Première partie du dossier: Rythmes scolaires : l’idéal existe-t-il ?

le jeudi 14 octobre 2010
par Dr Annie DUMONCEAU
Tous les experts soulignent l’importance d’harmoniser le temps scolaire et les rythmes biologiques de l’enfant.

Facile à dire, mais pas facile à faire. Les différents calendriers scolaires instaurés dans notre pays depuis un siècle en témoignent. Entre l’emploi du temps actuel des écoliers et collégiens français et ce que l’on connaît de leur chronobiologie, persistent de nombreuses divergences.

Selon les études menées en France en chronopsychologie scolaire, l'activité intellectuelle des élèves fluctue non seulement au cours de la journée, mais aussi au cours de la semaine ; les variations journalières étant surtout liées aux rythmes biologiques de l'enfant et les fluctuations hebdomadaires largement fonction de l'emploi du temps scolaire. 

Le rythme diurne

Quelle que soit la durée de la nuit précédente, l’enfant arrive fatigué à l'école, puis ses capacités d'attention et d'apprentissage augmentent progressivement au fil de la matinée : ainsi le niveau de vigilance le plus bas se situe entre 8h30 et 9h30, il augmente à partir de 10 h  jusqu’à 11h ou 11h30 suivant l’âge et la charge de travail, diminue après le déjeuner entre 13h30 et 14h30 et remonte à partir de 15h.

Il serait donc préférable de réserver les créneaux horaires de fin de matinée et de milieu d'après-midi à des apprentissages nouveaux nécessitant de l'attention, et, à l'inverse, d'occuper les moments moins favorables à des activités d'entretien des connaissances ou à caractère plus ludique. 

Pour limiter ces fluctuations de la vigilance, certains experts (lien Acad de médecine) proposent de raccourcir dans le primaire la journée scolaire actuellement de 6h (8 h 30-11h30 et 13h30-16 h 30) à 5 h/jour, avec une semaine plus longue (de 4 jours et demi ou de 5 jours), comme dans la plupart des pays européens ; au collège, ils préconisent de retarder l’heure d’entrée en classe vers 9h.

Le rythme hebdomadaire

Au cours de la semaine scolaire traditionnelle (4 jours 1/2), un rythme intellectuel identique est observé tous les jours sauf le lundi, où les performances sont les moins bonnes. 

Depuis la rentrée 2008-2009, la durée de la semaine scolaire étant fixée à 24 h d’enseignement à l’école maternelle et élémentaire - 6 h par jour sur 4 jours - et au collège, entre 25 et 28 h, on constate une baisse des performances des enfants les deux premiers jours de la semaine, liée à une désynchronisation secondaire au week-end prolongé.

Au fil de l’année

L’année scolaire comporte 36 semaines réparties en 5 périodes de travail, de durée comparable, séparées par 4 périodes de vacances :

- 2 semaines de vacances à Noël, en février et au printemps ;

- 10 jours à la Toussaint ;

- les mois de juillet et août entièrement vaqués.

La plupart des chronobiologistes plaident pour une organisation de l’année basée sur le principe du 7-2 : sept semaines de travail, deux semaines de congé. « La première est nécessaire pour se déshabituer du temps scolaire, la seconde permet de profiter pleinement de ses vacances ».

Au total, selon le rapport de l’INSERM rédigé en 2001 sur les rythmes de l’enfant (lien INSERM), l’idéal serait une année scolaire de 180 à 200 jours au lieu des 144 jours de classe actuels, de 4 à 6 h de travail par jour selon l’âge de l’élève et 4 jours 1/2 à 5 jours de classe par semaine, en fonction des saisons ou des conditions locales. Il reste donc encore quelques progrès à faire !

POUR EN SAVOIR PLUS

• INSERM- Expertise collective février 2001– Rythmes de l’enfant - De l’horloge biologique aux rythmes scolaires = http://www.upic.asso.fr
• Rapports et communiqués - Académie de médecine – rapport adopté le 19 janvier 2010 – Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant – Yvan Touitou et Pierre Bégué = http://www.academie-medecine.fr

Petite histoire du calendrier scolaire en France

- 3ème République : l’écolier est en classe 6 h par jour et 5 jours sur 7. Il a 2 jours vaqués hebdomadaires : le jeudi consacré à l’instruction religieuse et le dimanche. Les grandes vacances durent 1 mois et demi auxquelles s’ajoutent une semaine à Pâques et quelques jours fériés dans l’année.

- Fin des années cinquante : l’équilibre entre temps de travail et de repos pour l’élève est souligné par les pouvoirs publics. Une circulaire de 1956 recommande la suppression des devoirs du soir.

- 1969 : arrêt des cours le samedi après-midi. Le temps de présence de l’élève à l’école passe de 30 à 27 h.

- 1972 : le jeudi libre est remplacé par le mercredi.

- 1980 : un rapport du Conseil économique et social souligne que la France est le pays où la durée des grandes vacances est la plus longue avec la journée scolaire la plus chargée. Les études scientifiques soulignent la fatigue des enfants à l’école, en particulier en octobre – novembre et février – mars et la nécessité de vacances de 10 jours au moins à ces périodes pour l’enfant.

- 1986 : la périodicité 7 semaines de travail suivies de 2 semaines de repos est instituée (appelé rythme 7 – 2). Cette périodicité sera en place pendant un an seulement. Les vacances d’été durent 2 mois.

- 2008 : institution de la semaine de quatre jours.

• Rapports et communiqués - Académie de médecine – rapport adopté le 19 janvier 2010 – Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant – Yvan Touitou et Pierre Bégué = http://www.academie-medecine.fr

 

Les écueils de la semaine de 4 jours

Instaurée en 2008, la semaine de 4 jours ne serait pas favorable à l’enfant, soutiennent les spécialistes en chronobiologie. Après un week-end de deux jours, celui-ci serait plus désynchronisé que dans la semaine habituelle de 4 jours et demi. Ce décalage se manifeste par une fatigue, une mauvaise qualité du sommeil et de l’appétit, des troubles de la concentration et des performances mnésiques moindres jusqu’au mardi midi.


Par ailleurs, depuis le passage à la semaine des 4 jours, les enseignants soumettent leurs classes à une pression accrue. “Ils ont recentré les apprentissages sur les mathématiques et le français et limitent les moments de détente, pourtant nécessaires», déplorent les spécialistes.

Rétablir le mercredi ou le samedi ?

Dans la perspective du rétablissement des 9 demi-journées envisagée par le ministère, reste à savoir s’il faut faire classe le mercredi matin ou bien le samedi matin.

« En soi, avoir deux jours libres le week-end n’a rien de néfaste, à condition que les parents veillent à préserver le rythme de sommeil de leur enfant et évitent de décaler de plus d’une heure le moment du coucher et celui du lever », insistent les chronobiologistes. Dans les faits, c’est rarement le cas. Aussi, pour certains spécialistes, il semblerait préférable de rétablir les cours du samedi matin.

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