Interview: Jean-Louis Pujol, chef du service de pneumologie-addictologie, unité de psycho-oncologie, CHU Montpellier: L’annonce du cancer
L’annonce d’une mauvaise nouvelle n’est jamais facile en médecine. Le cancertumeur constituée par la prolifération anarchique de cellules anormales qui envahit les structures avoisinantes et qui produit des métastases. Adjectif : cancéreux. Source fait encore partie des maladies qui renvoient d’emblée une image négative. C’est pourquoi il ne suffit pas d’annoncer, il faut accompagner.
Comment annoncer le diagnostic de cancer ?
Il n’y a pas de « bonne façon » d’annoncer une mauvaise nouvelle. Il y en a de moins mauvaises que d’autres. La première recommandation consiste à ne pas brûler les étapes… Il faut prendre son temps. De nombreux soignants ont tendance à se projeter trop loin dans l’avenir ; or le temps de l’annonce n’est pas forcément le moment opportun pour décrire les détails de la prise en charge ultérieure.
Vous dîtes dans votre livre, " L’annonce du cancer. Du concept au diagnostic ", qu’il faut tenir compte des temps successifs pour transmettre l’information au patient.
Il existe en effet deux notions importantes dans la délivrance de l’information : l’adaptation à la personne et la progressivité de ce qui est dit : il faut du temps pour intégrer, pour s’approprier une mauvaise nouvelle. Il revient au patient de fixer les temps successifs. Ce temps d’élaboration psychiquequi se rapporte aux fonctions mentales (trouble psychique). Source qui se conclut dans la confiance, n’appartient pas au temps chronologique, mais à une durée intimement liée à la logique du patient.
A quels critères l’information donnée au patient doit-elle répondre ?
Elle doit être loyale dans le sens de la sincérité et non d’une franchise « à tous crins » ; le médecin n’a pas à être franc pour “s’affranchir” de quelque chose ou se “délivrer” d’une information qui lui pose un problème.
Cette information délivrée doit également être la plus claire possible, afin que le patient puisse élaborer une représentation de ce qui lui est dit ; ce qui ne va pas toujours de soi, car la signification d’un mot pour celui qui annonce peut être complètement différente pour celui qui reçoit l’annonce.
Le patient a-t-il forcément le droit de connaître la vérité ?
Le patient a le droit de connaître la vérité s’il le souhaite et quand il le souhaite. Il n’est pas toujours facile d’arriver à cerner ce que le patient a envie de savoir. L’essentiel est de rester du côté du vrai, et ne jamais dire quelque chose de faux. Ceci étant, il existe beaucoup de degrés entre le « tout dire » et le « rien dire », qui dépendent de celui qui annonce et de celui qui reçoit.
Qu’est-ce qui a progressé dans ce dispositif d’annonce ces dernières années ?
Le médecin n’est plus seul désormais à assumer l’effet d’annonce et ses conséquences, Il existe, dans la plupart des cas, une infirmière référente présente à la consultation : ce rôle médiateur de l’infirmière est très important, car elle peut ensuite reformuler ou expliquer certaines informations qui n’ont pas toujours été comprises et constitue un relais entre le patient et le médecin.
Vous expliquez également que l’annonce doit être accompagnée de messages concrets pour les patients…
A l’heure actuelle, on ne laisse plus le patient gérer seul les conséquences du diagnostic. Il faut l’aider à établir des liens vers des espaces rencontres, lui donner des coordonnées d’associations où il pourra parler de ce qui vient de lui être annoncé ou qu’iI suspecte, et trouver une écoute et des conseils.
Il ne suffit pas d’annoncer, il faut soutenir. La prise en charge du patient ne se limite plus à la prise en charge de son cancer : toutes les autres dimensions de sa vie doivent être prises en compte pour éviter cette rupture chronique du mode de vie usuel (personnel et professionnel).
POUR EN SAVOIR PLUS
Le site de l’Institut national du cancer : www.e-cancer.fr/
A lire : Pujol JL. L’annonce du cancer. Du concept au diagnostic. Paris : Editions Masson, 2010
Pujol H, Pujol JL, Pujol P. Question(s) cancer. Arles : ACTES SUD, Questions de société, 2010
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