Interview: Claude Hagège, Professeur de linguistique au Collège de France

le samedi 01 mai 2010
par Astrid Charlery
Claude Hagège, est Professeur de linguistique au Collège de France. Magpatients lui a demandé de conduire pour ses lecteurs, la découverte du champ sémantique du mot « cœur », au centre de la problématique cardiaque. Mi figue mi raisin, il a fini par parler… avec son cœur.

Pourquoi le mot cœur a t-il deux principales définitions : un organe et le siège des émotions ?

Cette approche est assez universelle, aussi bien sur le plan culturel que linguistique; on dit cœur, heart, corazõn, herz… dans les deux sens du terme quand on parle en anglais, en espagnol, en allemand, …. Le lien sémantique entre l’anatomique et l’affectif replace le cœur comme l’élément essentiel, au centre des émotions comme au centre de l’organisme. On parle aussi du centre d’un pays en disant au cœur d’un pays montrant cette superposition géographique et affective.

Ce double sens a t-il un impact médical ?

Paradoxalement, sur le plan médical, je remarque l’évolution vers l’ultra spécialisation de la médecine. Autrefois, chez les Grecs, ou même plus tard dans l’histoire de l’humanité, on était rarement médecin sans être philosophe, et les praticiens possédaient une approche globale du malade. Aujourd’hui, chaque spécialiste ne voit plus que par l’étroit conduit de sa lunette ; le cardiologue en étant le meilleur exemple… résultat le cœur est isolé.


Pourquoi le cœur est-il du genre masculin en français ? Dans les langues où il existe un neutre comme en allemand ou en russe, où se situe t-il ?

En allemand le mot cœur est du genre neutre, das herz. Il est introduit par un article ni féminin (die) ni masculin (der). En français le mot cœur est masculin… un point c’est tout. En fait, le qualificatif du genre n’a pas de sens étymologique. Le genre grammatical est une chose bien différenciée du genre sexuel, même si parfois le poids émotionnel ou sexuel qui associe un mot à une connotation féminine ou masculine déroute les populations, celles qui apprennent une nouvelle langue par exemple.

Pourquoi justement avez-vous écrit le dictionnaire amoureux des langues ?

Parce que je suis un amoureux des Langues. Lorsque l’envoyé des Editions Plon m’a demandé de m’inscrire dans cette collection des Dictionnaire amoureux… je n’ai pu qu’y associer les termes … des langues. L’écriture de cet ouvrage est  un vagabondage amoureux.

Comment vous est venu ce penchant affectif et intellectuel pour les mots et les langues ?

L’amour des mots et des langues est affectif au commencement, je le ressens depuis l’enfance ou l’adolescence. Il continue de se nourrir d’une pulsiontendance irrésistible et instinctive, généralement inconsciente, orientant l’activité d’un individu (pulsion sexuelle). Adjectif : pulsionnel. Source essentielle qui au fil du temps a pris une tournure professionnelle, dialectisée. Mais encore aujourd’hui, si je dois choisir entre une femme et une découverte linguistique je choisis la voie de la langue.

Pourquoi avez vous répondu à la sollicitation des cardiologues en 2009 aux Journées de cardiologiebranche de la médecine qui étudie l’appareil cardiovasculaire et ses pathologies. Le spécialiste est un cardiologue. Source, grand colloque de la profession ?

Le cardiologue qui m’a invité s’appelle Mr Hagège comme moien psychanalyse, personnalité psychique d’un individu dont il est conscient et qu’il affirme. Dans le langage freudien, il s’oppose au « ça ». Voir ça et surmoi. Source, c’était amusant … mais pas suffisant ! Je voulais aussi remettre la langue française au cœur des prescriptions médicales : que les cardiologues prescrivent des stimulateurs cardiaques et non plus des pace maker ! Enfin troisième raison, j’ai eu un élan du cœur, c’est un ami d’enfance devenu cardiologue qui a joué les entremetteurs !

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