rapport n'alimente les discussions lors de la prochaine réunion du Conseil des orientations des conditions de travail (COCT) du 19 avril prochain.

 

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