Les troubles respiratoires du sommeil et leurs conséquences cardio-vasculaires

le lundi 25 janvier 2010
par Paul Benaïm, cardiologue
MagPatients® a interrogé le Dr Paul Benaïm sur une pathologie répandue, mal connue du public : le syndrome d’apnées du sommeil. Paul Benaïm est cardiologue, chroniqueur à l’agence de presse Guysen International News. Il a été rédacteur en chef de la revue de cardiologie CARDINALE de 1993 à 2007.

 

Qu’est-ce que le syndromeensemble des signes, des lésions et des symptômes qui forment une entité reconnaissable et caractéristique d’une maladie. Source d’apnées obstructives du sommeil ?

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil est défini par la survenue, au cours du sommeil, de pauses respiratoires, plus précisément, d’interruptions du flux aérien, c’est-à-dire de la circulation de l’air entre l’atmosphère et les poumons. Ces pauses doivent durer au moins 10 secondes et survenir au moins 10 fois par heure de sommeil pour que l’on puisse poser formellement le diagnostic de syndrome d’apnées obstructives du sommeil. Toutefois, il a été démontré que le risque cardio-vasculairequi se rapporte aux vaisseaux sanguins. Source induit par ces pauses respiratoires commence à partir de 5 apnées par heure de sommeil. Il est, en outre, important de noter que, durant ces apnées dites « obstructives », les mouvements respiratoires thoraciques et abdominaux se poursuivent, mais l’air ne circule pas du fait d’une occlusionrapprochement des bords d’un orifice entraînant sa fermeture. Synonyme d’oblitération. Source intermittente de l’oropharynx.

Comment a-t-on mis en évidence ce syndrome ?

C’est une histoire tout à fait passionnante.
Charles Dickens, dans son roman-feuilleton Les aventures de Mr Pickwick, met en scène un personnage ventru, un jeune homme sujet à des endormissements subits à tout moment de la journée ; l’illustre écrivain décrit ce comportement si étrange bien avant les médecins. Il a fallu en effet attendre un siècle pour que des médecins identifient ces signes qu’ils baptisent syndrome de Pickwick, en hommage à Dickens, mais sans en comprendre le mécanisme.
C’est un neurologue marseillais de génie, Henri Gastaut, qui, dans les années 1960, explore le sommeil de deux « pickwickiens », autrement dit de deux patients dont le profil était proche de celui du jeune obèse décrit par Dickens, par une technique nouvelle, la « polysomnographie ».
L’enregistrement simultané de l’électroencéphalogramme et de la respirationensemble des mécanismes par lesquels sont assurés les échanges gazeux au niveau de l’appareil respiratoire et de l’organisme : absorption de l’oxygène et élimination du gaz carbonique. Adjectif : respiratoire. Source lui permet de mettre en évidence ces pauses respiratoires. Il observe que, à chacune de ces apnées, la personne passe d’un sommeil profond à un éveil ou à un état proche de l’éveil, et ceci de façon répétitive ! Expliquant ainsi les accès de somnolenceassoupissement plus ou moins profond dû à des causes diverses (fatigue, manque de sommeil, intoxication…). Adjectif : somnolent. Source au cours de la journée. En bref, ces personnes ont sommeil dans la journée parce qu’elles dorment mal la nuit.

Quels sont les signes évocateurs du syndrome ?

Les personnes qui en souffrent s’endorment en lisant, en regardant la télévision, parfois même au volant de leur automobile à l’arrêt au feu rouge... Le signe constamment rapporté par l’entourage est un ronflement nocturne très bruyant.
Un autre symptômemanifestation spontanée objective ou subjective d’une maladie. Adjectif : symptomatique. Source fréquemment signalé est une fatigue sans cause apparente, qui est en fait liée, comme les endormissements involontaires, à une énorme dette de sommeil.

Quelle en est la fréquence ?

La fréquence a été longtemps minimisée, car l’affection est très souvent méconnue. On sait maintenant, grâce à de grandes études systématiques de populations, qu’un quart de la population masculine active entre 40 et 60 ans présente des apnées obstructives du sommeil. Chez les femmes, le syndrome est beaucoup moins fréquent, de l’ordre d’une sur dix, notamment après la ménopausepériode génitale caractérisée par l'arrêt des règles, et correspondant à l'interruption de l'activité ovarienne. Cette période s'accompagne généralement de bouffées de chaleur, de régression des caractères sexuels et de perturbations psychiques et hormonales. Adjectifs : ménopausique, ménopausée. Source.

Quels sont les facteurs favorisants ?

En premier lieu l’obésité, car l’infiltration graisseuse provoque un rétrécissementdiminution pathologique du calibre d’un conduit ou d’un orifice. Adjectif : rétréci. Source de l’oropharynx. Mais cette cause n’est pas exclusive ; on observe en effet le syndrome chez des personnes de poids normal et, dans ce cas, on recherchera une anomalie morphologique des voies aériennes supérieures comme, par exemple, une déviation de la cloison nasale. On retiendra aussi que l’alcool et les somnifères favorisent ces apnées, en augmentent la fréquence et en prolongent la durée.

Quelles sont les conséquences du syndrome d’apnées obstructives du sommeil ?

Les conséquences les plus évidentes, et souvent les plus dramatiques, sont celles des endormissements intempestifs : les accidents de la route, les accidents du travail. Une enquête menée aux États-Unis a montré la grande fréquence des apnées du sommeil chez les conducteurs de poids lourds notamment.
Ce sont aussi les troubles de l’humeur, le désintérêt, allant parfois jusqu’à des états dépressifs, avec le retentissement professionnel et/ou familial que l’on sait.
Mais c’est au début des années 1970 que les premiers travaux des professionnels de santé ont mis en évidence la relation entre apnées du sommeil et désordres cardio-vasculaires. En particulier, ils ont montré la forte présence du syndrome chez les personnes hypertendues. On a ainsi pu établir la preuve que certaines hypertensions permanentes étaient dues aux apnées du sommeil et que, dans certains cas, celles-ci pouvaient contrarier l’action des médicaments anti-hypertenseurs.
Par ailleurs, grâce à des enregistrements continus de la pression artériellepression exercée par le sang dans les artères. Elle est différente en fonction des divers temps de la révolution cardiaque (augmentée lors de la systole et diminuée lors de la diastole. L’écart entre ces deux pressions est appelé pression différentielle). La pression artérielle s’exprime en millimètre de mercure (mmHg) pour un adulte, la pression artérielle normale est comprise entre 150 et 90 mmHg. Source au cours du sommeil, on observe des « pics tensionnels » à la fin de chaque apnée, y compris chez des personnes qui n’ont pas d’hypertension dans la journée. Ces poussées d’hypertension nocturnes incessantes ont été mises en cause dans la survenue d’infarctus du myocarde et d’accidents vasculaires cérébraux.

Qu’en est-il du dépistage et des traitements de ces troubles respiratoires ?

Le ronflement, l’obésité, les accès de somnolence dans la journée, et la sensation de fatigue dès le réveil, sont autant de signes qui conduiront le médecin à dépister le syndrome d’apnées obstructives du sommeil et, selon les cas, à proposer des traitements. Il pourra s’agir d’un régimeRationnement alimentaire avec exclusion ou apport de certains éléments (régime hyposodé, régime hyperprotidique). Voir diète. Source visant à faire baisser le poids, ou de simples recommandations quant à la consommation d’alcool, en particulier le soir, ou encore de la correction d’une anomalie anatomique au niveau du nez ou de la mâchoire inférieure... Enfin, chez certaines personnes, un dispositif de ventilationensemble des phénomènes physiques et mécaniques qui permettent les échanges gazeux lors de la respiration. Source nocturne sera envisagé et, en cas de non-adaptation à cet appareillage, on peut être amené à proposer une intervention visant à l’élargissement de l’oropharynx par l’ablation du voile du palais et des amygdales.
Dans tous les cas, le traitement des apnées obstructives du sommeil peut, non seulement mettre à l’abri de leurs conséquences qui, comme on l’a vu, peuvent être dramatiques, mais aussi améliorer grandement la qualité de vie.

 

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